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Procès du putsch manqué au Burkina :que se passera t’il pour ces Ivoiriens militaires et politiciens accusés de soutien aux putschistes

Plusieurs responsables politiques et militaires ivoiriens de premier plan sont accusés d’avoir aidé – ou voulu aider – le général Gilbert Diendéré et ses hommes lors de leur tentative de coup d’État à Ouagadougou en 2015.

Aucun d’entre eux ne se présentera à la barre dans le procès. Ils sont pourtant suspectés d’avoir joué un rôle majeur dans le putsch manqué de septembre 2015 au Burkina. Parmi les grands absents du procès hors normes qui s’ouvre ce mardi 27 février devant la chambre de jugement du tribunal militaire, dans la salle des banquets de Ouaga 2000, figurent plusieurs personnalités ivoiriennes de premier plan.

 

Mis en cause par des écoutes téléphoniques ainsi que par différents témoignages, ces responsables politiques et militaires à Abidjan sont accusés d’avoir soutenu le général Gilbert Diendéré et/ou les militaires de l’ex-régiment de sécurité présidentielle (RSP) durant les quelques jours qu’ont duré le « coup d’État le plus bête du monde ».

• Guillaume Soro

Il est le premier Ivoirien dont le nom a circulé après le putsch manqué. Guillaume Soro, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, a été mis en cause après la diffusion d’une série de conversations téléphoniques qu’il aurait eu durant les événements avec Djibrill Bassolé, ancien ministre de Blaise Compaoré, et Gilbert Diendéré. Ces enregistrements, divulgués par des médias et sur les réseaux sociaux quelques jours après le retour à l’ordre à Ouaga, sont à l’origine d’une vaste « affaire des écoutes » qui a durablement affecté les relations entre le Burkina et la Côte d’Ivoire.

Un enregistrement d’une quinzaine de minutes est particulièrement gênant pour Soro et Bassolé. Le « PAN » ivoirien y soutiendrait ouvertement le putsch en cours, en proposant d’envoyer de l’argent à son interlocuteur pour motiver les soldats du RSP et en élaborant un plan d’attaques sur le territoire burkinabè pour perturber la riposte des militaires loyalistes au sein de l’armée burkinabè. Les deux hommes ont toujours démenti avoir tenu cette conversation.

• Vagondo Diomandé

Lors de son audition par le juge d’instruction François Yaméogo, chargé de l’enquête au tribunal militaire de Ouagadougou, Gilbert Diendéré a directement mis en cause un autre responsable ivoirien de haut niveau : le général Vagondo Diomandé, chef d’état-major particulier du président Alassane Ouattara.

Le général putschiste a notamment assuré au magistrat instructeur qu’il avait reçu plusieurs dizaines de millions de francs de CFA et du matériel de maintien de l’ordre de la part de Diomandé. Le tout avait été acheminé à Ouagadougou le 19 septembre 2015 par un hélicoptère de l’armée de l’air burkinabè, après un rapide aller-retour à la frontière entre le Burkina et la Côte d’Ivoire.

Ce soutien présumé de Vagondo Diomandé soulève surtout des interrogations sur le rôle de la présidence ivoirienne dans cette affaire. Pour beaucoup, il est impensable que celui-ci ait agi sans le feu vert du président Alassane Ouattara ou de son frère cadet, Téné Birahima Ouattara, dit « Photocopie », ministre des Affaires présidentielles.

• Général Soumaïla Bakayoko

Les écoutes présumées ne concernent pas uniquement Guillaume Soro du côté d’Abidjan. Durant son putsch, le général Diendéré se serait aussi entretenu avec le général Soumaïla Bakayoko, alors chef d’état-major général des armées ivoiriennes. Les deux hommes se connaissent bien : dans les années 2000, Bakayoko était une des figures de la rébellion des Forces nouvelles, qui avait sa base arrière à Ouagadougou sous le régime de Blaise Compaoré.

Dans un enregistrement, une voix présentée comme celle de Bakayoko conseille à Diendéré de « mener l’action » et de « monter un truc bien » pour faire basculer le rapport des forces entre putschistes et loyalistes. La même voix ajoute que s’il ne fait pas ça, Diendéré n’aura « plus aucune marge de manœuvre » et que même « ses propres petits vont se retourner contre [lui] ».

• Lieutenant-colonel Koné Zakaria

Lui n’aurait pas échangé directement avec le général Diendéré mais avec son épouse, Fatoumata Diendéré, aujourd’hui inculpée dans ce dossier malgré sa fuite hors du Burkina. Le lieutenant-colonel Koné Zakaria, ancien « comzone » (commandant de zone) de la rébellion des Forces nouvelles, est un proche du couple Diendéré.

Dans une conversation qu’ils auraient eue à la fin du putsch, Koné Zakaria aurait témoigné de sa solidarité à celle qu’il surnomme « la vieille ». « Ne vous en faites pas, ici vous avez beaucoup de soutiens la vieille ! […] Que ce soit en hommes, que ce soit d’autres… On ne peut pas tout dire. Mais c’était ma première fois de voir le général Bakayoko couler une larme [sic] ».

jeuneafrique

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