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Procès Gbagbo– Les verités de Me Altit sur ce témoin de Human Rights Watch qu’il qualifie d’incompétent

me altit

Pour la Défense de Gbagbo, Human Rights Watch est incompétente et pas crédible

Au cours de l’audience de ce 18 mai, Emmanuel Altit, le conseil principal de Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale (CPI), a questionné la crédibilité de Matt Wells, chercheur à l’ONG Human Rights Watch (HRW) en pointant du doigt des défauts dans ses méthodes de recherche et les éléments qu’il considère comme des preuves du parti-pris de HRW.

Les questions d’Emmanuel Altit, l’avocat français de Laurent Gbagbo, s’articulent autour d’une thématique : la méthodologie. C’était d’ailleurs, comprendra-t-on plus tard dans l’audience, un accord entre tous les partis : l’interview du témoin P-369, le chercheur de Human Rights Watch (HRW) Matt Wells, devait s’en tenir à la forme des recherches et aux différentes découvertes générales et non pas aux crimes allégués jugés par la Cour.

« À votre avis, vos fixeurs (pour les recherches de HRW en Côte d’Ivoire, ndlr) avaient-ils une affiliation politique ? », demande Altit. « Une affiliation politique directe, non », lui rétorque Wells. L’échange se poursuit. Ou plutôt la joute. Une joute où Altit est celui qui envoie le plus de coups, mais où le chercheur américain les évite un à un.

À plusieurs reprises, l’avocat de Gbagbo demande les noms des personnes avec qui HRW a travaillé. L’intéressé refuse systématiquement, stipulant que la politique de HRW est de ne jamais donner les noms des victimes ou témoins ou des intermédiaires avec qui elle travaille.

L’avocat va ensuite, dans une critique directe à l’égard du témoin, remettre en doute l’ensemble des rapports de HRW faits sur la Côte d’Ivoire. D’abord, sur son usage du français, puis sur sa capacité à comprendre la Côte d’Ivoire. « Pensez-vous qu’un jeune homme de 27 ans (l’âge de Wells en 2010, ndlr) a l’expérience suffisante pour comprendre ce qui est en jeu (dans la crise postélectorale de 2010-2011, ndlr) ?, » demande Altit dans une question qui n’aura de réponse que celle du juge-président Cuno Tarfusser qui la considère être « une opinion ». Mais, toujours est-il, interrogé sur sa capacité à comprendre tous les codes du pays, les non-dits, etc., le témoin répondra par un simple « Oui ».

« Vous contribuez à dire qui a raison, qui a tort »

D’un point de vue de la conduite des recherches et des rapports de HRW qui en découlent, Altit défend la thèse d’une « une faille méthodologique ». Pour l’avocat, les sources choisies pour les communiqués de presse et les rapports ne constituent pas de vraies sources et la conduite des interviews n’est pas « scientifique ». Contre-attaque du témoin pour redorer sa légitimité : « Même dans la déclaration d’ouverture de votre équipe, Mlle Naouri (autre avocate de Gbagbo, ndlr) a cité plusieurs rapports de HRW ».

Knoops et ZS

Geert-Jan Knoops et Zokou Seri

La remise en cause de la crédibilité du témoin passe aussi, pour la défense de Gbagbo, par une mise en lumière d’éléments attestant l’impartialité de HRW. Altit évoque les rencontres de Matt Wells avec le bureau de la procureure ou les avocats d’Alassane Ouattara (notamment Jean-Pierre Mignard). Il s’attarde ensuite sur plusieurs expressions utilisées, notamment dans la partie constituant un aperçu de l’histoire de la Côte d’Ivoire. « Pourquoi avoir utilisé le terme ‘prétextant’ concernant le report des élections ? ». « Nous prenions l’affirmation elle-même telle qu’elle était dans la dépêche de Reuters (…) C’était juste pour donner des informations ».

La volonté d’Altit de mettre en évidence l’impartialité de HRW se poursuit aussi sur le plan du rôle de la Commission électorale indépendante (CEI) en 2010. Altit affirme que le rapport produit par Wells n’a pas donné aux lecteurs tous les éléments : « La victoire de Ouattara, vous la présentez comme un fait ! », en précisant pourquoi il pense cet élément important : « Vous écrivez des rapports et ces rapports ont des conséquences (…) Vous contribuez à dire qui a raison et qui a tort ».

« Notre travail n’est pas sur les élections »

À chaque question sur les élections, le témoin rétorquera à Altit un discours souvent similaire à celui-ci : « Une fois de plus, vous ne comprenez pas ce que nous faisons à HRW (…) Notre travail n’est pas sur les élections. Notre travail commence avec les violences (…) Nous étions concentrés sur les violations des droits de l’homme commises après le début de la crise postélectorale et ce dans les deux camps ».

Finalement, Altit continuera à remettre en doute l’impartialité des rapports du témoin notamment sur la différence, alléguée par la défense, de traitement entre le camp Gbagbo et le camp Ouattara : « Vous dites dans votre rapport qu’il (Gbagbo, ndlr) devrait être reconnu coupable de crimes du simple fait qu’il était chef des armés et qu’il n’aurait pas pris les mesures nécessaires (…) Dans l’autre camp, vous ne mentionnez ni Alassane Ouattara ni Guillaume Soro (…) Pourquoi vous n’appliquez pas le même standard (aux deux côtés, ndlr) ? ». « Nous l’avons fait », explique Matt Wells. Il ajoute cependant que si HRW a constaté des violences des deux côtés, il y a eu le constat d’« une incitation à la violence par des gens proche de Laurent Gbagbo, notamment à travers le discours de Charles Blé Goudé au bar Le Baron » et que ce discours est entré en corrélation avec une augmentation du degré de violence à l’encontre des partisans d’Alassane Ouattara.

Par Antoine Panaite Ivoirejustice.net

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