09282020Headline:

Rebondissement: Gnamien Konan-Guillaume Soro: Le Forcing de la démission de Gnamien Konan à la loupe

gnamien konan prix

 

C’est une bien étrange histoire. En fin de semaine dernière, les réseaux sociaux se sont enflammés après une rencontre entre le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Gnamien Konan, et des étudiants membres de plusieurs associations syndicales à Bouaké.
En début de cette semaine, l’affaire s’est retrouvée dans plusieurs journaux. Tant sur les réseaux sociaux que dans ces journaux, des propos ont été prêtés au ministre qui aurait traité saint Soro Guillaume, le président de notre Assemblée Nationale-dont on dit qu’il lui a redonné toutes ses lettres de noblesse-de « faux modèle ». Et, les soldats du président de l’Assemblée nationale, sur les sites et autres réseaux sociaux, se sont déchaînés.

C’est que les propos prêtés à Gnamien Konan ont créé une vive émotion dans le camp de Soro Guillaume qui déploie un trésor d’imagination pour polir son image pour la Côte d’Ivoire de demain.

« L’Eléphant Déchaîné » qui s’est bien gardé de rentrer dans la polémique dans son édition du mardi dernier, histoire d’avoir tous les éléments de cette curieuse affaire avant de barrir, sait aujourd’hui ce qui s’est exactement passé et cela, dans les moindres détails.

Petit retour sur une fausse affaire qui court cependant vers un règlement de compte qui risque d’être sanglant dans les jours à venir.

Gnamien Konan aurait traité Soro Guillaume de « faux modèle »

Selon ce qui a été publié sur les réseaux sociaux et dans de nombreux journaux ivoiriens, le ministre de l’Enseignement supérieur aurait dit ce qui suit : « Tous ceux qui ont fait la Fesci sont des violeurs et des tueurs depuis 90. A part un ou deux, personne n’a réussi. Ils sont violents et la société doit s’en débarrasser. Ce sont des nuls et des vaincus de la vie c’est pourquoi le pays a vécu ce que tout le monde sait en 2002. Tous ceux qui ont appartenu à la Fesci doivent être jugés, la Fesci c’est le Boko Haram ivoirien. Je ne recevrai jamais et ne discuterai jamais avec la Fesci, ni avec quelqu’un qui a fait la Fesci. Les fescites sont contre l’excellence et n’auront bientôt plus de travail. La Fesci depuis 90 est à l’origine de tous les problèmes du pays donc elle doit disparaître. Le Président de l’Assemblée nationale n’est pas un exemple. C’est par la violence qu’il est arrivé là, et l’histoire est témoin de son acte…».

Evidemment, rapportés ainsi, ces propos ont suscités des milliers de réactions de personnes indignées mais également des milliers de réactions de personnes qui les ont approuvés sans réserve.
Au commencement des faits…

Le 12 mars 2015, sous le coup de 7 heures, des étudiants membres de plusieurs associations estudiantines (AGEECI, UNESCI, FESCI, CEECI), sont descendus dans les rues de Bouaké, bloquant la voie centrale qui mène dans les villes de Béoumi et de Botro, au motif que leur préavis de grève déposé entre les mains du préfet de région avec ampliation au président de l’Université Alassane Ouattara de Bouaké (le professeur Lazare Poamé) depuis le 9 mars n’aurait pas reçu de réponse de la part du préfet qui les aurait ignorés.

Pendant deux heures, environ 400 étudiants vont donc paralyser la circulation en érigeant des barrages sur certaines voies, obligeant le président de l’Université qui se rendait au travail, à rebrousser chemin sous protection des policiers du 5ème arrondissement de Bouaké.

Quelques heures plus tard, le président de l’Université et les premiers responsables locaux de ces mouvements estudiantins entament une discussion au cours de laquelle les étudiants exigent que le ministre de l’Enseignement supérieur qui devrait être dans cette ville pour une rencontre avec les enseignants grévistes, les reçoive au « Campus 1» avant les enseignants. Alors qu’aucune rencontre entre lui et les responsables des associations estudiantines n’était au programme. Ou le président de l’Université accédait à cette exigence, ou il n’avait pas accès à ses bureaux. Devant cette exigence, le professeur Poamé Lazare rend compte au ministre Gnamien Konan qui était en route en provenance de Yamoussoukro, via son téléphone. Ce dernier accède à la condition posée par les étudiants.

A Bouaké, Gnamien Konan reçoit les responsables des associations estudiantines à 11 heures. C’est le porte-parole de ces derniers, Diabaté Drissa, qui expliquera au ministre les raisons de leur colère. Selon lui, au plan académique, la bibliothèque de l’Université est si pauvre qu’on n’y trouve aucun livre ni document digne de ce nom pour effectuer la moindre recherche. Il dénonce également l’insuffisance des salles de travaux dirigés sur les deux campus, les grèves incessantes des enseignants, l’augmentation des frais d’inscription à la scolarité, l’insuffisance d’enseignants, le manque de salles informatiques, le mauvais éclairage des amphithéâtres ajouté au manque de micros pour les cours, l’inexistence de connexion internet sur les campus…ouf ! Réhabilitation à 117 milliards, quand tu nous tiens !

Et sur le plan social ? Eh bien, à ce niveau, Diabaté Drissa a égrené un chapelet composé de l’exigence de l’ouverture des cités des campus II, l’harmonisation des bourses pour tenir compte de l’augmentation des frais d’inscription, la mise en circulation de bus de ramassages des étudiants, l’élimination du critère de l’âge des conditions d’attribution de la bourse pour ne tenir compte que de celles liées au mérite, la suspension du paiement de 3000F pour le dépôt des dossiers de demande de bourses, etc.
La réponse de Gnamien Konan

Selon plusieurs personnes présentes à la rencontre et de source policière, le ministre, après avoir écouté le porte-parole des étudiants, leur a prodigué des conseils en promettant de chercher des moyens pour trouver des réponses à leurs doléances. Mais il n’a pas terminé son propos sans dénoncer leur façon d’exprimer leur mécontentement et sans dire tout le mal qu’il pense des pratiques de la Fesci, une position déjà exprimée pendant la campagne électorale de 2010. La rencontre entre le ministre et les étudiants a pris fin à 14 heures, après que le porte-parole des étudiants eut présenté les excuses de ses camarades au ministre pour ce qui s’était passé quelques heures avant son arrivée à Bouaké.

Par la suite, le ministre a rencontré les responsables des syndicats d’enseignants. Lesquels ont également dénoncé plusieurs promesses étatiques non tenues et le retard dans le paiement des primes liées aux heures supplémentaires. La rencontre entre Gnamien Konan et les enseignants a duré 45 minutes. Et le ministre, après un déjeuner offert par le président de l’Université, a quitté Bouaké sous escorte policière jusqu’au corridor Sud où il a repris le chemin de Yamoussoukro vers 16 heures.
Et les réseaux sociaux s’enflamment

Quelques heures après le départ du ministre, les réseaux sociaux s’enflamment. Les propos ci-haut cités sont publiés. Aussitôt débarquent deux « armées », celle des défenseurs de Soro Guillaume et celle des « approbateurs» des propos prêtés au ministre. Un violent débat avec des rappels historiques sur les hauts faits de Gnamien Konan et de Soro Guillaume sont faits. L’un des défenseurs de Soro Guillaume qui se fait appeler « Le Démocrate » écrit sans rire : « Gnamien Konan ou l’art de la désinvolture… Je viens à l’instant de parcourir un site relayant un article dans lequel le ministre Gnamien Konan affirmerait que le Président Guillaume Soro ne serait pas un modèle et tutti quanti. Si ces paroles s’avéraient exactes et émanaient de lui, ce serait certes grave mais tellement risible de la part de ce dernier. Car, à l’analyse, si la Côte d’Ivoire peut se targuer aujourd’hui d’être un MODÈLE de démocratie et un soupirant à l’émergence, c’est bien parce qu’un homme a donné de sa vie, de sa bravoure et surtout de son temps pour qu’on y arrive. Et cet homme n’est personne d’autre que Guillaume Soro. Son leadership n’est plus à démontrer et ce ne sont pas les inepties (si avérées) d’un ministre en manque de repères et de solutions pour nos étudiants qui viendront ternir cela. Sinon, la question qu’on se poserait en toute légitimité devrait être celle-ci: qui est Gnamien Konan? Un petit informaticien devenu DG de la douane par devers lui, et qui s’est rendu coupable de détournements sous Laurent Gbagbo. Ce qui lui a permis de créer l’UPCI, un parti fantoche, gringalet et sans aucune vision. Qu’a été son score à la présidentielle de 2010? Son opportunisme ne l’a-t-il pas conduit à s’arrimer au RHDP pour exister et se pavaner dans différents ministères? Le sieur Gnamien Konan pouvait-il un jour imaginer être ministre dans cette République ivoire?»

Le ministre des Sports, l’homme qui «tweete» plus vite que son ombre, n’a pas attendu longtemps pour réagir à son tour et rappeler à Gnamien Konan que s’il est ministre, c’est bien grâce au combat de Guillaume Soro.

Devant un tel déchaînement, Gnamien Konan est aussi sorti à deux reprises sur sa page facebook pour lancer quelques flèches : « La meute hurlante n’a qu’un seul but. Montrer au chef que je suis contesté et impopulaire. Afin d’obtenir mon départ. Trop tard. J’ai déjà dit ce qu’il fallait dire : face aux problèmes de l’enseignement supérieur en Côte d’Ivoire, il n’y a point d’alternatives à l’employabilité et au « e-learning ». Si je réussis cela, après la douane et la fonction publique, ils sont fichus. C’est pourquoi il manipule les jeunes, leurs associations et l’opinion à travers les réseaux sociaux et les médias. Rassurez-vous chers amis, la vérité ne perd jamais ».

Mais cette réaction de Gnamien Konan qui soupçonne un complot contre sa personne, ne mettra pas fin au débat.

Le 15 mars, il reviendra à la charge, toujours sur sa page Facebook : «Eh les amis, s’il vous plaît ne prenez pas pour argent comptant tout ce que vous lisez sur internet. Même si c’est entre guillemets. Sinon un jour vous allez mettre le feu à votre propre village. Je vous promets: il y avait au moins 30 personnes dans cette salle. Si je ne dis rien c’est parce que je sais qu’au moins une de ces personnes, tôt ou tard, vous dira ce qui a été dit et ce qui ne l’a pas été. Dormons maintenant. Vous vous êtes bien défoulés hein? Les anti-pour et les anti-contre Demain on travaille. Bonne nuit à TOUS. »

Les résultats des enquêtes des hommes de Soro

Pendant que la bataille faisait rage dans les journaux et sur les réseaux sociaux, sans donner l’impression d’être préoccupé par cette affaire, Soro Guillaume a donné des instructions à ses hommes de faire une enquête sur le terrain et d’interroger des personnes placées stratégiquement dans la salle pendant la rencontre entre Gnamien Konan et les étudiants. Et c’est son soldat Touré Moussa, conseiller spécial chargé de la Communication, qui est envoyé au front. Ordre de mission : « Affaire Gnamien Konan ».

A la suite de son enquête au cours de laquelle, selon les sources de « L’Eléphant », il a interrogé Konaté Moussa, président du CEECI, Atsain Atsain Pâcome, responsable de la Fesci Bouaké et un journaliste de RTI Bouaké nommé Kader Sogodogo. Le témoignage de ce journaliste, selon les sources de « L’Eléphant » sont édifiants. Il aurait dit entre autre chose à l’envoyé de Soro Guillaume : « (…) Dans son intervention, le ministre a condamné l’usage de la violence dans les universités et a dit que cette violence était le fait de la Fesci. Et il a dit qu’en sa qualité de ministre, il n’était pas prêt à recevoir la Fesci. Mais le ministre n’a pas dit tout ce qui lui a été prêté. S’il avait insulté Soro Guillaume, en notre qualité d’anciens éléments des forces nouvelles, on aurait diffusé cela à la télévision pour le faire tomber. Même si le ministre a pris de la drogue, il ne peut pas insulter Soro Guillaume. Sinon, il ne serait pas sorti de la salle…» Eh ben voyons !

Le 15 mars, Touré Moussa, a pondu un rapport confidentiel qu’il a adressé à Soro Guillaume. Rapport que « L’Eléphant » a pu consulter et dans lequel il reconnaît que les propos prêtés à Gnamien Konan n’ont jamais été tenus.

Mais, malgré cette conclusion, Touré Moussa a fait d’étranges recommandations à son patron. Il écrit en effet : « Je recommande que la pression soit maintenue sur Gnamien Konan via les réseaux sociaux et la presse proche de nous, afin qu’il soit vaincu médiatiquement et psychologiquement. Je propose d’attendre d’avoir une copie de la vidéo desdits propos avant une réaction officielle qui devrait intervenir le lundi, pour que les journaux en parlent dans leur édition de mardi, jour de conseil de gouvernement. Ainsi le Conseil de Gouvernement se saisira de cette question importante. Je suggère que sur ce sujet, le PAN laisse ses collaborateurs se mouiller à fond sans que lui-même ne descende dans la polémique. Si Gnamien Konan s’excuse publiquement ou infirme les propos qui lui ont été prêtés, le PAN pourrait alors faire un tweet pour regretter la passion qui entoure le jeu politique et demander aux uns et aux autres de privilégier l’intérêt national et de faire bloc autour du président ADO. Ainsi, il ne désavoue ni les attaques dans la presse ni sur les réseaux sociaux et aura contribué à éteindre le feu. Mais si Gnamien Konan ne fait rien jusqu’à lundi (lundi 23 mars ? nldr), j’organise le même jour à 14 heures, un point de presse pour lui porter la réplique et demander sa démission ».

Quelle histoire ! Toutes les personnes qu’il a interrogées et qui étaient dans la salle ont répondu que le ministre n’a jamais tenu les propos qui lui ont été prêtés. Mais malgré cela, il ose faire ces recommandations. Devrait-on en déduire que toute cette affaire a été montée par les hommes de Soro Guillaume ?

Le mardi 17 mars, Mian Augustin, le secrétaire national sortant de la Fesci, a fait un tour dans les locaux du confrère « Soir Info » pour envoyer un message au ministre de l’Enseignement supérieur : « Le ministre Gnamien Konan a tenu des propos injurieux et insultants. C’est un mépris envers les actuels et anciens dirigeants de la Fesci. Gnamien Konan est en train de jeter de l’huile sur le feu alors que le président de la République, Alassane Ouattara n’en a pas besoin pour aller aux élections cruciales, dans quelques mois, qui devraient sortir la Côte d’Ivoire de sa profonde crise. «Soro Guillaume n’est pas nul. Il a été Premier ministre d’un gouvernement dans lequel figurait justement Gnamien Konan. Il aurait pu démissionner. Qu’il se souvienne en 2009 où il a été accueilli et encensé en fanfare à la mythique cité (estudiantine) rouge de Cocody. Il n’a pas été agressé. Le ministre Gnamien Konan n’est pas à sa première sortie. Rappelez-vous, à Yamoussoukro, il a dit aux enseignants que la Côte d’Ivoire n’a pas besoin de littéraires mais de scientifiques pour son avenir. Nous regrettons le ministre Cissé Bacongo qui a su canaliser les étudiants. Depuis son départ, les travaux sont arrêtés et aucune des réformes de Gnamien Konan n’a pu être mise en route » A déclaré Mian Augustin. Il a eu copie des recommandations de Touré Moussa ?

Le mercredi 18 mars, « L’Eléphant » a joint au téléphone Diabaté Drissa, le porte-parole des étudiants pendant la rencontre avec le ministre pour avoir son éclairage sur cette affaire. Ce dernier, coopératif, a envoyé à « L’Eléphant », une déclaration signée de l’ensemble des organisations estudiantines qui ont participé à cette rencontre (lire document).

Comme on le voit, cette affaire ressemble étrangement à une opération savamment montée. On se demande bien par qui…

Soro Guillaume lui, pour le moment, n’a fait aucun tweet officiel sur l’affaire. Il se concentre sur la campagne de notre président à qui il vient d’offrir deux « camions podiums » pour sa campagne électorale (voir photo). Comme quoi, il a bien lu les recommandations de son conseiller…
DANIEL SOVY. (in L’Eléphant déchaîné N°334)

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