08202017Headline:

Réformes de l’Enseignement supérieur : Gnamien Konan explique tout

gnamien konan

À la faveur de la rentrée académique universitaire qui a eu lieu le 1er décembre, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Gnamien Konan, invite les acteurs à une année paisible.

Pour cette rentrée universitaire, vous avez annoncé des réformes qui suscitent des débats. Par exemple, l’anglais et l’informatique qui seront enseignés en première année.

Mon rêve et mon ambition, c’est de faire de l’école ivoirienne une des plus performantes d’Afrique et du monde. Quand j’écrivais cela, il y a 5 ans, je ne savais pas que Dieu me donnerait l’opportunité d’essayer d’y parvenir. Je voudrais, pour cela encore, exprimer ma gratitude au Chef de l’Etat. C’est la raison pour laquelle je souhaite ardemment qu’avant même de commencer leur cursus universitaire, les bacheliers de Côte d’Ivoire fassent un semestre d’anglais intensif et un autre d’informatique. Il faudrait y ajouter la logique, l’entrepreneuriat et la pédagogie comme matières transversales.

Tout ceci soutenu par une proportion optimale d’enseignements à distance, nécessairement.

Je trouve normal que cela fasse débat. Où y aurait-il débat, si cela faisait défaut dans les communautés savantes ? Si chacun y participe sans menace et sans violence dans un esprit constructif, nous avancerons. En effet, entre les menaces et les troubles d’une part et le silence et l’immobilisme d’autre part, il y a la place pour réfléchir, débattre, trouver
des solutions à nos maux et avancer. Partout, aujourd’hui, le problème au niveau de l’enseignement supérieur, c’est l’employabilité des diplômés. Ceux qui l’ignorent peuvent s’informer sur le Net. Personne ne viendra y trouver les solutions pour nous, car c’est une compétition mondiale.

Je n’ai jamais dit nulle part qu’il n’y a qu’à parler l’anglais et savoir se servir d’une souris. Mais un CV qui indique une maîtrise de l’anglais et de l’informatique est un atout dans le monde entier.

Et pourtant, que d’obstacles !

Après 32 ans de service public, j’ai constaté qu’on ne peut progresser sans obstacle. Quand vous arrivez et que vous dites que l’inscription sur la liste des candidats à un concours est désormais gratuite, …vous vous faites des ennemis à vie. A mon arrivée, j’ai également supprimé les frais d’inscription en ligne qui étaient fixés à 10.000 fcfa. Cela représentait une manne de 680 millions de Fcfa. C’est quand même un manque à gagner important pour certains. En le faisant, j’avais, semble-t-il, déclaré la guerre aux nouveaux étudiants qui devaient payer et qui ne le feront plus. On me reproche de n’avoir pas tenu compte de certains aspects. C’est la première fois, en 32 ans de carrière, que je vois une telle levée de boucliers contre des choses invisibles.

Pour des réformes aussi importantes, il faut prendre des textes, il faut des infrastructures, des enseignants, des étudiants puisque l’école n’est pas obligatoire au supérieur. Pour l’instant, sauf erreur de ma part, ces réformes, et il y en a d’autres, ne sont qu’à l’étape de l’expression d’une volonté. C’est une vision que je partage.

Aujourd’hui, personne ne peut me montrer un arrêté ou un décret, une décision, une note dans laquelle est écrite ou décrite la fameuse licence en quatre ans. Toutes ces réformes ont un coût et nécessitent absolument l’accord préalable du gouvernement. Même si je pense qu’aujourd’hui avec l’anglais et l’informatique, on élargit son horizon intellectuel et scientifique, il y a des prérequis.

Dieu merci, le Président et le Premier ministre ont déjà accepté l’enseignement à distance et l’université virtuelle. Ils ont inscrit sept milliards de Fcfa, avec l’accord de la France, dans le deuxième C2D (contrat de désendettement et de développement) pour cette dimension de l’enseignement du futur. J’espère les convaincre afin d’avoir leur aval quand nous aurons une étude complète pour ces deux autres points qui rendront les jeunes Ivoiriens plus compétitifs sur tous les marchés du travail dans le monde.

Voulez-vous parler de la mondialisation ?

Oui de nos jours et plus encore demain, le marché du travail est national, régional et aussi mondial. Quand une multinationale voudra recruter un cadre pour sa succursale ivoirienne, la compétition se fera entre ceux qui, enplus de leur spécialité, maîtrisent l’anglais et l’informatique. Il faut éviter que pour 300 places à la Fonction publique, 100.000 jeunes payent 20.000 Fcfa chacun pour rien. Il faut leur ouvrir les portes du secteur privé international. C’est-à-dire de l’économie mondialisée.

La réaction des professeurs ne montre-t-elle pas qu’il existe un problème de communication ?

Quand je leur demande combien de licences, de masters, stagiaires, de Cdd ou de Cdi ils ont eu cette année et qu’ils ne me répondent pas, je me sens obligé de faire des propositions. Et ce d’autant plus qu’il existe de nombreux problèmes pédagogiques non résolus depuis plusieurs années.

Habituellement, la licence se faisait en trois ans…

Si je pouvais l’imposer, on verrait bien qu’à l’arrivée, ceux qui obtiendront effectivement la licence en trois ans seront les étudiants qui ont fait les deux semestres préparatoires en anglais et en informatique.

Parce que ces derniers seraient mieux outillés pour aller chercher la connaissance partout où elle se trouve. Mieux, à la fin de leur formation,
ils trouveraient plus vite du travail. Et leur carrière professionnelle serait plus réussie. Une bonne préparation est souvent le gage du succès. La licence en trois ans, c’est de la théorie. En pratique, quel est le taux de réussite en licence de nos étudiants actuellement ? Je voudrais ces statistiques pour enrichir nos réflexions.

Pour terminer avec ce débat, je propose que lorsque les conditions seront réunies, ces semestres ou ces crédits soient proposés en option aux nouveaux bacheliers qui le souhaitent.

Monsieur le ministre, par rapport à cette vision, avez-vous tenu compte du nombre d’amphis, et d’enseignants à l’université ?

On y travaille. Tout cela fait partie des conditions préalables à satisfaire avant toute mise en oeuvre de la réforme.

Les fondateurs d’écoles supérieures privées vous ont suggéré que le Bts se fasse désormais en trois ans.

Qu’avez-vous décidé ?

Je n’ai encore rien décidé, mais j’adhère à toutes les réformes qui peuvent donner des compétences supplémentaires aux jeunes, pour faciliter leur insertion dans le marché du travail. Ce qui peut poser problème, c’est la suppression du Bts. J’en ferai le rapport au gouvernement après avis du secteur privé. Sinon, les fondateurs des écoles supérieurs privées n’ont pas besoin de mon accord pour mettre en place une licence professionnelle en trois ans.

Certes, mais vous avez demandé qu’il n’y ait pas de repêchage au Bts.

C’est une décision. Quand les étudiants ont passé le Bts, on m’a demandé : « monsieur le ministre que fait – on ? Pour que nous ayons 50%, il faut que nous descendions jusqu’à 7 de moyenne ». J’ai dit qu’il fallait rétablir la crédibilité de ce diplôme ! Ne seront admis que ceux qui auront 10 de moyenne. Il n’ y a pas eu de repêchage.

La Coordination nationale des enseignants chercheurs (Cnec) fait de la satisfaction de ses revendications un préalable pour la rentrée universitaire 2014-2015, et pourtant la rentrée a eu lieu…

C’est une cérémonie symbolique. Ce sont les présidents d’université qui organisent l’année académique. La preuve, certains établissements ou Ufr ont commencé depuis plusieurs semaines. Nos universités traînent, depuis deux années, certains problèmes qu’elles gèrent.

La vision que j’ai de l’école ivoirienne et de l’enseignement supérieur, c’est que les études doivent se dérouler dans un environnement apaisé. J’ai demandé une trêve de 10 ans.

Quand la Cnec lance des menaces à travers la presse, je souhaite qu’on fasse attention. Car cela décrédibilise notre institution. Quand vous menacez, et faites grève quelle perception voulez-vous que les employeurs, les industriels du secteur privé aient de votre institution ?

Lorsqu’ils reçoivent ses diplômés, ils ont des doutes sur leur formation. Travaillons ensemble pour que nos universités retrouvent une place honorable sur l’échiquier international.

Peut-être que si les enseignants avaient eu un début de solution à leurs problèmes…

Pour les enseignants, en particulier, le gouvernement n’a sans doute pas tout fait. Mais il a fait beaucoup et tout le monde le sait. L’université c’est la priorité du gouvernement. C’est ma priorité.

Et pourtant, on a l’impression que le départ nouveau piétine…

Sans doute comme un malade qui réapprend à marcher.

La Cnec parle également d’arriérés de salaire (environ 44 milliards de Fcfa) dus au titre de la grille particulière depuis 2009. Quelle solution proposez-vous pour la satisfaire ?

Malheureusement, cela ne concerne pas que la Cnec de Cocody, mais tous les fonctionnaires de Côte d’Ivoire et c’est bien plus que 44 milliards de
Fcfa.

L’Enseignement à distance… est-ce réalisable cette année ?

Les meilleurs élèves et étudiants sont ceux qui développent leurs facultés à se former seuls une partie du temps. Aujourd’hui, les Tic leur donnent plus d’opportunités d’apprendre. Plus il y aura de formations à distance et en ligne, mieux nous saurons répondre à la surpopulation de nos établissements. Tout sera mis en oeuvre pour que nous y arrivions.

Avez-vous des pools d’expérimentation ?

A l’Ecole normale supérieure (Ens), nous avons la Formation ouverte et à distance, (Foad) une formation à distance qui marche bien.

Peut-on connaître vos partenaires pour ce système de formation à distance ?

Nous avons l’Agence universitaire de la francophonie(Auf) qui va nous accompagner. La France également grâce au C2D comme je l’ai dit. Dans le prochain C2D, il est prévu 7 milliards, de Fcfa pour l’enseignement à distance et l’université virtuelle.

Pour régler le problème de déficit de professeurs, en avez-vous recruté de nouveaux ?

Nous sommes en train d’en recruter, mais avec beaucoup de rigueur.

Les nouveaux bacheliers ont finalement été affectés. Mais il y a encore des réclamations. Certains n’ont pas été orientés dans la filière souhaitée. Comment cela se fait-il ?

J’ai l’impression que des gens cherchent des problèmes partout. La quasi-totalité des membres de mon cabinet, les directeurs généraux et centraux
sont des enseignants chercheurs. Pourtant, on fait courir le bruit que je travaille seul. Ce n’est pas vrai, on discute et je décide après. Ceux qui sont allés sur le site d’orientation savent que trois propositions sont faites à chaque bachelier, mais à la fin, quel que soit son âge ou sa religion, il peut les rejeter et faire un autre choix. Bien entendu, il doit venir le justifier.

Dans le cadre de l’enseignement à distance, chaque étudiant doit disposer d’un ordinateur. Ce qui n’est pas à la portée de tous. Vous en avez souvent parlé avec SEM. Georges Serre, ambassadeur de France. Son pays va-t-il vous apporter son appui ?

La France ne peut pas tout faire. Elle fait déjà beaucoup et il faut lui en être reconnaissant. Mais à un moment donné, il importe que l’Etat et les parents d’élèves fassent leur part.

Avez-vous une idée du nombre exact d’étudiants qui seront affectés dans le public et le privé ?

Ce qui est prévu, c’est 35.000 étudiants dans le public et 33.000 au privé. Ce qui fera environ 230.000 étudiants moins les sortants.

Où allez-vous les loger, vu que, pour l’instant, vous n’avez réceptionné que 3885 lits à Cocody sur 8168 ?

Nous n’aurons jamais assez de lits en cité pour loger 100.000 étudiants. On ne pourra pas satisfaire tout le monde comme à mon époque en 1975. Il faut que nous intégrions cela.

Qu’est-ce qui est en train d’être fait pour que toutes les chambres soient disponibles ?

Tout est en train d’être fait. Même pour libérer les cités encore occupées par les Frci… Les cités occupées seront libérées. Nous sortons d’une crise
donc la conséquence a été l’occupation des chambres par les Frci. Vous savez avec quelle précaution, avec quelle diplomatie on doit régler l’ensemble de ces questions.

Certains étudiants se sont fait entendre à la veille des vacances, parce qu’ils ne voulaient pas libérer les chambres. Ne craignez-vous pas que ce problème constitue, à la longue, un sujet de revendication pour ces derniers, notamment avec les embouteillages à Abidjan ?

Sur les 100.000 étudiants, pouvons-nous en loger 20.000, c’est-à-dire 20% ? Il faut intégrer cela. Ce qui nous préoccupe, aujourd’hui, c’est de réunir les conditions d’un enseignement de qualité. Ce n’est pas de loger tous les étudiants.

Monsieur le ministre, quel a été le critère de choix de vos partenaires dans l’enseignement supérieur privé ?

Il y a eu 68.000 bacheliers. Malgré les capacités d’accueil revendiquées par l’enseignement supérieur privé, nous avons estimé que le niveau académique n’était pas suffisant. On l’a vu avec les résultats enregistrés au Bts. Dès lors, nous avons pris la décision d’orienter respectivement 35000 et 33000 bacheliers dans les universités publiques et privées. Mais par filière, nous avons tenu compte de la capacité d’accueil de l’ensemble de ces écoles et nous leur avons affecté
un quota en fonction de leurs résultats au Bts.

Au mois de mars dernier, le président de l’Union patronale de l’enseignement privé (Upesup), Dr Elete Aka, a indiqué que l’Etat cumule des arriérés d’au moins deux ans concernant les frais d’écolage des affectés. Pensez-vous à régler ce problème qui constitue une bombe à retardement ?

Ce sont des arriérés,, qui ont été reconnus suite à un audit. Ils vont être épongés au fur et à mesure, selon la trésorerie de l’Etat. Vous êtes également préoccupé par l’employabilité des diplômés.

Quelles dispositions avez-vous prises pour y arriver ?

Mes collaborateurs et moi travaillons à améliorer l’employabilité. Nous voulons que, le secteur privé qui emploie les diplômés du supérieur s’implique, de plus, en plus dans la réforme de nos universités sur les plans académique, financier etc. Qu’il soit représenté dans les conseils de gestion. Nous voulons mettre en place des incubateurs au niveau de chaque Ufr pour améliorer l’employabilité. Le secteur privé sera sollicité pour s’impliquer davantage.

Les grandes écoles sont aussi concernées par l’enseignement à distance, quel est leur niveau d’implication ?

Tout le monde est concerné par cette réforme. Ce n’est pas une chose que nous leur imposons ; c’est une solution que nous leur proposons. Je pense que la vision que j’ai de l’enseignement supérieur est partagée par les responsables de l’enseignement supérieur privé. Je constate qu’ils veulent aller très vite. Mais nous ne pouvons que leur envoyer les bacheliers pour suivre les formations qu’ils proposent.

L’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny est déjà un pool d’expérimentation.

Le directeur de l’Inphb est l’un des responsables qui partage cette vision.

Il y a quelques années, la Renaissance estudiantine, (Rest), la Fesci et d’autres organisations estudiantines de Côte d’Ivoire avaient signé une charte de non-violence. Quelle politique mettez-vous en place pour une meilleure collaboration avec les étudiants ?

Le gouvernement ne doit pas être plus préoccupé par un environnement social apaisé à l’université que les étudiants eux-mêmes. Parce qu’il s’agit, avant tout, de leur avenir. Nous ne pouvons mettre en place que les meilleures conditions de travail. Mais si les étudiants estiment que l’université, c’est pour faire autre chose que des études, les actions que le gouvernement entreprendra n’aboutiront à rien. Je leur demande une trêve sociale de 10 ans pour s’occuper de leurs études. Ce n’est pas contre leurs intérêts, mais s’ils décident, malgré tout, que ce sont les mouvements, les agressions, la violence qui vont leur permettre
demain de s’insérer dans la vie sociale, le gouvernement en tirera les conséquences.

Les préoccupations les plus urgentes, c’est l’équipement des amphis et le déplacement à l’intérieur de l’université Félix Houphouët-Boigny. Le Président Alassane Ouattara y avait réceptionné deux bus électriques, un don du groupe Bolloré. Leur nombre va-t-il augmenter ?

Je crois que le nombre des bus qui nous ont été offerts par Bolloré pourrait augmenter. C’est pour faciliter les déplacements, des étudiants, même si cela ne va pas régler les problèmes de bus sur le campus universitaire. Je ne sais pas s’il y en aura assez pour tous les étudiants.

Avec les embouteillages à Abidjan, M. le ministre, serait-il possible de trouver un moyen de transport pour les étudiants qui viennent des quartiers éloignés, étant entendu qu’ils ne seront pas tous logés ?

Bonne question. On va y travailler sérieusement.

La recherche scientifique a besoin de financement. Les chercheurs ont besoin d’appui pour être efficaces. Malheureusement, le budget de la recherche est estimé à 0,49% du Pnb. Que comptez-vous faire pour améliorer cette situation ?

Le gouvernement est conscient du problème, mais, nous sortons d’une longue crise et les besoins sont nombreux. Je pense qu’au fur et à mesure, le gouvernement va augmenter la dotation de la recherche scientifique. Parce que je pense aussi qu’un grand pays se bâtit grâce à ce domaine.

INTERVIEW RÉALISÉE PAR
MARIE-ADÈLE DJIDJÉ
Fraternité Matin

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