09202018Headline:

Reportage; Une semaine après sa sortie de prison, Simone Gbagbo n’a toujours pas foulé sa terre natale de Moossou à Grand-Bassam.

Une semaine après sa sortie de prison, Simone Gbagbo n’a toujours pas foulé sa terre natale de Moossou à Grand-Bassam. C’est que le piteux état dans lequel se trouve encore sa résidence l’empêche de s’y installer. Nous y avons fait un tour le mardi 14 août 2018. Reportage.

Dès l’entame de la centaine de mètres de bitume qui donne sur l’impressionnant portail de la résidence de l’ex-Première dame, le visiteur est saisi par le silence de cimetière qui y règne. Aucun dispositif de sécurité, aucun attroupement. Ni véhicule stationné à la devanture. Un décor plutôt glacial, qui jure avec la fièvre à laquelle notre équipe de reportage s’attendait. Autant qu’il contraste avec l’animation que connaît la résidence du couple Gbagbo de la Riviera Golf, depuis que Simone y a pris ses quartiers, le mercredi 8 août 2018, après être sortie de prison.

Alors que nous en étions à nous interroger sur ce silence troublant, nous voyons sortir de la cour un monsieur et une dame. A peine l’avons-nous approché et salué que l’homme nous invite à franchir le portail pendant qu’il cherche à héler un taxi communal pour la dame. Sans autre forme de procès. Quelque peu intrigué par cette facilité avec laquelle nous sommes invité à accéder à la résidence, sans avoir à montrer patte blanche d’abord, nous hésitons un moment. Sur insistance de cet habitué des lieux, nous voilà à l’intérieur de ce qui fut la demeure de la première dame sous le régime Gbagbo.

Le portail franchi, le regard est tout de suite frappé par cette impression de vide malgré la présence d’une poignée de personnes sous le préau situé derrière la guérite. Une dizaine d’occupants y devisent, en effet, assis sur des chaises. Celui qui nous a autorisé à entrer nous présente à deux autres messieurs, qui paraissent les plus âgés. Parmi eux, Ehivet Charles, le frère de Simone Ehivet Gbagbo. Il nous apprend que l’ex-Première dame n’a pas encore mis les pieds à Moossou, encore moins dans sa résidence privée. « On se prépare à l’accueillir en accélérant les travaux de réhabilitation de la maison », lâche-t-il. Puis de souligner que le jour où la nouvelle de sa libération est parvenue à Moossou, il y avait fête dans la cour familiale, laquelle n’a rien à voir avec la résidence privée, aujourd’hui dévastée, de Simone Gbagbo. « Toute la maison était en effervescence. Les gens ont chanté et dansé toute la nuit jusqu’au matin », confie-t-il.

L’on nous apprend que pour son retour, il est prévu un culte, qui est attendu comme un temps fort. Nos hôtes disent cependant ne pas savoir le jour exact où cette cérémonie religieuse se tiendra. Mais leur plus gros souci, c’est de parvenir d’ici là à redonner fière allure à sa résidence, encore balafrée par les séquelles de la guerre post-électorale de 2011.

Les stigmates de la bourrasque.

Une visite guidée des ruines de ce « palais », achève de convaincre de l’étendue des dégâts. Malgré les travaux de rafistolage réalisés prestement pour permettre à la frange Abou Drahamane Sangaré du Front populaire ivoirien (Fpi) d’y tenir son meeting, les 4 et 5 août 2018, les trois bâtiments noyés dans la vaste cour d’environ 4 ha, portent encore les stigmates de la bourrasque.

Du bâtiment principal, comprenant la chambre à coucher de l’ex-Première dame, il ne reste que les murs : plus aucun apparat des années fastes. Les murs eux-mêmes ont été perforés par endroits, pour en arracher soit des fils électriques, soit un split ou tout autre accessoire. Ainsi, la baignoire de la douche et le bidet des toilettes de la chambre à coucher personnelle de l’ex-Première dame ont été arrachés, laissant des trous béants dans le mur. La chambre de la gouvernante, attenante, a subi le même sort : le bidet emporté. Les deux cuisines n’ont pas été épargnées : leur plafond est décoiffé par endroits et des excavations visibles sur le mur laissent deviner que du matériel a été arraché. Dans certaines des cinq pièces composant le bâtiment principal, les baies vitrées ont fait place à un mur en contreplaqué.

Les deux autres bâtiments, dont celui des hôtes et gardes du corps, n’ont pas échappé à la furie des pilleurs. Ils ont été vidés de leur contenu et les murs lézardés témoignent de ce qui a été emporté. Ces séquelles, qui évoquent les jours de folie qu’a vécus la Côte d’Ivoire au plus fort de la guerre post-électorale, semblent résister aux efforts pourtant entrepris pour en effacer les traces. La peinture fraîchement couchée sur les murs, le contreplaqué non encore verni qui tient lieu de plafond, les quelques ampoules et les fils électriques qui les alimentent, les portraits géants d’un Laurent Gbagbo souriant, côtoyant celle de Simone Gbagbo… En vue de la tenue du congrès de la faction du Fpi emmenée par Abou Drahamane Sangaré, en début de ce mois, la résidence a été, en effet, fardée comme pour gommer les rides laissés par des années d’abandon. D’où cette sensation d’espace plus ou moins viabilisé que dégage la cour, longtemps envahie par une broussaille giboyeuse. « Avant, les gens venaient faire la chasse ici », relève l’un de nos interlocuteurs. Qui souligne, au passage, que cette résidence de Simone Gbagbo n’a rien du château qu’une certaine opinion avait fait croire. « Ce sont les militants qui se sont cotisés pour qu’on fasse les travaux de réhabilitation que vous avez vus », renchérit Ehivet Charles. Et de souhaiter que l’Etat de Côte d’Ivoire prenne en main la réfection de cette résidence dévastée et cela, dans le prolongement de l’acte de réconciliation ayant conduit à la libération de Simone Gbagbo.

Quand nous prenons congé de nos hôtes peu après 13h, la devanture de la résidence est toujours sans animation, à l’exception de quelques rares véhicules qui se hasardent dans les environs. A 200 m de la résidence, le temps ne semble pas s’être figé. La vue offre un spectacle de train-train quotidien. Non loin du cimetière mitoyen, des joueurs du football club de Moossou s’entraînent sur le terrain de foot situé en bordure de l’autoroute menant à Bonoua, en venant d’Abidjan. « C’est une joie énorme que ressent Moossou, car c’était écœurant de voir que des gens qui ont dirigé un peuple se retrouvent là où il ne fallait pas. La population attend à bras ouverts sa fille à la maison », estime l’entraîneur adjoint de l’équipe, Djah Glazal Anovic.

Dans les maquis et restaurants situés en bordure de lagune, hommes et femmes sont attablés en train de prendre un pot ou un repas. « La sortie de prison de maman Simone nous réjouit. On attend avec impatience son retour au village », lâche une tenancière de maquis. Sentiment qui contraste toutefois avec celui du chauffeur de taxi communal qui nous conduit à la plage quand nous décidons de quitter les lieux, aux environs de 16h. « Je ne comprends pas qu’on libère quelqu’un qui a fait tant de mal », grommelle ce jeune homme au visage patibulaire.

Assane NIADA

linfodrome.com

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