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Resumé du proces du 4 Avril /Le témoin Evariste Yaké: « J’ai reçu un appel de Blé Goudé pour soutenir Gbagbo ..et..»

Ancien partisan de Laurent Gbagbo, devenu militant du parti d’Alassane Ouattara, Evariste Yaké est le 37e témoin présenté par l’accusation dans le cadre du procès Gbagbo-Blé Goudé. Son premier jour de déposition a tourné autour de ses relations avec l’ex-dirigeant des Jeunes patriotes.

Par Anne Leray 

C’est un témoin au profil politique qui a commencé à déposer ce matin à la Cour pénale internationale. Son parcours, ses implications, son entourage ainsi que ses relations avec Charles Blé Goudé ont été passés en revue par le substitut du procureur Lucio Garcia, chargé de l’interrogatoire de l’accusation.

Evariste Yaké, originaire de la région de Man, dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire, fait aujourd’hui partie du cabinet du secrétaire général du RDR (Rassemblement des républicains), Amadou Soumahoro. « Je suis chargé d’accueillir les nouvelles recrues du parti », précise-t-il. Ses activités l’amènent également à travailler « avec le cabinet de consulting de Joël N’Guessan », porte-parole du RDR et ancien ministre de Gbagbo. Evariste Yaké est lui-même à la tête du parti « Horizon 2020 » dont l’objectif est « la réconciliation en Côte d’Ivoire ».

« Il nous a remis seize motos neuves »

Avant « d’accepter la main tendue de son excellence Alassane Ouattara », comme il l’indique dans une interview donnée à IvoirTV en 2014, le témoin était un soutien actif de Laurent Gbagbo dans l’Ouest du pays, d’abord à la demande de Charles Blé Goudé puis à sa propre initiative. Lors de la crise postélectorale, il dit avoir été « chargé d’études auprès de Franck Guéï (1). C’est lui qui m’a fait nommer dans son cabinet à la présidence de la République ». Il a aussi été président des réfugiés ivoiriens au Ghana, où il était en exil avant d’intégrer le RDR.

Après avoir vécu en Europe, Evariste Yaké revient s’installer en Côte d’Ivoire en 2006 et s’engage en politique. Lida Kouassi, ex-ministre de la Défense de Laurent Gbagbo, lui aurait mis le pied à l’étrier. Sollicité par les jeunes de son quartier, il est président du JUDEM en 2007, « association de la jeunesse unie pour le développement des montagnes ». Alors qu’il fréquente les leaders de divers mouvements favorables à Laurent Gbagbo, le journaliste Guillaume Gbato lui propose de présider la Coalition des mouvements et associations de jeunesse de la région des montagnes pour Laurent Gbagbo (COMAJMG). « Les jeunes sont venus me voir pour me dire qu’il fallait mutualiser les forces pour soutenir et faire gagner Laurent Gbagbo ».

C’est à cette période que l’ex-dirigeant des Jeunes patriotes l’aurait approché. « Un matin, j’ai reçu un coup de fil de Charles Blé Goudé qui m’a donné rendez-vous à son cabinet à Cocody ». Le témoin accepte sa proposition, à savoir « soutenir Laurent Gbagbo, porter son message sur le terrain et lui rendre compte de ce qui se passe », et lui demande son aide logistique pour atteindre les villages isolés et montagneux de l’Ouest du pays. « Il nous a remis seize motos neuves. C’était un moyen de stimuler les leaders qui savaient que s’ils faisaient bien leur travail, ils garderaient leur moto », relate-t-il. Charles Blé Goudé lui remet également « 500 000 » francs CFA soit 760 euros. Sur le terrain, les jeunes militants incitent alors la population à se faire recenser en vue d’obtenir des papiers et donc des cartes d’électeurs « pour voter et exprimer son soutien à Laurent Gbagbo ».

« Souvent, quand le président était là, Charles aussi »

Le témoin racontera ensuite sa visite écourtée au « domicile de Blé Goudé à Yopougon », pour accompagner un militant « qui devait rendre des comptes à son chef ». Laissé à la porte, il se froisse. « On nous a dit d’attendre dehors. Blé Goudé n’était pas mon chef, je suis parti ». Peu après, le futur et éphémère ministre de la Jeunesse se rend dans la région de Man pour un meeting et « fait escale » dans le village du témoin, ce dernier rapportant que tous ces faits seraient antérieurs à la nomination de Charles Blé Goudé en tant que directeur adjoint de la campagne de Laurent Gbagbo en octobre 2009.

Une fois déclaré officiellement, celui qui était désigné comme le leader de la galaxie patriotique aurait entrepris de faire élire un représentant de la jeunesse pour la région de Tonkpi. Le témoin serait sorti gagnant du vote, avant d’être désavoué par Blé Goudé. « Ils ont décidé de nommer un superviseur issu du JFPI (2) ». Voilà qui coupe net le contact entre les deux hommes. Evariste Yaké décide alors de faire campagne de son côté avec le soutien de son « patron » Franck Guéï. « Je suis revenu à la case départ. Il fallait rester zen, nous avions un seul objectif, faire gagner notre champion ».

Le substitut du procureur a essayé à plusieurs reprises d’avoir des informations sur les fonds reçus par Charles Blé Goudé pour faire campagne, sur les financements du COJEP (3) ainsi que sur les différents qu’avait apparemment pu susciter la répartition de ces sommes. En vain. « Je n’étais plus dans le réseau, je n’avais plus d’infos », répète le témoin qui s’arrêtera sur la proximité entre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. « Il était le fils aimé politiquement de Laurent Gbagbo. Souvent, quand le président était là, Charles aussi. Il le voyait quand il voulait, il avait des voitures, des agents de sécurité, mais ça toute la Côte d’Ivoire le sait ».

(1) Franck Guéï, décédé en 2014, était le fil aîné du général Robert Guéï

(2) Le JFPI est le mouvement de la jeunesse du Front populaire ivoirien.

(3) Le COJEP est un mouvement fondé par Charles Blé Goudé.

Ivoire Justice

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