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RESUMé du Procès Gbagbo du 8 Mars 2016 : l’ex-commandant de la gendarmerie ivoirienne à la barre

Suspendue le 6 mars suite à la révocation du conseil des témoins P-10 et P-11, l’audience a repris aujourd’hui à La Haye. Une séance brève, le temps d’introduire le nouveau témoin à charge attendu depuis lundi, et qui n’est autre qu’Edouard Tapié Kassaraté. Ce haut-gradé, ancien proche de Gbagbo qui fit ensuite allégeance à Ouattara, va déposer plusieurs jours durant. 

Par Anne Leray

Lundi 6 mars, les avocats de Laurent Gbagbo et Charles Blé-Goudé étaient intervenus dès la reprise du procès, demandant la disqualification de Fabian Raimondo au nom du conflit d’intérêts. D’une même voix, Me Knoops et Me Altit avaient mis en avant le fait que l’avocat argentin, qui devait assister les témoins P-10 et P-11 durant leur déposition, avait déjà collaboré en 2012 avec le bureau du procureur et donc avec l’accusation.

Une requête entendue par le juge-président Cuno Tarfusser qui a révoqué le conseil des témoins séance tenante et sommé le greffe d’en nommer immédiatement un nouveau, avant de reporter l’audience au 8 mars. Tarfusser a par ailleurs précisé à Fabian Raimondo que le fait qu’il n’ait pas informé la Chambre de cette implication antérieure dans l’affaire, pouvait le tenir « responsable d’une violation de devoir en application du code de conduite professionnelle ».

« Vous n’avez qu’une chose à faire, nous dire la vérité »

Suite à ce nouveau couac qui a suscité un retard supplémentaire dans l’affaire, et que Cuno Tarfusser a qualifié avec humour de « faux départ », l’audience a repris cet après-midi, le temps de présenter celui qui, jusque-là, était nommé P-10.

Ce témoin attendu s’est comme prévu avéré être Edouard Tiapé Kassaraté, originaire de l’Ouest du pays et de l’ethnie Kroumen, 67 ans aujourd’hui, commandant supérieur de la gendarmerie nationale lors de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire (2010-2011). A ses côtés pour l’accompagner tout au long de sa déposition et le prémunir du risque d’auto-incrimination, le conseiller juridique néerlandais Julius von Boné, fraîchement nommé par le greffe.

« Votre témoignage ne sera jamais utilisé contre vous lors de poursuites ultérieures engagées devant cette Cour. Le conseil qui vous a été commis sera très vigilant et vous pourrez également demander des huis-clos partiels », lui a précisé le juge Tarfusser. « Vous avez été convoqué pour aider la Chambre dans sa quête de vérité et vous ne devez faire qu’une chose, nous dire la vérité » a poursuivi ce dernier en l’avertissant qu’un faux témoignage relève du délit. Répondant souvent « affirmatif » aux questions posées, l’ancien haut-gradé de la gendarmerie ivoirienne a alors prêté serment.

 

Les questions préliminaires du substitut du procureur, Alexis Demirdjian, ont commencé à retracer le parcours d’un général multi-diplômé, entré dans la gendarmerie voici quarante années à Abidjan. Titulaire d’une licence de Lettres à Toulon, Kassaraté a notamment fait Saint-Cyr à Paris et l’école d’Etat-Major d’Hanover. Après avoir été officier au Conseil national de sécurité ivoirien, il a été commandant militaire du palais présidentiel de 2000 à 2005. « Qui vous a nommé à ce poste ? » lui a demandé le représentant du procureur. « Monsieur le Président de la République Laurent Gbagbo » a répondu Kassaraté.

Kassaraté et Gbagbo se retrouvent à la CPI

Décrit en général comme un fidèle de Laurent Gbagbo, Tiapé Kassaraté était jusqu’en 2011 à la tête d’une gendarmerie représentant un puissant corps d’élite en Côte d’Ivoire, et avait entre les mains la sécurité du pays et de son chef d’Etat. Au lendemain de l’arrestation de Laurent Gbagbo le 11 avril 2011 à Abidjan, Kassaraté a prêté allégeance à Alassane Ouattara. Ce dernier l’a ensuite nommé ambassadeur de Côte d’Ivoire au Sénégal en août 2012.

Les retrouvailles de ces deux hommes sur le parquet de la Cour pénale internationale, six ans après les faits, ne sont sans doute pas anodines. On a ainsi vu Laurent Gbagbo sortir discrètement de la réserve tranquille dont il fait preuve depuis des semaines, regardant plusieurs fois son ancien coéquipier avec un sourire que lui seul peut toutefois interpréter.

L’interrogatoire de l’accusation, à qui Tarfusser a demandé d’être la plus concise possible, devrait durer jusqu’à lundi prochain. « Il est impossible de finir vendredi, il y a trop de choses à aborder, avec des sujets très importants » a lancé le chef de l’accusation Eric MacDonald. Les jours à venir risquent d’être denses et l’atmosphère chargée.

—Ivoire Justice

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