06022020Headline:

Retrait de la CADHP : Le pouvoir d’Abidjan se met en danger. Les raisons

Ouattara a décidé de s’attaquer à la communauté internationale. Cette communauté qui l’a aidé à s’installer en 2011. Analyse de Pierre Menant.
En effet, la Côte d’Ivoire a annoncé son retrait de la déclaration de compétence prévue au protocole relatif de la charte africaine des droits de l’homme à l’issue du conseil des ministres du mercredi 29 avril 2020. Ainsi, Alassane Ouattara, le chef de l’Etat ivoirien ne reconnait plus la compétence de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, 7 ans plus tard, après l’avoir émise le 19 juin 2013 en application de l’article 34 alinéa 6 dudit protocole. En clair, Alassane Ouattara et son gouvernement viennent de retirer aux particuliers et aux organisations non gouvernementales (Ong) la possibilité et le droit de soumettre directement leurs plaintes à la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.

Désormais, les Ivoiriens ou tout autre personne vivant en Côte d’Ivoire est livré à son triste quand ses droits inaliénables sont violés ou bafoués et qu’il ne trouve pas justice devant la justice ivoirienne. Le chef de l’Etat ivoirien en a décidé ainsi. Un dangereux recul dans le combat pour la défense et la protection des droits humains en Côte d’Ivoire.

Et pour raison, la CADHP a ordonné, le mercredi 22 avril 2020, de sursoir au mandat d’arrêt lancé contre Guillaume Soro et la libération de ses proches emprisonnés arbitrairement dans divers prisons du pays. Ainsi, pour la conservation du pouvoir d’Etat au profit de son poulain, Alassane Ouattara a perdu toute lucidité au point de multiplier les erreurs et les décisions impopulaires au sommet de l’Etat. Qui l’eût cru ? L’économiste venu tout droit du Fonds monétaire international est-il vraiment assoiffé de pouvoir, du pouvoir absolu voire malfaisant ?

Le chef de l’Etat ivoirien a donc décidé de sortir de cette façon de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples pour continuer à violer impunément, le droit interne, le droit international, les droits humains, droits imprescriptibles et sacrés ainsi que les libertés fondamentales en Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara sort de la CADHP pour continuer à biaiser le jeu démocratique par des lois iniques pour à terme, faire main basse sur les élections présidentielles qui s’annoncent épiques voire dangereuses pour son protégé de candidat. Eh oui, Alassane Ouattara quitte honteusement la CADHP pour continuer à empêcher les candidats sérieux de compétir à la présidentielle du 31 octobre 2020.

« Cette décision intervient dans un contexte pré-électoral où le gouvernement ivoirien a multiplié les attaques contre des opposants politiques et voix dissidentes », dénonce Amnesty international. Voilà le vrai visage de l’houphouëtiste qui n’a, en vérité, rien en commun avec le père fondateur. C’est à juste titre que le président du PDCI Henri Konan Bédié parle « d’enfants adultérins ». Là où Houphouët-Boigny parle de réconciliation, Alassane Ouattara pourchasse ses concitoyens au point de les contraindre à l’exil.

Là où le premier président ivoirien parle d’unité africaine, Alassane Ouattara choisit la division en sortant d’un instrument aussi important de l’Union africaine et en manquant à ses engagements internationaux. Là où le père fondateur de la Côte d’Ivoire moderne appelle au rassemblement, Alassane Ouattara opère une ségrégation entre les filles et fils de la Côte d’Ivoire par son triste système de rattrapage, sème la rancœur et la misère et ferme la voie au dialogue. Dans sa soif aveugle du pouvoir, Alassane Ouattara s’isole et ferme la Côte d’Ivoire au reste du monde là où Houphouët-Boigny a appelle à l’ouverture et à la solidarité internationale. « Ado la solution » est devenu « Ado le problème ».

Mais ce que le régime RHDP oublie, c’est que le retrait de la Côte d’Ivoire ne met pas Ouattara et son Premier ministre de candidat à l’abri de toute poursuite. La Cour africaine des droits de l’homme et des peuples reste saisie du dossier Guillaume Soro et les décisions déjà rendues doivent être exécutées. La Cour conserve également sa pleine compétence pour les affaires déjà engagées avant la décision de retrait. C’est le cas du dossier de la recomposition de la Commission électorale indépendante (CEI) pour lequel une autre humiliation se dessine pour le régime RHDP.

En définitive, la décision de retrait que veut prendre le gouvernement ivoirien n’est nullement la solution recherchée. D’ailleurs, elle n’aura aucun effet ni sur la Cour africaine ni sur les décisions à venir concernant les dossiers ivoiriens pendant devant cette Cour. Conséquence, celui a conseillé au régime RHDP de s’engager dans une telle voie, ne lui a vraiment pas rendu service. Elle complique et aggrave au contraire la situation d’Amadou Gon que son mentor veut imposer aux Ivoiriens.

Alassane Ouattara fonce tout droit dans le mur avec ses décisions impopulaires et irréfléchies. Ses soucis, ses angoisses, ses chagrins, ses tourments et ses mortifications restent intacts. L’homme est troublé, il a perdu tout bon sens parce que son candidat ne fait pas le poids à la présidentielle d’octobre prochain. Que Dieu nous épargne une autre crise par son irresponsabilité au sommet de l’Etat.

Ave Yeclo

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