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Sam l’Africain: Un témoin hostile ? Sam l’amoureux des Africains /Ce qu’il faut savoir

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Sam l’Africain était le 5ème témoin du procès Gbagbo-Blé Goudé. Un fervent partisan et défenseur de l’ancien président Laurent Gbagbo appelé à témoigner à charge par l’accusation. Résumé de la première journée de son témoignage à la Cour pénale internationale (CPI).

À La Haye, après une pause de trois semaines, le procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé reprend. Dehors, il neige. Si cette neige alimente certaines conversations des pro-Gbagbo venus nombreux à la CPI pour cette reprise, le sujet qui va très vite s’imposer sera le témoin qui s’apprête à comparaître. Son nom ? Sam Mohammed Jichi, plus connu comme Sam l’Africain.

Il était parmi ceux dont les noms avaient fuité lors de l’épisode de la révélation fortuite de témoins. Mais avant de voir son visage apparaître sur l’écran et d’entendre sa voix résonner dans le prétoire, le juge Cuno Tarfusser a voulu répondre à la contestation de l’équipe de défense de Laurent Gbagbo concernant l’interdiction de l’usage du titre de président dans la salle d’audience.

Le juge-président estime que la demande de la défense de faire appel était infondée car sa décision orale était simplement une « instruction (…) donnée dans le seul but qu’on se concentre sur les faits ». Il pense aussi qu’un des arguments de la défense, accusant la chambre de partialité, est tout simplement inacceptable et souhaite, par conséquent, ne plus voir à l’avenir de tels propos qui servent uniquement à« saper la légitimité de ce procès aux yeux du public ».

Sam, l’amoureux des Africains

Le témoin en place, il décline son identité et explique brièvement qu’il est du nord, musulman, leader et fondateur d’un parti politique proche de Gbagbo appelé la NACIP (Nouvelle alliance de Côte d’Ivoire pour la patrie). Sam l’Africain, dont le surnom lui fut donné à l’âge de 14 ans, ajoute qu’il aime l’Afrique, les Africains et qu’il est là pour dire la vérité.

Le substitut de la procureure, Eric Macdonald, lui demande d’abord quelle fut sa motivation à venir témoigner devant le prétoire. L’homme politique, d’origine libanaise, raconte alors comment le bureau du procureur de la CPI est venu à lui dès octobre 2011 et surtout, détaille sa vision de la paix en Côte d’Ivoire. « Ils (les enquêteurs du bureau de la procureure, ndlr) pensaient que j’étais co-auteur de la crise », raconte-il. Il ajoute qu’il vient aujourd’hui car « ce sont des Ivoiriens qui ont été victimes peut-être de notre naïveté ou de notre façon de faire de la politique (…) les Africains sont trop victimes de la barbarie (…) le peuple africain est pacifique et doux (…) mais hélas c’est la politique (…) vraiment il faut que ça s’arrête un jour ».

Il raconte aussi sa motivation de créer un mouvement politique qui trouve sa source dans la tentative de coup d’Etat de 2002 et le début de la guerre. Une division qui, pour lui, n’avait « pas de sens » et était orchestrée par la France. Il voulait alors rassembler les Ivoiriens.

Attachement à Laurent Gbagbo

L’interrogatoire s’oriente alors sur le rôle de son parti politique avant la crise. Sam l’Africain dit qu’avant la campagne, son mouvement faisait partie de la galaxie patriotique et, qu’en vue de l’élection de 2010, la NACIP avait rejoint la majorité présidentielle de Laurent Gbagbo.

Il détaille sa vision de la rébellion. Il évoque « des gens qui ont pris des armes », « divisé le pays » et participé à « une chasse aux enseignants » dans le nord de la Côte d’Ivoire.

L’homme d’affaires explique alors qu’il était opposé aux accords de paix conduisant à l’arrivée de rebelles dans le gouvernement, dont Guillaume Soro au poste de premier ministre. Mais il a pensé, avec ses camarades, que Laurent Gbagbo le faisait dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire. « Il a fait appel à ceux qui plus tard devaient lui régler son compte », conclut le témoin. Les pro-Gbagbo présents exultent et applaudissent. Ils sont réprimandés par la sécurité.

Le témoignage de Sam l’Africain souligne l’attachement de l’homme à l’ancien président qu’il considère comme un père. « Je soutenais le président Gbagbo de toutes mes forces », précise-t-il lorsqu’on lui demande de parler de la campagne de 2010.

Un témoin hostile ?

Macdonald s’intéresse alors aux slogans utilisés. Le débat s’oriente sur « on gagne ou on gagne » et « y’a rien en face, c’est maïs ». Pour le témoin, ce ne sont pas des slogans violents mais simplement « des mots de campagne » pour « ambiancer ». Le sujet fait palabre car Macdonald souhaite voir le témoin dire une chose qu’il avait sans doute dite précédemment. Le substitut du procureur envisage même de déclarer le témoin hostile, au moins sur cette partie (c’est-à-dire réfractaire à répondre correctement aux questions). Le juge Tarfusser s’agace et souhaite passer à autre chose. Le sujet des slogans reviendra sur la table un autre jour.

Macdonald présente alors des listes avec des noms de personnes, de partis politiques et associations soutenant Laurent Gbagbo pour la présidentielle. Sur cette liste figure un nom bien connu : Charles Blé Goudé. Macdonald demande : « Avant les élections, quel était le titre de M. Blé Goudé ? » « Il était le président du COJEP (Congrès panafricain des jeunes patriotes, ndlr) et chef de la Galaxie patriotique », lui répond le témoin.

Un témoin quelque peu embarrassé

À la question concernant le Groupement des patriotes pour la paix (GPP), Sam l’Africain a en revanche du mal à répondre. S’il n’hésite pas à décrire le GPP, dirigé par Zéguen Touré, comme un « groupe de défense », il ne donne pas de réponse claire sur les méthodes utilisées par ce groupe pour se défendre. Il dit simplement qu’ils « défendaient la patrie à leur manière à eux ».

L’homme d’affaires explique alors son embarras : « On parle rien de comment les autres sont venus attaquer (…) ça me met très mal à l’aise ». Mais finalement, pressé de répondre par le juge Tarfusser, il expliquera : « Nous sommes attaqués par des hommes en armes et ils (les membres du GPP) défendaient la patrie aussi avec des armes. »

Sam l’Africain répond ensuite aux questions sur les agoras et les parlements, ces meetings qui permettaient de défendre la patrie, non pas par les armes ici mais par la parole, par « des explications à la population ». Sa dernière phrase de la journée rebondira sur le rôle d’un des accusés lorsque Macdonald lui demande comment les meetings à la place de la République, à la Sorbonne au Plateau ou encore place CP1 à Yopougon étaient organisés : « Le président Blé Goudé, il lance un appel, il dit l’endroit, puis les gens se mobilisent. »

Par Antoine Panaite

Source: Ivoire Justice

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