05282024Headline:

Séismes en Turquie et en Syrie : pourquoi les 72 premières heures sont cruciales ?

Le cap des 72 heures s’approche pour les secouristes en Turquie et en Syrie. Ce délai est crucial pour retrouver des survivants sous les décombres, selon Ilan Kelman, chercheur en catastrophes naturelles.

Le temps est compté pour les rescapés des séismes meurtriers en Turquie et en Syrie. Le cap des 72 heures s’approche, jeudi 9 février, et plus de 90 % des rescapés des tremblements de terre sont secourus dans les trois jours suivant la catastrophe, explique Ilan Kelman, chercheur en catastrophes naturelles à l’University College de Londres (UCL).

Néanmoins, cette durée peut varier significativement en fonction de la météo, de la fréquence des répliques et de la rapidité des secours à arriver sur les lieux. Autant d’éléments qui retardent les chances de retrouver des rescapés du tremblement de terre d’une magnitude de 7,8 qui a frappé lundi à l’aube le Sud-Est de la Turquie et le Nord de la Syrie voisine.

Le bilan, qui a dépassé les 16 000 morts, risque de s’alourdir encore, une fois la fenêtre de 72 heures fermée.

“En général, ce ne sont pas les séismes qui tuent les gens mais les effondrements des bâtiments”, analyse Ilan Kelman, qui a publié des recherches sur les réponses face aux tremblements de terre.

La première urgence consiste à soigner les personnes écrasées sous les immeubles avant qu’elles ne succombent à leurs blessures, par hémorragie notamment.

La météo joue aussi un rôle décisif. Or, elle est “complètement contre nous” en Turquie et en Syrie, en proie à un froid glacial depuis deux jours. “Cela signifie malheureusement que les gens peuvent mourir d’hypothermie”, déplore le chercheur. Et sans eau, même les rescapés qui parviennent à survivre au froid et à leurs blessures vont “commencer à mourir au bout de trois, quatre ou cinq jours”.

“La grande majorité des survivants sont ramenés dans les 24 heures”
Les nombreuses répliques qui ont suivi la secousse peuvent aggraver les effondrements et rajouter à la peur, autant chez les survivants que chez les secouristes, ajoute-t-il.

“La grande majorité des survivants sont ramenés dans les 24 heures par des équipes locales, n’utilisant souvent que leurs mains ou une pelle”. Des dizaines de pays se sont engagés à dépêcher des équipes de recherches mais le séisme a frappé une “zone de conflits, reculée et difficile d’accès”, rappelle Ilan Kelman.

Il faut généralement un jour, au moins, pour que l’aide internationale soit opérationnelle. “À ce stade, un bon nombre de personnes qui auraient pu survivre ont déjà péri”, déclare l’expert. Selon lui, les équipes de secours n’ont toujours pas réussi à atteindre certaines zones rebelles ou hébergements temporaires de personnes déplacées.

Une fois sur les lieux, il existe plusieurs façons de trouver des survivants, notamment avec des chiens de recherche : une unité réputée de chiens du Mexique est actuellement en route pour la Turquie. Robots et drones sont de plus en plus utilisés pour pénétrer dans des espaces exigus trop dangereux pour les humains.

Une fois qu’un survivant est retrouvé, les sauveteurs doivent décider rapidement de la meilleure manière de l’extraire des décombres. De gigantesques équipements, comme des grues, sont parfois nécessaires pour soulever les dalles de bâtiments effondrés. Parfois, il faut amputer un membre “écrasé sous un pilier ou un morceau de maçonnerie”, dit aussi Ilan Kelman.

Au final, insiste le chercheur, “une opération de secours réussie commence des décennies avant le séisme, en tentant d’empêcher l’effondrement des infrastructures”. Le coût d’une opération de sauvetage international s’élève, selon lui, à un million de dollars par vie sauvée. “Si les mêmes sommes étaient investies dans la prévention des catastrophes, nous n’en serions pas là”.

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