01172019Headline:

Sept ans après sa chute, Gbagbo romps le silence sur les questions de l’immigration, la nationalité et du foncier. Il adresse un message poignant à Houphouët-Boigny.

Sept ans après sa chute, l’ancien président Laurent Gbagbo n’a rien changé à ses certitudes s’agissant des questions de l’immigration, de la nationalité et du foncier. Dans la dernière version de son ouvrage, intitulé, « Libre. Pour la vérité et la justice », il aborde ces sujets à controverse sans s’embarrasser de fioritures. Il livre ainsi au lecteur sa position sur ces questions au cœur des crises sociopolitiques qui ont déchiré la Côte d’Ivoire depuis le décès de Félix Houphouët-Boigny.

Pour l’ex-chef de l’Etat, ces questions sont intimement liées. « Le problème de la nationalité et celui du foncier, ce n’est qu’un seul problème » (P. 43), soutient-il, en effet. Et, à en croire Gbagbo, les problèmes que ces questions ont engendrés et engendrent aujourd’hui encore sont en partie dus au premier président de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny. « De tout temps, les populations du Sahel y ont migré (en Côte d’Ivoire, Ndlr) pour trouver de meilleures conditions de vie. Puis le colonisateur a recruté sa main-d’œuvre dans ces régions et Houphouët-Boigny a amplifié ce mouvement. » (P. 43), écrit Gbagbo. Qui renchérit : « Houphouët a utilisé les travailleurs, la France a toujours encouragé cela, parce que chaque immigré de plus entrant en Côte d’Ivoire, c’était un immigré de moins en France ». A en croire l’ex-chef de l’Etat, le taux élevé d’immigrés observé en Côte d’Ivoire est consécutif à « l’importation » de main-d’œuvre étrangère par le colonisateur français, puis par Houphouët ; lequel, selon Gbagbo, a toujours été de mèche avec les autorités françaises.

Les Burkinabè et leur président d’alors, Blaise Compaoré, sont également pointés par Gbagbo, pour leur responsabilité dans ce dossier de l’immigration, à l’origine de la question identitaire. « Les Burkinabè, ils n’ont rien dans leur pays, à part un peu d’or. Ils ne pouvaient guère fournir autre chose que du mouton » (P. 43), lance l’ex-président ivoirien, comme pour expliquer pourquoi ces Burkinabè ont dû emprunter « de longue date, une voie ouverte du Sahel vers la Côte d’Ivoire ». Gbagbo accuse Compaoré, Ouattara et le Pdci d’avoir une responsabilité dans la crise identitaire née de l’équation de l’immigration. « Dans l’Ouest du pays, je sais qu’ils amènent des Burkinabè par camions entiers dans cette région et qu’ils chassent les autochtones, à qui on prend les plantations…. Veulent-ils la mort de la Côte d’Ivoire pour que vive le Burkina Faso ? », s’offusque-t-il. Tout en mettant en garde le Pdci contre cette politique migratoire. « Le Pdci, s’il continue de cautionner la politique de Ouattara, aura une grande responsabilité : on change la population pour rendre la Côte d’Ivoire soluble dans le Burkina Faso ».

Et de dénoncer la décision arrêtée à la table ronde de Linas-Marcoussis, invitant les autorités ivoiriennes à régulariser la situation d’une frange d’immigrés de longue date et de leurs descendants. Décision que le régime Ouattara s’est engagé à traduire dans les faits. « Aujourd’hui, il paraît qu’on a recensé 700 000 apatrides- Je me demande bien comment ?- qui auraient droit à la naturalisation sur simple demande. Ils deviendront ipso facto les propriétaires des terres qu’ils occupent : on paie par avance les Burkinabè pour leurs votes dans la prochaine élection présidentielle », s’insurge l’ancien président, pour qui cette attribution de la nationalité ivoirienne aux immigrés est une porte ouverte aux conflits fonciers. « 1998, la loi Bédié sur le foncier est venue instaurer l’obligation d’être Ivoirien pour être propriétaire terrien. Un étranger ne pouvait pas accéder à la propriété (…). Ils deviendront ipso facto les propriétaires des terres qu’ils occupent… », argue l’ex-chef de l’Etat.

Puis de souligner le lien de cause à effet entre nationalité et foncier. « Être propriétaire selon les règles ne pose aucun problème ; devenir propriétaire selon les règles ne pose aucun problème. Mais brader la nationalité ivoirienne pour permettre à des étrangers qu’ils accaparent les terres appartenant déjà aux communautés autochtones, cela n’est pas acceptable. Cela revient à priver des Ivoiriens, quelle que soit leur origine, quelle que soit leur religion, de leurs droits », s’indigne Gbagbo, depuis La Haye aux Pays-Bas, où il est en détention depuis le 30 novembre 2011.

Assane NIADA

ivoire matin

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