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“Si on ne remédie pas aux problèmes qu’on a créés, c’est l’espèce humaine qui disparaîtra”

“Si on ne remédie pas aux problèmes qu’on a créés, c’est l’espèce humaine qui disparaîtra”

L’astrobiologiste française Nathalie Cabrol traque les formes de vie dans l’univers au sein du centre de “Recherche d’intelligence extraterrestre” aux États-Unis. Dans “À l’aube de nouveaux horizons”, elle explique notamment comment en étudiant d’autres planètes comme Mars ou Pluton, il est possible d’avoir des clefs pour comprendre et “ramener notre planète à l’équilibre”.

Elle traque la vie. Sous toutes ses formes et dans toutes les galaxies. C’est ainsi que pourrait se résumer la mission de Nathalie Cabrol, astrobiologiste française, directrice scientifique du SETI (Search for Extraterrestrial Intelligence, “Recherche d’intelligence extraterrestre”) aux États-Unis. Pour elle, penser que nous sommes seuls dans l’univers est “une absurdité statistique”. Une certitude qu’elle martèle au gré des plateaux qu’elle écume à l’occasion de la sortie de son livre “À l’aube de nouveaux horizons”, publié aux éditions du Seuil.

Sa passion pour l’espace a commencé presque au berceau. Le 21 juillet 1969, lorsque Neil Armstrong pose le pied sur la Lune dans le cadre de la mission Apollo 11, elle est rivée sur sa télévision. Elle n’a que 6 ans. “J’étais avec ma mère, blottie dans le canapé et je me souviens de l’attente interminable avant que s’ouvre la porte de LEM [NDLR : le module d’atterrissage lunaire] pour qu’il descende les marches de l’échelle une à une. J’étais comme hypnotisée par ces images fantomatiques en noir et blanc. Ce jour-là, j’ai dit à maman que je voulais devenir astronaute”, explique-t-elle dans une interview à L’Express.

Si Nathalie Cabrol n’est pas devenue astronaute, sa vocation l’a menée à explorer l’univers et à chercher la vie sous quelle que forme qu’elle soit. “Il semblerait que la vie soit inévitable dans l’univers parce que c’est le meilleur moyen que l’univers a de combattre l’entropie, c’est-à-dire le désordre. La vie serait le résultat inévitable de la thermodynamique”, explique t’elle.

Si la fantasmagorie populaire nous pousse à imaginer des petits hommes verts, elle rappelle qu’il faut juste ouvrir son esprit. “Les molécules qui nous forment sont apparues il y a 10 milliards d’années, explique l’astrobiologiste sur le plateau de France 24. Elles sont très communes dans l’univers. Ça ne veut pas dire que ce sont les mêmes et, même si c’est le cas, qu’elles sont agencées de la même manière. Je prends l’exemple dans mon livre : on peut avoir les mêmes lettres et former des tas de mots différents. C’est la même chose pour la vie”.

Explorer les milieux “extrêmes”

Pour savoir si une forme de vie existe ailleurs dans l’univers, il faut la chercher ici. Nathalie Cabrol explore les milieux dits “extrêmes” sur Terre, comme dans les Andes, en Amérique du Sud, pour comprendre comment la vie apparaît et résiste sur des terrains s’approchant de Pluton ou Mars. Elle y traque les extrémophiles, ces organismes qui résistent à des conditions extrêmes mortelles pour d’autres, comme la chaleur ou la pression.

“Il y a des endroits sur Terre qui ressemblent à Mars il y a 4 milliards d’années. Si des formes de vie sont apparues alors, je suis de ceux qui pensent qu’elle est toujours là car la vie est résiliente. Il y a cette possible parenté entre la vie sur Terre et sur Mars qui est très intrigante”.

D’où la nécessité de regarder ce qui se passe dans l’espace. Un aperçu sans doute de ce qui pourrait advenir de la planète bleue si l’on ne la protège pas davantage. Nathalie Cabrol donne l’exemple de Vénus qui donne un aperçu de ce qui arrive quand l’effet de serre s’emballe : “Il fait 400 degrés à la surface”. Pour Mars, c’est l’eau qui a disparu de la surface.

“On a toutes les leçons devant nous. L’astrobiologie ça fait rêver parce que ça parle de ce qui se passe ailleurs (…) mais ça nous permet de comprendre la coévolution de la vie et de l’environnement. L’environnement va donner les conditions pour que la vie apparaisse mais une fois qu’elle est apparue, elle va changer l’environnement. Nous sommes le résultat de cette coévolution pendant 4 milliards d’années. Essayer de comprendre nous donne une vision pour ramener notre planète à l’équilibre et ça nous donne les instruments pour essayer de combattre le changement de climat.”

L’astrobiologiste rappelle l’importance de bien traiter la Terre. “Tout ce qu’on y injecte va nous revenir. On l’a vu avec les gaz à effet de serre, le réchauffement climatique. Une prise de conscience est nécessaire. Notre planète n’est pas en danger, c’est l’univers qui nous est favorable qui est en danger. La planète va continuer quoi qu’il arrive. Si on ne remédie pas aux problèmes qu’on a créés, c’est l’espèce humaine qui disparaîtra. J’ai beaucoup d’espérance pour l’humanité mais il est temps de se réveiller”.

 

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