12122018Headline:

Situation socio-politique: Leurs chemins les séparent de plus en plus, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, les ex-alliés en passe de redevenir de pires ennemis, comme par le passé.

Ils ne se parlent plus encore moins ne se fréquentent. Bien au contraire, à distance, ils se livrent bataille, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, les deux grands alliés d’hier, en passe de redevenir de pires ennemis comme ils l’avaient été par le passé.

L’histoire est peut-être têtue et se répète. Malheureusement, au détriment parfois de certaines victimes. C’est ce qui est en train de se passer en Côte d’Ivoire. Ce pays qui, après avoir connu des crises meurtrières en raison de l’orgueil de certains de ses acteurs politiques, plante et replante toujours les mêmes décors. Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara caricature si bien cette réalité. Farouches adversaires dans les derniers instants de feu Félix Houphouët-Boigny, dans les débuts de la décennie 1990, l’ancien chef de l’Etat et l’unique Premier ministre du ‘’Père’’ de la Nation ivoirienne ont réussi – on ne sait par quelle magie – à trouver la parade pour fumer le calumet de la paix. Une idylle juste temporaire eu égard à l’ambiance qui prévaut présentement entre ces deux héritiers du vieux à nouveau distant l’un de l’autre.

La calculette à la main, Bédié et Ouattara ne sont plus loin de déterrer la hache de guerre. Ces deux principaux leaders sur la scène politique ivoirienne se livrent des batailles quasi-quotidiennes qui les mènent, eux et la Côte d’Ivoire vers un virage dangereux. Leurs actes et leurs décisions se suivent qui précipitent le pays vers des lendemains peu paisibles à mesure qu’approchent les échéances présidentielles de 2020. A la guerre comme à la guerre, les alliés d’hier au sein du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et pour la paix (Rhdp) ne se font plus de cadeau. Plutôt, ils vont de tacles en tacles. Chacun, retranché dans son camp, cherchant la meilleure stratégie pour neutraliser l’autre.

Ouattara marque des points

Si Henri Konan Bédié n’y prendre garde, il pourrait subir la plus grave humiliation de sa longue carrière politique dans son feuilleton avec Alassane Ouattara. Le chef de l’Etat, président du parti unifié du Rhdp devenu l’adversaire principal du Pdci-Rda et de son leader, ne cracherait pas sur une occasion pour dépouiller le ‘’Sphinx’’ de Daoukro de tout pouvoir. Vider le parti septuagénaire de ses cadres qui comptent et les rallier à sa cause pour ensuite conquérir les bases est le projet que murit l’ancien Premier ministre, qui se proclame parmi les dignes héritiers de feu Félix Houphouët-Boigny. Ado ne s’en cache pas et le fait savoir ouvertement à son ancien nouvel adversaire. Le 15 juillet 2018, à la tribune de la création du parti unifié, Alassane Ouattara narguait pratiquement Henri Konan Bédié en ouvrant une brèche dans son discours pour saluer, « l’excellent travail que fait Adjoumani », le fondateur du mouvement ‘’Sur les traces d’Houphouët-Boigny’’. Un mouvement entretenu et soutenu par le pouvoir et les médias d’Etat pour ratisser large au sein des partisans d’Henri Konan Bédié.

La forte pression sur les cadres Pdci occupant de haut poste dans l’administration ivoirienne n’échappe presque plus à personne. Un débauchage au forceps qui voit plusieurs dignitaires du vieux parti danser le tango entre leur formation politique et le Rhdp unifié. Cette semaine, Alassane Ouattara a encore marqué des points. Notamment avec l’invalidation de la justice des décisions du Bureau politique du 17 juin 2018. De l’inédit. Mais aussi, cette autre décision prise en ce qui concerne les prérogatives différées du Sénat. La deuxième chambre du Parlement ivoirien demeurant une coquille vide aux côtés de l’Assemblée nationale. Jeannot Ahoussou, le président de cette institution, qui n’arrive pas à s’afficher clairement pour le parti unifié, en aurait eu pour ses dépend.

Henri Konan Bédié aussi

En face, Henri Konan Bédié ne se laisse pas piétiner. ‘’N’zuéba’’ ou la petite rivière, comme l’appelle ses partisans, pousse lentement mais surement ses pions. Consultant les membres du secrétariat exécutif du Pdci-Rda le mardi dernier, à Daoukro, cette rencontre n’aura eu d’axe central qu’un procès des actes de l’ex-allié. Lundi prochain, le président du Pdci, après l’avoir fait annoncer, a convié tous les membres du Bureau politique à une autre réunion élargie au Conseil des sages à Daoukro. Une rencontre qui s’annonce décisive pour faire face à divers problèmes préalablement énoncé. A savoir les procédures judiciaires engagées contre le PDCI-RDA et les questions juridiques à l’action en annulation et en suspension des résolutions du Bureau Politique du PDCI-RDA du 17 juin 2018, l’usage frauduleux du Logo du PDCI-RDA par des candidats du parti RHDP Unifié, le refus du gouvernement de procéder à la réforme de la Commission électorale indépendante (Cei) avant les élections locales du 13 octobre 2018 et ce que le communique du 18 septembre 2018 qualifie de « mauvaise conduite du processus électoral par la Cei qui menace la transparence et la sincérité du scrutin ». Une somme d’éléments qui ne présagent pas de la bonne disposition du parti de Bédié de vouloir participer aux prochaines joutes locales.

A la vérité, et cela se murmure de plus en plus, Henri Konan Bédié et ses partisans tiennent cette occasion de boycott des municipales et des régionales comme un moyen de pression sur le pouvoir. Toute la communauté internationale suit l’évolution du débat politique sur ces scrutins qu’elle souhaite des plus inclusives possibles. Une bonne partie de l’opposition étant écartée d’office sur la base de ses propres préalables, un retrait du Pdci mettrait sérieusement en mal la crédibilité de ces élections. Le pouvoir ivoirien serait contraint à en tirer des conséquences. Au risque de crisper davantage l’atmosphère déjà tendue et de pourrir la situation.

Soro et Gbagbo, des données non maitrisables

Le hoc, c’est que Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara évoluent comme s’ils se trouvaient seuls sur une piste de danse. Ces deux leaders du Pdci et du Rhdp unifié ne donnent pas l’air de considérer d’autres forces autour d’eux. Ils semblent mépriser les velléités d’un certains Guillaume Soro, le jeu espiègle des ex-dirigeants du Fpi, qui feignent de ne pas exister, regardant droit vers la Haye, dans l’espoir de voir sortir leur mentor, Laurent Gbagbo. Des données imprévues et non maitrisables qui pourraient bouleverser les plans et de l’un comme de l’autre de ces deux protagonistes lancés dans un combat fratricide, qui ne saurait présager sa fin.

Pendant ce temps, embarrassés dans ce jeu de ping-pong entre les deux ténors de la vie politique ivoirienne qui mènent le bal, tous les candidats en attente de la confirmation de leurs dossiers déjà retenus par la Cei, demeurent dans l’attentisme. A 3 semaines des échéances, tous se retiennent de prendre des initiatives sérieuses et de descendre sur le terrain. Rien n’est certain, et chacun se réserve de gaspiller ses moyens. Là où, comme les fois précédentes, les prétendants seraient déjà lancés dans les tournées et les manifestations d’éclat. Tout le monde est coincé, et tous attendent d’avoir une claire lisibilité avant de se lancer. Même les candidats du Rhdp unifié.

En somme, c’est toute la Côte d’Ivoire qui, comme en 1999 ou en 2010, est tétanisée par ces mêmes périodes pré-électorales. A 24 mois des prochaines présidentielles, la fièvre donne déjà du tournis. Comme quoi 2010 et 2011 ne semblent avoir servi à rien!

Félix D.BONY

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