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SOCIETE, Côte d’Ivoire: Fête de Pâques égale plus de servantes dans les foyers

Chaque année, à la veille de la fête de Pâques, les servantes désertent lieu de travail et agences de placement pour se retrouver au village. Laissant dans l’angoisse leurs patronnes.

”Le chien ne change jamais sa manière de s’asseoir”. A quelques jours de la fête de Pâques, cet adage s’applique fort bien à l’attitude des servantes, des filles de ménage et autres nounous qui exercent dans de nombreux ménages ivoiriens. De fait, elles ont encore fait parler d’elles en désertant lieu de travail et agences de placement. Laissant, ainsi, leurs employeurs dans le désarroi. Ce n’est pas Koili N’guessan Germine qui dira le contraire. Sa servante, Awa Marie-Laure, a récidivé, en l’abandonnant, le temps de la Pâques. « C’est fini, je ne la reprendrai plus, même si elle me fait venir le bon Dieu pour des excuses», s’est emportée la sage femme. « J’étais de garde le lundi. En arrivant chez moi, le mardi, c’est mon aîné qui m’apprend que la bonne est partie très tôt le matin avant que je n’arrive. Elle lui a demandé de me dire qu’elle a été appelée d’urgence parce que son père serait dans un état très critique », a détaillé la sage-femme, qui ne sait pas où donner de la tête. Mme Koko Myriam, institutrice dans une école privée à Cocody, fait les frais du ”mauvais comportement” de certaines domestiques. Elle a juré ne plus employer de servantes originaires de certaines régions de la Côte d’Ivoire. « Elles sont incroyables ces filles. A la veille de la Pâques, c’est comme si elles sont gagnées par une sorte de transe. Elles ne peuvent plus rester sur place. Ces filles n’ont rien d’autre dans la tête que de partir pour le village »,a-t-elle confié. Elles sont nombreuses ces patronnes qui subissent des désagréments dus à la tournure qu’a prise cette fête religieuse célébrée avec ferveur par les populations du centre de la Côte d’Ivoire. Ginette Kassi, cadre de banque, est toujours habitée par cette phobie qui a failli lui donner une crise cardiaque en avril 2017. « Rentrée tard ce 2 avril 2017, je trouve ma maison plongée dans l’obscurité et la porte principale entrouverte. J’appelle la domestique, personne ne répond. Les enfants, c’est également le silence. Inquiétée par cette situation, je fonce dans la chambre des enfants, je les trouve seuls endormis épuisés sûrement par la faim. Après des recherches auprès de certains voisins du quartier, j’apprends que ma « bonne » est partie au village pour la Pâques. Laissant mes enfants à la merci de prédateurs et de voleurs », a expliqué encore sous l’émotion, le cadre de banque, un an après ce triste événement. Depuis cette date, Ginette ne badine pas quand il s’agit d’embaucher une servante. Mais est-ce cela la solution ? Ce n’est pas évident. A en croire Ahou Catherine, rencontrée, le mercredi 28 mars 2018, à Cocody, dans les environs de la Cité des arts, l’attitude des domestiques, qui consiste à prendre au dépourvu leurs employeurs, est à mettre au compte des attitudes développées par ceux-ci. Selon ses dires, à l’époque, à quelques jours de la fête de Pâques, les filles prenaient la peine d’informer leur patronne de leur volonté de se rendre au village pour célébrer parmi les siens, la fête de Pâques. Mais de nombreux employeurs, dans le souci de les avoir pour eux pendant cette fête religieuse, ne les payaient pas à temps. Une technique qui consiste à bloquer le salaire afin de les empêcher d’effectuer le voyage.

Agni, Koulango, Brong dans la danse. C’est donc par souci de prudence qu’elles ont adopté, depuis quelques années, cette stratégie qui consiste à fuir leur lieu de travail à quelques jours de la célébration de la Pâques. Emile Appiakou, responsable d’une agence de placement de servantes exerçant à Marcory confirme les dires d’Ahou Catherine, en affirmant que ce système a pris corps après le refus des patronnes de payer à temps, le salaire des domestiques à l’approche de la fête de Pâques. « Quand les filles émettent le désir de se rendre au village pour la Pâques, les patronnes refusent de payer leur salaire. Pour les avoir à l’usure, les filles fabriquent des histoires de toutes pièces ou quittent la maison sans informer la maîtresse des lieux », a-t-elle souligné. Pour régler ce problème qui crée de nombreux désagréments, a expliqué Emile Appiakou, les responsables des agences de placement font signer désormais un contrat aux filles qu’ils placent dans les ménages et institutions. Dans ce document, il est mentionné dans l’un des points, que les filles doivent tenir un langage de vérité à leurs employeurs. Malgré l’existence de ce document, a précisé le responsable d’agence, le phénomène de désertion à la veille de la Pâques prend de plus en plus de l’ampleur. Emile Appiakou croit comprendre que cela est lié à plusieurs facteurs. Selon lui, à coté du déferlement des servantes « baoulé » sur les villages du centre de la Côte d’Ivoire, au mois de mars, pour commémorer la Pâques, pour des retrouvailles, des rassemblements, des festivités… s’est développé un autre phénomène. Celui des servantes Agni, Koulango, Brong qui, en mars également, désertent les lieux de travail et les agences de placement, pour aller s’adonner, dans leurs régions respectives, à la cueillette de la noix de cajou. « La cueillette de la noix de cajou est beaucoup plus rentable que le métier de domestique. En mars, elles rentrent donc au village pour la récolte. Elles profitent pour célébrer la Pâques et ne reviennent en ville qu’au mois de mai », a-t-il expliqué. Pendant donc trois mois (mars, avril-mai), ces filles issues des régions de Bondoukou, de l’Indenié et de Bouna, mettent en stand by leurs activités domestiques pour se consacrer exclusivement à la cueillette des noix de cajou.C’est ce qui explique aussi, a souligné Touré Toupé Abou, un responsable d’agence de placement à Yopougon, la ”paralysie” de nombreux foyers ivoiriens pendant le mois de mars

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