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Sommet du G77 + la Chine tenu Yamoussoukro en 2008: Ce que Gbagbo avait dit

C’est la première fois que le Comité intergouvernemental de Suivi de Coordination sur la Coopération économique entre les Pays en Développement se réunit en Afrique subsaharienne. Pour la première fois, la Côte d’Ivoire abrite une réunion du Groupe des 77 et la chine. Vous comprenez la joie et la fierté du peuple ivoirien et de son gouvernement ainsi que mes sentiments personnels de reconnaissance, pour l’honneur que vous nous faites, en acceptant notre invitation de venir en Côte d’Ivoire. Soyez les bienvenus.

Vous êtes ici à Yamoussoukro, ville symbole de notre unité et de nos ambitions pour l’Afrique. Nous sommes d’autant plus honorés qu’en venant ici, dans un élan de solidarité en vers la Côte d’Ivoire et le peuple ivoirien, vous placez historiquement Yamoussoukro, capitale de la Côte d’Ivoire, dans le processus préparatoire de la Conférence des Nations unies sur le Coopération Sud-Sud, prévue pour se tenir au premier trimestre de 2009. Je voudrais donc vous saluer, Monsieur le Premier ministre Winston Baldwin Spencer, Premier ministre et ministre des affaires étrangères de Antigua et Barbuda, Président en exercice du Groupe des 77. Je salue tous les délégués des 130 pays membres du Groupe, les membres du Corps diplomatique et tous nos invités.

Au moment où se tient cette conférence, deux pays de notre Groupe, la Chine et le Myanmar, font face aux conséquences catastrophes naturelles qui ont provoqué d’importants dégâts matériels et humains. Je voudrais encore une fois de plus exprimer aux Gouvernements et aux peuples de ces deux pays, la sympathie de la Côte d’Ivoire, en ces circonstances tragiques. Je tiens enfin à féliciter notre secrétaire exécutif, Mourad Ahmia, son équipe et tout le Comité d’organisation. Cette conférence est rendue possible par le travail remarquable qu’ils ont accompli depuis plusieurs mois. Ils méritent toutes nos félicitations. Merci à tous et à toutes.

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs ;

Cette conférence de haut niveau sur la coopération Sud-Sud, se tient à un tournant de l’histoire. Depuis une vingtaine d’années, depuis la chute du mur de Berlin, le monde est en quête de nouveaux repères et le destin de nos sociétés semble hésiter à prendre forme. Partout, dans tous les domaines, allant des religions aux idéologies politiques ou des doctrines économiques aux relations internationales, les incertitudes se multiplient. Nous vivons dans un monde plein à la fois de promesses et de menaces pour la vie et la liberté des peuples voire pour la survie des populations de notre planète. L’actualité nous place ainsi chaque jour face à des défis qu’il faut affronter sans délai. Et, c’est notre incapacité à réagir convenablement qui provoque le sentiment de panique chaque fois que des crises d`envergure internationale se présentent. C’est aujourd’hui le cas, avec les questions essentielles qui devraient, à mon sens, mobiliser toutes nos ressources autour d’un projet commun pour l’humanité. Il s’agit, principalement des trois questions :

i) La paix et la sécurité dans le monde,

ii) La crise de l’énergie et la conscience écologique,

iii) La crise alimentaire et les options économiques dans le monde.

Le Groupe des 77 est aujourd’hui, face au défi de la paix et de la sécurité dans le monde. Parce que, ce Groupe existe au niveau de toutes les organisations du système des Nations unies, nous pouvons faire valoir partout notre lecture des évolutions observées en matière de paix et de sécurité. Car, autant le système des Nations unies a montré toute son utilité et su prendre en compte les revendications du Groupe, notamment pour l’avènement d’un nouvel ordre économique, autant en matière de Maintien de la Paix et de la Sécurité internationale, le mécanisme prévu par la Charte de 1945 ne paraît plus adapté au contexte actuel, en particulier aux crises que connaissent nos pays. C’est le sens de mon intervention devant le Conseil de Sécurité au mois d’avril dernier, à l’occasion de la rencontre sur la place et le rôle des organisations régionales en matière de prévention et de règlement des conflits. Sans entrer dans le délai d’un nouveau modus operandi entre le Conseil de Sécurité et les organisations régionales, et sans remettre en cause la responsabilité principale, dévolue par la Charte au Conseil de Sécurité, qui est de veiller à la Paix et à la sécurité internationales, il est certainement temps d’ouvrir la réflexion et d’explorer les pistes pour intégrer les voies originales inspirées par l’expérience des crises de notre temps.

S’agissant de la crise de l’énergie, nous voyons tous que cette crise place aujourd’hui, les pays en développement devant un dilemme. Le développement économique moderne, tel que nous le connaissons depuis la première révolution industrielle, est basé essentiellement sur l’exploitation et l’utilisation des ressources d’énergie fossiles, le charbon d’abord et le pétrole principalement. Au moment où les pays du Sud aspirent à disposer de ces ressources, nous arrivons à la fin de l’ère de source d’énergies fossiles qui sont des ressources non renouvelables. La montée vertigineuse actuelle du prix du pétrole n’a donc pas une portée uniquement conjoncturelle pour les pays en développement. Elle constitue une véritable hypothèque sur l’essor économique de nos pays, indépendamment des problèmes sociaux que ce phénomène engendre. Quelles sources d’énergies alternatives pour les pays du Sud ? L’élan observé dans nombre de nos pays, en particulier dans les pays émergents, ne risque-t-il pas d’avorter du fait de cette crise de l’énergie si elle devait perdurer ? A ces questions s’ajoute celle que soulève l’émission des gaz à l’effet de serre. Quelles voies en faveur de l’environnement pour les pays en développement ? Nous devons participer à l’élaboration des réponses à toutes ces questions. Sans exclure aucune voie à priori.

Nous devons pourvoir explorer toutes les pistes sans tabou : des biocarburants aux sources d’énergie renouvelable. La science ici fonde l’espoir dans l’avenir, à condition que se développent dans les pays du Sud une culture scientifique et un système d’enseignement supérieur et de recherche prenant en compte les besoins et les attentes de nos pays et régions. Le dernier sujet qui nous interpelle c’est celui de la crise alimentaire. Sur cette question, beaucoup a été dit pour expliquer pourquoi cette crise intervient maintenant. Il y a, bien sûr, la crise de l’énergie que j’évoquais à l’instant, la démographie et l’amélioration globale des conditions de vie des populations sur la planète et dans les pays émergents en particulier, la spéculation et l’impossibilité de brider un marché au fonctionnement de plus en plus autonome. Mais, au-delà de ces considérations, cette crise montre clairement, pour ce qui nous concerne, les limites de certaines orientations économiques héritées du 19e siècle. Notamment d’un modèle économique voulant que des pays non industrialisés aient pour vocation de pourvoir aux besoins de pays industrialisés. Or les premières industries ayant nécessité des ressources produites dans les pays du sud sont les industries de transformation de matières premières agricoles : du coton pour les usines de filatures, du cacao pour les usines de chocolat, du caoutchouc pour l’industrie du plastique, du sucre, de l’arachide et d’autres produits pour l’industrie alimentaire.

La conséquence principale de ce modèle, qui continue de fonctionner dans la plupart de nos pays, est d’avoir totalement dévoyé la vocation première de toute agriculture qui est d’abord et avant tout de nourrir les personnes qui y consacrent leur force de travail et leur vie. Ce qui n’est pas le cas des cultures dites de rente. Ces produits ne procurent pas directement de la nourriture. Ils procurent de l’argent. Mais, pour le paysan l’argent sert d’abord à s’acquérir des produits manufacturés : Vêtements, savon, radio et autres biens de consommation courante. Largent ne sert pas à acheter de la nourriture pour laquelle le paysan doit encore faire un champ. Il s’épuise ainsi littéralement entre deux activités agricoles dont aucune ne satisfait ses besoins !

C’est de ce cercle qu’il faut sortir en donnant une nouvelle orientation à l’agriculture, en rendant à l’agriculture sa vocation. En raison donc de la fragilité structurelle de nos économies, les pays de notre Groupe sont les plus exposés aux conséquences incalculables d’une crise alimentaire durable. Mais la question est aujourd’hui mondiale et il faut des réponses mondiales. Parce que nous sommes les premiers concernés, nous pouvons nous entendre, sur un mécanisme de solidarité pour l’approvisionnement en produits alimentaires des pays importateurs par les pays producteurs. Nous pourrions demander, dans ce cadre, la mise en place par les Nations unies d’un fonds de Stabilisation des produits alimentaires. D’où l’importance de l’initiative du ” Fonds du sud pour le Développement et l’Assistance humanitaire “, établi par le deuxième sommet du Sud en juin 2005 pour trouver des solutions aux problèmes de la faim.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs ;

Voilà ce que j’ai souhaité dire concernant les questions de l’actualité. Mais l’actualité, aussi préoccupante soit-elle, ne saurait nous faire perdre de vue la raison d`être de notre Groupe. Les objectifs fixés par les pionniers, en créant le Groupe des 77 en 1964 et en adoptant la Charte d’Alger en 1967 sont connus. Il s’agissait, il s’agit toujours, de fournir aux pays en développement les moyens d’articuler et de promouvoir leurs intérêts économiques collectifs, d’accroître leurs capacités communes de négociation sur les grandes questions économique internationales au sein du système des nations unies, et de favoriser la coopération économique et technique entre pays en développement. La Déclaration et le Plan d’Action de Doha, issus du deuxième sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement qui s’est tenu au Qatar en 2005 sont les derniers instruments élaborés en vue de ces objectifs. Le principe de base reste la solidarité. Il s’agit de contribuer ensemble et dans le cadre d’une solidarité mutuellement bénéfique, une solidarité “gagnant-gagnant”, à bâtir un monde où le développement et la prospérité sont réels pour chacun.

Aujourd’hui, la coopération Sud-Sud est devenue un instrument privilégié dans les échanges commerciaux et un puissant levier pour stimuler la croissance économique dans les pays émergeants du sud. Ainsi, le poids du secteur du commerce entre pays du Sud est passé de 577 milliards de dollars en 1995 à 2000 milliards en 2006, selon le dernier rapport du CNUCED. Dans ce contexte, la tenue à Yamoussoukro de cette Conférence de haut niveau a une portée historique. Nous sommes appelés à adopter la plate-forme de Développement pour le Sud en tant que document d’orientation politique. Le processus d’élaboration du document est déjà conclu et je voudrais remercier ici tous ceux qui ont participé à l’élaboration de ce Document : Monsieur Patterson, ancien premier ministre de Jamaïque et président du groupe des 77 en 2005, Madame Chandrika Kumaratunga, ancienne présidente du Sri Lanka et Monsieur Baldwin Spencer, le Président actuel de notre Groupe. Je remercie tous les anciens présidents du groupe des 77, je veux parler de l’ambassadeur Milos Alcalay du Vénézuela, Président du groupe en 2002, l’ambassadeur Nassir Abdulaziz Al-Nasser du Qatar, président du groupe en 2004, Madame Samira Hanna-El-Daher, ambassadeur du Liban à l`UNESCO à Paris, présidente du groupe en 2006.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs ;

Tels sont les perspectives qui s’ouvrent à nous. Mais, au-delà des principes et des déclarations, le Plan d’action de Doha comme tous les instruments que nous nous donnons ne valent et ne vaudront que par notre volonté de les mettre en œuvre. C’est pourquoi, je voudrais saisir l’occasion de la tenue en terre africaine de cette Conférence pour proposer à notre Groupe, dans le prolongement de la grande initiative du président Hugo Chavez de Venezuela pour une Banque du Sud, la création d’une Banque régionale d`Investissement du Sud en Afrique. Une Banque dévouée au développement de nos pays. Une banque crédible par la force du nombre que nous constituons. Une banque forte de l’expérience de chacun de nous. Une banque riche de notre volonté de quitter l’arrière pour prendre les devants dans les choix économiques qui impliquent la vie de nos populations. Je propose que la Côte d’Ivoire abrite cette banque. Je propose que son siège soit établi ici même à Yamoussoukro.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

L’Afrique attend les investisseurs du Sud. La Côte d`Ivoire, tous bras ouverts, vous accueille”.

Laurent Gbagbo

eburnienews.

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