05252022Headline:

Soudan du Sud: le bétail comme source de survie et de conflits

Au Soudan du Sud, la cohabitation entre les éleveurs de vaches et les communautés d’agriculteurs devient de plus en plus difficile dans la partie sud du pays, l’Equatoria, une grande région fertile qui est potentiellement le panier à grain du pays. Les troupeaux y ont migré ces dernières années, notamment depuis l’État du Jonglei, à cause de l’insécurité, des inondations et des maladies du bétail dans leurs villages autour de la ville de Bor. Suite à l’explosion des conflits avec les Equatoriens en début d’année – des violences qui ont fait des dizaines de morts – les pasteurs Dinkas ont reçu l’ordre de retourner dans leur région d’origine.

Fusil à l’épaule, les bergers guident leurs vaches vers les pâturages, près du village de Nesitu, à une trentaine de kilomètres au sud de Juba.

Mabior Lual possède un précieux capital de 50 vaches, dans ce camp de bétail qui en abrite plus de 3 000. C’est grâce au mariage de sa sœur qu’il les a obtenues. « Je ne suis pas encore marié. Je veux accroître la taille de mon troupeau pour avoir encore des vaches après avoir payé la dot pour mon mariage, raconte-t-il. Je ne sais pas si ce sera 30 vaches ou plus. Celles qui me resteront serviront à subvenir aux besoins de la vie quotidienne avec ma femme. »

Car comme pour les autres habitants du camp, sa vie dépend des vaches. Il s’inquiète des nombreuses maladies qui affectent les troupeaux. « Personne ne nous aide. Pour acheter des médicaments pour le bétail, on peut vendre une chèvre au marché. Si l’on n’a pas de chèvre, les vaches n’auront aucun traitement et pourront mourir. Nous ne vendons pas les vaches, car leur lait est notre nourriture », explique-t-il.

Sur la route qui remonte vers Juba, on aperçoit d’autres camps de bétails nichés dans la végétation. Au camp de Mapau, à une dizaine de kilomètres au nord-est de la capitale, Tabitha Amuor Awai trait les vaches chaque matin pour nourrir ses enfants. Elle compte bien retourner à Mathiang, son village natal dans le Jonglei, qu’elle a fui à cause des inondations il y a trois ans.

En attendant, elle espère que la cohabitation pourra continuer avec les Equatoriens. « Nous n’avons pas pris part aux violences. C’était du côté de Magwi et d’Aru Junction, mais ici à Mapau et Rajaf, il n’y a jamais eu de crise avec la communauté locale. Nous vivons ensemble. Il y a eu de la violence, mais nous espérons qu’avec l’aide du gouvernement nous pourrons dialoguer et nous réconcilier avec les Equatoriens. »

De fait, bien qu’ils aient reçu l’ordre de repartir, les bergers sont toujours dans cette région d’Equatoria, meurtrie par un conflit armé, le dernier conflit « officiel » en cours dans le pays. Les pasteurs, accusés d’avoir attaqué des villages et tué des Equatoriens, ont, eux aussi, été pris pour cible. En février, l’attaque d’un camp de bétail près de Magwi a fait plus de dix morts parmi les familles de bergers Dinkas.

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