10172017Headline:

Succession,presidentielle, crise au Rhdp : un Politologue décrypte les discours de Bédié et Ouattara/ce qu’il faut retenir

Dr Edmond DOUA, politologue et expert en communication politique et management des organisations fait ici un décryptage du 3eme Congrès du RDR et du 3eme anniversaire de l’appel de Daoukro. Deux évènements et analyse, in fine, leur influence sur la nation ivoirienne et même au-delà des frontières du pays.

Premier symbole : Honneur, respect de la parole donnée et responsabilité

Le premier symbole repose sur l’honneur, le respect de la parole donnée ainsi que la responsabilité vis-à-vis de soi-même et envers les autres. Il est incarné ici par le président Alassane Ouattara. En effet, depuis un peu plus de deux ans, ce dernier ne cesse de clamer haut et fort, et à la face de qui veut l’entendre, qu’il ne briguera pas un troisième mandat. Il serait même prêt à céder loyalement son fauteuil au plus méritant, au soir de l’élection présidentielle d’octobre 2020, conformément aux textes qui régissent la constitution ivoirienne. Aussi, ce qui semble être une déclaration sur l’honneur, constitue-t-il pour Ouattara, un engagement fort en faveur d’une alternance démocratique en Côte d’Ivoire ; une denrée qui semble si rare sous les tropiques, de façon générale et presqu’historique dans la jeune démocratie ivoirienne. Les faits, on ne peut plus récents, sont là pour témoigner de la volonté de certains dirigeants africains à s’éterniser au pouvoir, parfois contre vents et marée. Par cet acte, ils entraînent régulièrement de pauvres et nombreux innocents, dans leurs aventures répugnantes, comme les plaies béantes qu’ils laissent ouvertes, à chacun de leur passage. C’est pourquoi, pour une alternance démocratique vraie en Afrique, il faudra provoquer un changement radical de mentalités, comme le propose le collègue Noël Kodia, analyste.

Le président Ouattara par cet acte, se positionnerait ainsi comme cet oiseau rare, et écrirait la plus belle histoire de sa vie, avec la plus belle plume qui puisse exister. ADO voudrait certainement rentrer dans le concert des ex-tenants du pouvoir, qui ont su savourer le chant du cygne, pour ne pas dire leur propre chant d’adieu au fauteuil présidentiel, sans pression et sans oppression. Il voudrait appartenir à la classe très restreinte de ces anciens leaders politiques africains, qui ont finalement compris « qu’une seule hirondelle ne fait pas le printemps » et qu’il y a une vie paisible après le palais, fut-il doré et parsemé d’honneur.

En ce qui me concerne, toute modestie mise à part, je n’ai jamais douté un seul instant de l’actuel président la République, quant à son intention de renoncer à la proposition d’un troisième mandat. J’étais même prêt à mettre ma main au feu et parier avec quiconque, sur cette éventualité. C’est la raison pour laquelle, ma déception aurait été grande si, dans son discours de clôture, à ce troisième congrès de son parti, il en avait décidé autrement, c’est-à-dire accepter de descendre encore dans l’arène politique, à un plus haut niveau de décision, comme le suggéraient ses militants. Toute chose qui entreverrait une nouvelle possibilité, pour l’enfant de Kong, de se représenter en 2020. Mais que nenni. Au grand damne de quelques affidés, assurément en panne d’inspiration et aux desseins souvent inavoués et macabres, Ouattara a su écouter la voix de la sagesse. Il a opéré un dribble magistral, qui a laissé pantois et sur place, des personnes, voulant certainement l’induire en erreur. Les exemples du Burkina, de la Gambie et j’en passe, montrent que le continent entre progressivement dans une nouvelle ère et que le peuple est plus que jamais déterminé à ne plus se laisser berner par des politiciens aventuriers. Ouattara semble avoir compris cette donne et lance, de ce fait, un signal fort en direction de la classe dirigeante africaine. Par ce geste d’une élégance exceptionnelle, le Chef de l’Etat donne envie à tous de faire la politique. Au demeurant, celle-ci reste un simple jeu, avec toutefois des règles et auquel tout citoyen devrait normalement s’adonner sans rien craindre en retour. Enfin, par cette posture, Alassane a bien voulu nous éviter toute suspicion à l’égard du discours politique. A ce propos, Dominique Wolton, atteste que « si l’action a toujours été considérée comme la tâche noble de la politique, le discours qui en est pourtant la symétrique quand il n’en est pas le substitut ou la nature même, n’a jamais bénéficié du même statut, ni de la même légitimité ». En réalité, par la faute de mauvais praticiens en la matière, le discours est vu comme une forme dégradée de la politique. Cette séparation entre l’action et la parole accompagnée d’une forte valorisation de la première et d’une méfiance pour la seconde caractérise donc depuis longtemps la politique et résulte peut-être du fait que le discours politique renvoie aux mensonges, promesses et idéologies qui sont l’autre face de la politique. Aussi, le discours d’Alassane était-il très attendu, tant dans sa teneur que dans le ton utilisé.

Deuxième symbole : engagement, détermination et courage politique.

Il est ici l’œuvre du sphinx de Daoukro, Henri Konan Bédié himself. Tout comme celui d’Alassane Ouattara, une semaine avant, tous les observateurs avertis de la scène politique ivoirienne étaient suspendus aux lèvres du président du PDCI. Pas de surprise majeure n’a été enregistrée à ce niveau. N’zuéba est resté fidèle à ses idéaux et l’eschatologie annoncée par les pessimistes n’a pas eu lieu. L’Armageddon ne s’est pas produit. Le ciel n’est pas tombé sur la tête des Ivoiriens, à partir Daoukro. Bien au contraire, c’est un Bédié rassurant qui a emboîté le pas à son cadet Ouattara. Il a décidé de s’inscrire résolument dans une logique de cohésion au sein de la coalition RHDP, comme l’avait suggéré Alassane avant lui. Dans son adresse, Bédié a exhorté une fois de plus, tous ses partisans à rester solidaires, afin d’aider le président Ouattara dans sa tâche de développement, entamée depuis 2011. D’ailleurs la présence en ces lieux de la forte délégation du RDR en disait long sur la volonté de ces deux gros partis politiques, à faire encore chemin ensemble, du moins jusqu’en 2020. De ce point de vue, je n’ai pas été surpris de la tournure des choses, notamment dans le contenu de l’allocution de Bédié. Il a fait allusion à l’alternance démocratique en 2020. Selon lui, cela devrait s’opérer autour d’un candidat unique issu de son parti. Toute chose que je trouve logique et normale, à l’aune de tant de sacrifices consentis par les militants de ce parti, depuis leur chute du pouvoir en 1999. Cette détermination et ce courage de Bédié, montre qu’il reste encore lucide et sait conduire à bon port, son équipage souvent agité, comme cela a été le cas en 2015, où de jeunes loups aux dents longues voudraient en découdre avec le ‘’vieux’’. En réalité, tout comme au RDR, des va-t’en guerre de tout acabit n’ont pas hésité à se signaler, pour mettre en mal la cohésion au sein du parti fondé par feu le président Houphouët. Mais, avec une dextérité et une autorité presqu’olympienne, Nzuéba a su calmer les ardeurs et souvent les appétits politiques, tant dans son propre camp, que du côté de ses alliés. Plus personne, me semble-t-il, n’aura désormais de quoi à redire, à la suite de la position clairement exprimée et affichée les deux grands de la coalition RHDP. Bédié et Ouattara veulent tous l’unification de leurs partis avant la prochaine élection présidentielle. C’est leur leitmotiv et ils comptent se donner tous les moyens possibles et plus rien ne semble dès lors les arrêter. Que retenir donc de tout ce qui précède ?

Que l’union fait la force

C’est du moins ce que l’on pourrait retenir du développement de l’actualité politique en Côte d’Ivoire. Bédié l’a si bien compris qu’il soutien sans se voiler la face qu’aucune force politique, dans ce pays, si puissant soit-il au plan matériel ou financier, ne pourrait remporter à elle seule, une élection. Ce qui veut dire que les différents partis auraient toujours besoin d’appui et du soutien d’un parti allié. C’est presqu’une mise en garde de Bédié envers tous ceux qui, au Pdci ou ailleurs, rêvent d’une scission, avec en projet, une victoire en cavalier solitaire.

Qu’en politique, la vérité d’hier peut être celle d’aujourd’hui.

Par leur engagement et leur détermination dans l’idée de l’unification des différentes formations politiques membres du RHDP, et ce malgré de farouches oppositions de part et d’autre, Alassane et Bédié viennent de confondre leurs détracteurs, à savoir que l’on peut respecter la parole donnée. En politique pour ainsi dire, toutes les alliances ne seraient pas forcément contre natures ou circonstancielles, comme il a été donné de l’observer ces derniers années en Côte d’Ivoire et ailleurs sur le continent.

Que l’intérêt supérieur de la nation doit prévaloir.

Alassane et Bédié ont voulu préserver les intérêts encore si fragiles de la nation. Ces deux hommes sont conscients de leur part de responsabilité dans les malheureux événements que le pays a connus, quand ils ont affiché au grand jour, leur mésentente dans la gestion du pouvoir d’Etat, après la disparition du premier président de la République en 1993. Ils savent dorénavant qu’ils n’ont plus droit à l’erreur et que tout doit être mis en œuvre, par eux, pour laisser à la postérité, un pays uni et prospère. C’est un gros challenge que tous leurs militants se doivent de relever, s’ils veulent être forts, face à n’importe quel adversaire politique à venir. Bédié et Ouattara veulent sortir de la scène politique par la grande porte et rentrer à jamais dans l’histoire. Ils savent qu’ils tiennent entre leurs mains, leur dernière carte à abattre, qui fera date en Afrique s’ils acceptent de jouer juste et bien.

Ceci étant, l’on est encore à trois ans de 2020. Tout reste encore possible, en termes de revirement de situation. Tout le charme de la politique réside dans cette nébuleuse. Mais, pourvu que le combat soit loyal et mené sur la base d’une rhétorique convaincante avec des arguments politiques bien conçus et bien pensés. Les Ivoiriens sont fatigués des discours creux et vains. Ils ne veulent plus expérimentés de nouveaux schémas de guerre ou de déstabilisation. Les braves citoyens de ce pays aspirent à la paix, la concorde, autour de vrais idées de développement. Il convient à présent de donner à la politique, sous nos tropiques, toutes ses lettres de noblesse. La Côte d’Ivoire doit aussi être citée en exemple, comme un véritable pays de démocratie et de liberté d’opinion. C’est à ce prix qu’on éviterait aux Ivoiriens, un autre honteux et pitoyable spectacle comme c’est le cas présentement du côté de la Haye.

Dr Edmond DOUA

Politologie et Expert en communication politique

linfodrome

Comments

comments

What Next?

Recent Articles

Leave a Reply

Submit Comment