07232017Headline:

Tapé Do au president Ouattara: «A l’époque, Gbagbo a tout fait pour que tu reviennes en Côte d’Ivoire»

Lucien Tape Do, ancien patron de la Bourse café-cacao (BCC) en Côte d’Ivoire, et proche de Laurent Gbagbo, a estimé dimanche n’avoir “aucun droit d’aller » visiter l’ancien président ivoirien, incarcéré depuis six ans à la Cour pénale internationale (CPI), évoquant toutefois son “souhait’’ de le voir “libéré’’, dans une interview à Alerte Info.

Vous étiez l’ancien patron de la Bourse café-cacao (BCC). La Côte d’Ivoire fait face depuis quelques mois à une mévente de la récolte de son cacao. Qu’est-ce qui pourrait expliquer cette situation ?

Actuellement, le cacao ivoirien est menacé. Tout d’abord, il y a des sénateurs européens qui disent que nous employons des enfants dans les champs. Il faut faire un lobbying avec les planteurs, des exportateurs pour redorer l’image du cacao ivoirien. Ensuite, il y a quelques années de cela, des maliens ont voulu mélanger le chocolat avec du beurre de karité. Enfin, nous produisons mais nous ne consommons pas. Voici les menaces. Moi, je propose que tous les acteurs se mettent autour d’une table et crée une plateforme pour trouver les solutions aux problèmes. Il ne faut pas créer de multiples syndicats qui n’ont pour rôle que de discuter des prix.

Pour faire face à la situation, le gouvernement a décidé de baisser le prix garanti aux producteurs, le faisant passer de 1.100 F à 700 F le Kg. Est-ce qu’une telle décision vous semble-t-elle judicieuse ?

Ce que les gens ne savent pas, ce n’est pas la Côte d’Ivoire qui fixe le prix du cacao. On annonce simplement le prix du cacao. Quand les décideurs discutent au sommet et proposent par exemple 1.100 F le prix du kilogramme, l’Etat dit par exemple qu’il prélève 220F. Après la taxe d’enregistrement est aussi prélevée et toutes les autres taxes. C’est après tous ces calculs que le prix est annoncé. On ne fixe de prix pour une filière qui est totalement libéralisée. La Côte d’Ivoire paie des frais de douane en Europe c’est pourquoi les pays européens veulent toujours qu’on passe par eux pour écouler nos produits. Sinon on aurait pu se tourner directement vers les marchés chinois qui sont nombreux. Mais malheureusement, il faut obligatoirement passer par l’Europe qui nous impose des taxes excessives. C’est à ce niveau que nos pays africains producteurs de cacao devraient discuter. En Afrique, quand vous faites une chose et que la politique politicienne s’y mêle, ça n’avance plus. Nous avions demandé au président de Gbagbo de nous permettre de rappeler des anciens de la CAISTAB pour nous guider. Mais, certains de ces anciens ont décliné la proposition, estimant que c’était une affaire du FPI. Alors que les pauvres paysans que nous étions ne connaissionspas les réalités. On voyait les choses de façon superficielle en Côte d’Ivoire. Le cacao se vend à Londres, en Angleterre. Il aurait fallu des experts auprès de nous pour nous guider. Dans toute chose, il faut apprendre. Alors que nous n’avions pas appris et la filière nous a été confiée. Vous avez vu les erreurs qui ont été commises.

Un groupement de planteurs, le Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire (SYNAP-CI) a décidé d’intenter un procès contre les dirigeants du conseil café-cacao à qui ils reprochent “l’opacité de la gestion’’

C’est leur droit de le faire mais il faut être organisé dans une plateforme avec un porte-parole comme je le préconise. Ce porte-parole pourra défendre les intérêts des producteurs au sein d’un comité interministériel ou de la filière.

Le conseil café cacao est chargé de la gestion d’un fonds de réserve technique (d’un montant de 170 milliards) pour indemniser les cultivateurs en cas des chutes des prix. Les producteurs reprochent aussi au conseil café-cacao ne n’avoir pas débloqué ce fonds malgré la crise. Le montant s’élevait à combien au temps de la BBC ?

Je ne veux pas rentrer dans ces détails. Je ne suis plus le président de la bourse café cacao donc je n’ai pas le droit de donner des chiffres de quoi que ce soit.

Vous avez été l’un des proches collaborateurs de l’ancien président Laurent Gbagbo. Pourquoi n’êtes-vous pas aller le voir jusqu’à présent ?

Banny, KKB, Essy Amara qui y sont allés sont bien placés pour le faire. Moi je n’ai aucun droit d’aller voir Gbagbo. Pour faire quoi? S’il était à Mama, j’aurai pu aller le voir parce que j’ai travaillé avec lui. Mais il est en Hollande où il faut prendre un visa pour y aller. Moi je ne peux pas aller voir Gbagbo.

Est-ce que la libération de Laurent Gbagbo est nécessaire pour la réconciliation en Côte d’Ivoire comme le soutient ses partisans ?

On ne peut rien faire sans être réconcilié. Aujourd’hui, un Ivoirien qui est hors de la Côte d’Ivoire est un Ivoirien. Gbagbo est hors de la Côte d’Ivoire, comment vous voulez vous que la réconciliation soit possible? Il a ses partisans qui seront toujours en marge. Il est mieux que le président Ouattara le comprenne et ce ne sera pas une faiblesse, parce que dans le passé, Gbagbo a tout fait pour que le président Ouattara revienne en Côte d’Ivoire. Le souhait de tous les Ivoiriens, c’est que Gbagbo soit libéré afin de regagner son pays.

Serge Alain Koffi

Source: Alerte info

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