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Touré Alpha Yaya, député Rdr: Parle « Maintenir Gbagbo et Blé Goudé en prison, c’est empêcher plus de 5 millions d’Ivoiriens de participer à la réconciliation »

Alpha Yaya Touré est le député de Gbon-Kolia, proche du président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro, pour qui il a pris fait et cause pour les échéances présidentielles de 2020. Invité de la Rédaction de linfodrome.ci, c’est sans faux-fuyant que l’élu, déjà en campagne pour la réconciliation et la paix comme l’a lancé son mentor, aborde les questions brulantes de l’heure.

Honorable, vous avez affiché clairement vos positions sur la réconciliation en Côte d’Ivoire et réclamez la libération de prisonniers pro-Gbagbo, etc. Pouvez-vous être un peu plus clair sur ce que vous disiez, il y a quelques jours, à un meeting à Yopougon ?

Je voudrais avant tout propos vous remercier pour l’occasion que vous me donnez, que vous offrez aux hommes politiques d’aborder les questions d’actualités. Nous vivons actuellement dans notre pays. Il faut dire que le meeting de Yopougon Port-Bouët II appelait tous les Ivoiriens, quel que soient leurs bords politiques, à la réconciliation. C’est dans ce sens-là que nous étions à Yopougon Port-Bouët II.

Quel regard portez-vous sur la réconciliation globalement?

Je crois qu’en Côte d’Ivoire, malheureusement après le président de l’Assemblée nationale qui fait de la réconciliation aujourd’hui son cheval de bataille, nous ne voyons pas véritablement nos dirigeants s’investir dans cette réconciliation. Et quand on parle de réconciliation, il y a des personnes qui, dans le temps, vivaient en harmonie, en bonne intelligence. Mais, cette relation humaine, qui existait entre les uns et les autres, s’est coupée, et aujourd’hui il est question pour nous de mettre tout en œuvre pour que ces personnes-là réapprennent à vivre ensemble, et c’est de cela qu’il s’agit.

Quand vous parlez des dirigeants qui ne s’investissent pas dans la réconciliation, de qui parlez-vous ? Voulez-vous parler de l’exécutif ?

Je parle du président de la République qui devrait tout mettre en œuvre pour qu’on obtienne véritablement une réconciliation sincère.

Qu’attendez-vous que le président de la République doit faire ?

Déjà le président du groupe parlementaire ‘’Agir pour le peuple’’, le député Méambly, a un projet de loi sur l’amnistie, et chaque jour nous voyons des personnes qui expriment le désir et le besoin de la réconciliation. Tous les Ivoiriens aujourd’hui veulent la réconciliation, et la personne la mieux placée pour que cela se fasse, je crois que c’est le président de la République qui doit effectivement poser des actes forts en faveur de cette réconciliation.

Quels genres d’actes le président de la République doit poser?

Ce que moi je demande aux Ivoiriens, au président de la République et à tous les leaders politiques c’est la libération des prisonniers politiques.

Pour vous, c’est l’élément fondamental pour que la réconciliation devienne effective ?

Oui, parce que si ces prisonniers ne sont pas libérés, il ne peut en aucun cas avoir de réconciliation en Côte d’Ivoire. Ce qu’il ne faut pas ignorer, il est vrai que Blé Goudé est à la Haye ainsi que Laurent Gbagbo. Laurent Gbagbo, quel que soit ce que les gens diront, a été président de la République de Côte d’Ivoire. Blé Goudé est un leader de la jeunesse. Il est vraie que nous voyons 2 personnes, mais derrière ces deux personnes, il y a des millions d’Ivoiriens, et en maintenant ces deux personnalités en prison, c’est empêcher environs 5 millions d’Ivoiriens de revenir à la maison et de participer à la réconciliation avec les autres Ivoiriens.

Pensez-vous qu’au stade actuel des choses, le président de la République peut faire quelque chose pour ces deux détenus à la Haye?

Je pense que oui, et je crois que si tous les Ivoiriens sont aujourd’hui ensemble, si nous demandons la libération de tous les prisonniers politiques, même si Blé Goudé et Gbagbo sont aujourd’hui à la Haye, si de façon sincère, nous les Ivoiriens, nous entrons ensemble par la même porte et sortons par la même porte, il est tout à fait possible que nous pourrons avoir la libération de ces prisonniers.

Quand vous parlez de prisonniers politique, vous avez cité Laurent Gbagbo, Blé Goudé, au plan national, à qui pensez-vous ?

A Simone Gbagbo par exemple !

Concernant Simone Gbagbo et les autres prisonniers, pensez-vous que l’amnistie est une démarche normale pour leur libération ?

C’est une démarche normale, en ce sens qu’aujourd’hui, comme je le disais tantôt, nous sommes obligés d’aller à la réconciliation. C’est vrai qu’aujourd’hui, nos dirigeants politiques sont préoccupés par l’accession à l’émergence, le développement, mais il ne peut y avoir développement, ni d’émergence tant que les Ivoiriens ne sont pas réconciliés.

Vous avez dit tantôt que le député Evariste Méambly a introduit une proposition de loi en vue d’obtenir cette amnistie. Vous, en tant que député, quelle a été votre réaction ? Est-ce que vous l’avez soutenu ?

Evidemment que je l’ai soutenu. Cette démarche d’obtention de l’amnistie a pour but d’obtenir effectivement la réconciliation, et je soutiens Méambly, puisque déjà, à travers des meetings, j’appelle les Ivoiriens à la réconciliation et je pense que cela est un acte fort dans mon soutien au député Méambly.

Récemment, en marge l’installation officiel du Sénat à Yamoussoukro, les préfets, à une rencontre avec le chef de l’Etat ont demandé le dégel des comptes des cadres de l’opposition et également des actes forts en faveur de la réconciliation. Comment avez-vous appréciez cette sortie, devant du corps préfectoral ?

Evidemment, cela m’a fait plaisir, le corps préfectoral a eu une belle réaction parce qu’il faut dire que les préfets sont en contact permanent avec les populations, dans leur département et à travers la Côte d’Ivoire. Les préfets sont conscients des réalités, et aujourd’hui, il y a eu grande partie de la population muette qui aspire à une réconciliation vraie. Donc si les préfets ont eu le courage de dira ça au président, c’est que le président doit se rendre compte que c’est la parole du peuple. C’est le souhait du peuple, et c’est ce que le peuple veut aujourd’hui qu’il faut faire, puisque quand tu es leader, c’est pour le peuple. Ceux qui sont autour du président aujourd’hui peuvent ne pas lui dire la vérité, et je crois qu’avant que les préfets ne disent cela au président, ce sont ses proches, ses conseillers, ses ministres qui devrait lui remonter l’information. Mais, si les préfets ont eu le courage d’évoquer ce problème, c’est parce que c’est urgent. Et nous devons tous prendre conscience que cela est quasi-impossible d’obtenir le développement en Côte d’Ivoire sans qu’on ne soit réconcilié. Je tiens donc à féliciter les préfets, à les encourager pour qu’ils multiplient ce type d’action pour dire au président qu’il faut que les Ivoiriens aillent à la réconciliation. Il faut que nous nous réconciliions.

Guillaume Soro a repris les propos des préfets et insister sur la question. Est-ce possible que le président Ouattara ne soit pas bien informé alors que Guillaume Soro figure parmi ses proches et fait de la réconciliation une préoccupation ?

Du fait que les préfets aient évoqué cette réconciliation et demandé au président de tous mettre en œuvre pour qu’elle se fasse, cela veut dire que c’est ce que le peuple veut aujourd’hui. Il est vrai que le président de l’Assemblée nationale parle, c’est vrai qu’il est le chef du Parlement, mais les préfets sont les représentants direct du président dans nos départements. Donc, ils n’ont fait que transmettre les vœux, les souhaits du peuple au président de la République.

Le 03 avril dernier, le président de l’Assemblée nationale a réitéré son appel sur la réconciliation lancé le 3 avril 2017 où il avait axé son discours de rentrée sur la question. Est-il vraiment écouté ? Pourquoi ne voit-t-on pas les députés s’impliquer sur le terrain, à propos?

Bien sûr qu’il est écouté. Je prends un exemple simple, je suis moi-même un député. Le président de l’Assemblée nationale a confié une mission au député, et si je peux prendre mon exemple, sur les réseaux sociaux, à travers les meeting, à travers les rencontres que j’ai avec les jeunes, et dans les jours à venir j’aurai des meetings un peu partout dans le pays, pour annoncer cette réconciliation, parler à la jeunesse des enjeux de cette réconciliation. Le président de l’Assemblée national a raison de toujours revenir sur cette réconciliation. Parce que même pendant la rentrée parlementaire 2017, il a parlé et le 03 avril 2018, il en a encore parlé. C’est pour vous dire que la réconciliation aujourd’hui s’impose. Nous sommes obligés d’aller à la réconciliation. Sans la réconciliation il ne peut y voir de développement.

Si on faisait un bilan de cet engagement de Guillaume Soro pour la réconciliation…. Un an après, on a l’impression que rien n’a bougé?

Je tiens à féliciter le président de l’Assemblée nationale, parce qu’aujourd’hui, il faut être courageux pour évoquer le problème de la réconciliation. Vous voyez, on peut scinder les militants des partis politiques en deux parties, que ce soit les militants du Rdr ou du Fpi. Il y a une partie de ces militants qui sont conscients que nous devons aller à la réconciliation. Et que sans la réconciliation, rien ne peut être possible. Par contre, il y a une autre partie de militants qui pensent que la réconciliation n’est pas nécessaire. Nous devons toujours rester dans ces conflits, nous devons toujours nous insulter, rester dans la désunion. Et je pense que le fait de prendre pour thème ‘’la réconciliation’’ lors de la rentrée parlementaire et parler de réconciliation dans son discours lors de la rentrée inaugurale à l’assemblée nationale, c’est vraiment un courage qu’il faut louer de la part du président Soro. Il y a des milliers d’Ivoiriens qui commencent à comprendre le vrai sens de l’appel du président de l’Assemblée nationale.

Comment avez-vous appréhendé l’invitation de la présidente de l’Assemblée nationale du Rwanda, et le discours qu’elle a prononcé ?

Ça encore, c’est un acte fort, parce que l’histoire nous a démontré que la crise au Rwanda fut une crise tragique dans laquelle plusieurs millions de Rwandais ont perdu la vie. Il y a eu un génocide. En moins d’un mois, il y a eu un million de morts. Aujourd’hui, après la guerre, le Rwanda a choisi le chemin du dialogue et de la réconciliation. Le Rwanda a choisi le chemin du pardon. Et le fait que, le président de l’Assemblée nationale invite la présidente de l’assemblée nationale du Rwanda pour la rentrée parlementaire en Côte d’Ivoire et vu le discours qu’elle tenu, c’est un signal fort. Il nous invite à nous inspirer du cas du Rwanda pour dire que malgré la guerre, il y a encore de l’espoir. Nous pouvons nous réconcilier. Ce qui est aujourd’hui important, c’est qu’on se pardonne et cela sous-entend la libération des prisonniers. Quand on se pardonne, c’est le retour de tous les exilés politiques, quand on se pardonne, c’est une collaboration franche entre les Ivoiriens. C’est encore réapprendre à vivre ensemble comme auparavant.

Vous êtes député Rdr, ce discours ne vous met pas dans une position difficile ?

Vous savez, je ne suis plus dans un contexte de parti politique. Que tu sois militant du Pdci, du Rdr ou du Fpi, franchement je voudrais demander à cette nouvelle génération de jeunes de sortir des considérations de parti politique. Aujourd’hui, nous devons avoir une nouvelle vision, une nouvelle génération qui se soucie de l’avenir de notre pays, parce que quelque soit ce que nous allons faire, nous avons un seul ennemi. Pendant que certains Ivoiriens sont soucieux de l’obtention de la réconciliation et de l’avenir de la Côte d’Ivoire, d’autres ont une préoccupation primordiale : c’est comment sauvegarder le pouvoir. C’est d’aller à un parti unifié pour sauvegarder le pouvoir en 2020. Et c’est en cela qu’il faut voir la vision d’un politicien, la définition de l’homme politique qui est vraiment sincère, qui veut le développement de son pays. L’homme politique qui a l’amour de son peuple ne pense pas à la prochaine élection, mais il pense au futur, à la nouvelle génération.

Vous avez déjà évoquez la question, notamment du parti unifié pour lequel un Accord politique vient d’être signé. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Pour le parti unifié, il faut d’abord se poser la question de savoir pourquoi est-ce qu’aujourd’hui nous voulons obligatoirement aller à ce parti unifié. C’est une question très importante. Le parti unifié n’a qu’un seul objectif : sauvegarder le pouvoir en 2020. Le parti unifié devrait mettre des stratégies en place pour changer les conditions de vie des Ivoiriens. Mais, si aujourd’hui, nous voyons que le seul souci du parti unifié c’est comment sauvegarder le pouvoir en 2020, je crois que cette histoire de parti unifié, de parti politique, nous avons un enjeu qui est énorme.

Ce parti unifié ne compromet-il pas la trajectoire politique de Guillaume Soro dont on dit que vous êtes un proche ?

Vous savez, pour le parti unifié, le Rdr avait demandé à des députés, des signatures pour que chaque député vienne émarger pour mettre le groupe parlementaire du Rhdp sur pieds et je crois qu’au Pdci aussi cela se passait. Tout ce mécanisme était mis sur pieds pour aller au parti unifié. Mais, je crois qu’aujourd’hui le vrai débat en Côte d’Ivoire ne devrait pas se résumer au parti unifié. Le vrai débat en Côte d’Ivoire aujourd’hui, c’est le changement des conditions de vie des ivoiriens. Moi je suis député, je sais comment ma population vit. Je sais comment aujourd’hui les Ivoiriens vivent. On n’a même pas besoin de mener une enquête pour ça. Vous descendez dans les rues et vous posez la question à 30 Ivoiriens sur leur condition de vie, ils vous répondront que ça ne va pas, et c’est de cela qu’il devait s’agir aujourd’hui. Mais, nous voyons que l’objectif du parti unifié c’est de sauvegarder le pouvoir, et je crois que cela m’importe peu.

Est-ce à dire que vous avez des critiques sur la gestion actuelle du pouvoir ?

Je laisse les Ivoiriens, juger.

L’adage dit ‘’l’union fait la force’’. Avez-vous vraiment le choix, vous, pro-Soro, d’évoluer en marge du parti unifié sans courir le risque de ne plus pouvoir exister en tant que député, par exemple, vous concernant ?

Je crois que c’est le parti unifié qui gère la Côte d’Ivoire depuis 2010, et en 2020, ce même parti unifié veut encore sauvegarder le pouvoir, conserver le pouvoir jusqu’en 2025. Mais, je dis que le Parti unifié trouvera la nouvelle génération en face.

N’est-ce pas que tout semble déjà joué avec sur la scène politique, seulement deux formations qui mènent le bal, c’est-à-dire, le Pdci-Rda et le Rdr, qui ont réussi à marginaliser les autres leaders politiques, voire l’opposition ?

Je me demande s’il y a effectivement une opposition en Côte d’Ivoire. Il n’y a pas d’opposition. Parce que toutes les décisions qui sont prises, dans tous les accords qui sont signés, on parle de parti unifié, ou même de sauvegarder le pouvoir en 2020, sans tenir compte même de l’avis des Ivoiriens en majorité. Franchement dit, moi j’en appelle à toute la jeunesse ivoirienne. Il faut que la jeunesse ivoirienne prenne conscience. Il faut qu’elle se lève comme un seul homme pour dire non à cette manipulation. Il faut que la jeunesse prenne conscience qu’elle n’a plus d’avenir si nous devons continuer ainsi. Nous devons nous battre pour dire non aux différentes manipulations, nous devons nous battre pour 2020. Nous devons tout mettre en œuvre pour que, comme je le disais tantôt, cette réconciliation tant recherchée par tous les Ivoiriens puisse demeurer. Nous devons nous mettre ensemble pour combattre un seul ennemi dans notre pays. Cet ennemi n’est autre que la pauvreté, le chômage des jeunes, la précarité à tous les niveaux. C’est de cela qu’il est question, il ne faudrait pas qu’on endorme la jeunesse avec cette histoire de parti unifié.

Entretien réalisé par Félix D.BONY

Coll : Jean Kelly Kouassi (Stg)

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