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VIDEO/Procès Gbagbo -Blé Goudé : le temoin l’expert médical fait des revelations troublantes sur le sang “marche des femmes » à Abobo


Procès Gbagbo-Blé Goudé à la CPI : l’expertise médico-légale qui mène vers l’hypothèse de “preuves” fabriquées

/Procès Gbagbo : le temoin l’expertise médico-légale qui mène vers l’hypothèse de “preuves” fabriquées

Le long et (volontairement) lassant procès de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo et de celui qui fut son dernier ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, a connu un moment assez important ce lundi 29 mai 2017. Le témoignage d’un homme, Atte Kloosterman, Néerlandais, scientifique médico-légal et expert en ADN, a créé une agitation certaine sur les réseaux sociaux. Au coeur des discussions enflammées, un tee-shirt censé avoir appartenu à une des victimes de la “marche des femmes” d’Abobo, organisée le 3 mars 2011, et au bout de laquelle sept manifestantes seraient mortes. Rappelons que la “marche d’Abobo” et les images de femmes visiblement massacrées par l’armée loyaliste ivoirienne de l’époque a accéléré le processus de marginalisation internationale de Laurent Gbagbo et facilité l’adoption d’une résolution onusienne sous le manteau de laquelle la France officielle est entrée en guerre au bénéfice de son rival, Alassane Ouattara.

Les “mortes d’Abobo” ont fait l’objet dès le commencement d’une forte controverse. Certains Ivoiriens considèrent la vidéo qui, très rapidement, a été postée sur Youtube dans le but de montrer au monde entier le “crime” des forces de défense et de sécurité, loyales à Gbagbo, comme une “preuve absolue”, d’autres comme un “montage”. Entre les deux, des observateurs estiment qu’elle prouve que des femmes sont mortes, mais que rien n’indique clairement qui les a tuées, dans un environnement chaotique où plusieurs groupes armés informels pullulaient et où certains manifestants “pacifiques” étaient armés.

Atte Kloosterman a, entre autres éléments, analysé un tee-shirt censé avoir appartenu à une des “mortes d’Abobo”. Et ce qu’il a trouvé est particulièrement troublant. “Nous avons fait des tests pour déterminer s’il y avait des traces de sang. Nous avons vu des taches suspicieuses sur le t-shirt, et nous avons donc effectué des tests pour déterminer si c’était du sang, et tous les tests étaient négatifs”. Engendré sans doute par une boutade liée à cette tache qui ressemble au sang d’une victime tuée par balle mais ne l’est pas, un gros buzz déformé a parcouru la Toile : il s’agissait de sang de boeuf et non de sang humain, aurait affirmé l’expert. La rumeur a été d’autant plus virale qu’elle allait dans le sens de la thèse de la “fausse tuerie”, de la mise en scène médiatique, de la scène de théâtre jouée par des acteurs et filmée par un manipulateur jouant au cameraman amateur pour mieux frapper les esprits.

Bien entendu, il ne s’agit pas de sang de boeuf, mais le mystère sur ce tee-shirt demeure. “Une personne qui porte un t-shirt, on s’attend à ce qu’il y ait des traces d’ADN sur son propre t-shirt. Nous avons donc sécurisé l’objet en question et nous n’avons pas pu extraire d’ADN sur ces portions du t-shirt à des fins d’analyse ADN”, s’est en quelque sorte étonné l’expert. D’autant plus qu’un de ses collègues a noté que “l’état du t-shirt est impeccable, surtout à la lumière du fait qu’il a été enterré il y a de nombreuses années. (…) L’état du t-shirt exclut toute usure ou déchirure.”

On résume. Nous sommes en présence d’un tee-shirt qui porte des traces qui ressemblent à du sang sans être du sang. Un tee-shirt censé avoir séjourné des années dans une fosse commune mais qui n’a pas été altéré. Faut-il être un adepte de la théorie du complot pour s’interroger avec gravité sur ceux qui, à Abidjan, au sein du régime Ouattara, ont fourni ce qui a tout l’air d’une fausse preuve au bureau du procureur auprès de la CPI, lequel a transmis cet élément au Netherlands Forensic Institute (NFI) ?

La question se pose d’autant plus que Atte Kloosterman a aussi analysé les restes de quinze personnes trouvées, on l’imagine, dans la même fosse commune. “12 sur les 15 victimes présumées ne correspondaient pas (…) à des parents biologiques de disparus” (suite à la “tuerie d’Abobo”), a-t-on appris. Forcément, ça interpelle. En effet, selon un article de Nord-Sud (quotidien cher à Guillaume Soro), six des sept tuées reposeraient dans le même espace au cimetière d’Abobo-Baoulé (http://news.abidjan.net/h/403542.html). Pourquoi n’en retrouve-t-on que trois ?

Plus profondément, qu’est-ce qui établit formellement l’identité des cadavres présentés comme ceux des “femmes d’Abobo”, voire celle de leurs parents présumés, dont l’ADN a également été étudié ?

Le cheminement des échantillons étudiés d’Abidjan jusqu’à La Haye est obscur. Le mystère est d’autant plus grand alors que l’avocat Ange Rodrigue Dadjé vient de faire des révélations, preuve à l’appui : le professeur Hélène Yapo Etté, médecin légiste auprès de la Cour d’appel d’Abidjan, saisie par les procureurs Raymond Tchimou (sous Gbagbo) et Simplice Koffi Kouadio (sous Ouattara) n’a jamais eu accès aux dépouilles des mortes d’Abobo, y compris après avoir lancé une commission rogatoire afin d’en savoir plus.

Manifestement, une administration parallèle en Côte d’Ivoire fournit à la Cour pénale internationale des éléments douteux qu’elle camoufle à la justice nationale.

Voilà ce que l’on sait à l’issue de la folle journée du 29 mai 2017.

kouamouo

Journaliste-bloggeur à Abidjan

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