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ACTU DE STARS: EBA AKA JEROME, ARTISTE-MUSICIEN “Trahison”, toute l’histoire
 EBA AKA JEROME, ARTISTE-MUSICIEN 	“Trahison”, toute l’histoireIl a fait les beaux jours de la musique ivoirienne dans la deuxième moitié des années 70 et dans les années 80. Avec son célèbre orchestre, Le Sanwi Star. A 64ans, Eba Aka Jérôme, l’auteur de la fameuse chanson ‘’Trahison’’ vit aujourd’hui à Mouyassou, son village natal, situé à quatre kilomètre de Maféré.

‘’Je croyais que tu m’aimais, pourtant c’est faux/ Tu ne m’aimais, qu’à cause de mon argent/ L’argent est fini, l’amour est terminé/ L’amour est achevééé…’’
Un refrain qui continue encore de résonner dans les oreilles de bien des ivoriens. Extrait du morceau culte ‘’Trahison”. De l’artiste-musicien Eba Aka Jérôme et son groupe Le Sanwi Star. Ils ont fait le tour de la Côte d’Ivoire et de la sous-région avec cette œuvre enregistrée au Ghana en 1997. ‘’Ça s’est fait au studio Ambassador Records de Kumasi où l’électricité était coupée pendant un mois. C’était la galère. Le producteur, Papa Disco, n’avait plus d’argent. C’est pendant une balance un Dimanche où le courant est revenu subitement que l’ingénieur du son du studio a enregistré directement un morceau comme « Trahison » qui a enregistré le succès qu’on connaît’’, rappelle Eba Aka Jérôme. Qui a sorti près de 17 opus depuis cette époque. Il s’est retiré dans son village à Mouyassou, dans la sous-préfecture de Maféré, il y a deux ans.

• Quelles sont les nouvelles chez monsieur ‘’Trahison’’ ?
- Dieu merci, je me porte bien. On prend de l’âge. Ce n’est plus comme avant, mais on se maintient quand même à 64 ans. Je vis depuis deux ans au village chez moi, à Mouyassou, dans la sous-préfecture de Maféré. Pour mieux réorienter ma carrière musicale. Avec ma femme et quelques unes de mes sept filles.

• Vous parlez de réorienter votre carrière, ce n’est pas au village que vous allez le faire, non ?
- Il ne faut pas le comprendre comme cela. Si je le dis, c’est parce que le village est un lieu propice pour composer de belles chansons. A Abidjan, avec les bruits et autres aléas, on n’arrive pas à se concentrer pour bien travailler.

• Une star au village, peut-on dire qu’ Eba Aka Jérôme a trahi la musique ou c’est la musique qui l’a trahi ?
- A aucun moment, je n’ai pensé qu’on pouvait avoir de l’argent dans la musique. J’y suis par passion jusqu’à aujourd’hui. Donc, mon problème, ce n’est pas d’avoir eu des millions ou pas. Beaucoup d’artistes m’ont inspiré tels que Amédée Pierre, N’Douba Kadio Simon, Aspro Bernard, Mamadou Doumbia, Fax Clark… Il y avait un orchestre à Maféré, à Eboué, à Bonoua. J’ai roulé ma bosse dans tous ces orchestres-là. Je devais avoir environ 20 ans. C’était l’apprentissage. Comme j’étais guitariste-chanteur, j’étais pratiquement chef d’orchestre de ces différents groupes. Le premier que j’ai dirigé, c’était l’Akess Rythm de Port-Bouët de 1973 à 1974. C’est avec cette formation que j’ai commencé à composer mes propres chansons.

• Après vous sortez votre premier 45 tours…
- Tout à fait. j’ai réalisé un premier “45 tours’’ baptisé « Tu vends trop cher », avec l’Akess Rythm de Port-Bouët. C’est Mme Oro de la Société ivoirienne de l’Industrie du Disque (SIID) qui a produit cet album. Mais ça s’est écoulé quand même à plus de 20 mille exemplaires. J’ai créé après mon propre orchestre, ‘’Le Sanwi Star’’, en 1975. Avec des nigérians, des ghanéens, des camerounais et des zaïrois (actuel RDC). On était une dizaine de musiciens.

• Où avez-vous eu les moyens pour créer Le Sanwi star?
- C’est feu Joseph Tadjo Ehouet, ministre de la fonction publique à l’époque qui m’a acheté des instruments de musique. À hauteur d’1 million 190 mille FCFA. C’était un prêt. Avant qu’il ne décède, par la grâce de Dieu, j’ai pu lui rembourser cette somme-là. C’est avec ces instruments que je répétais et faisais les bals de fin d’année.

• Et vint le fameux morceau ‘’Trahison’’…
- J’étais l’artiste-maison de la SIID. On répétait mon morceau dans les locaux de cette société à Koumassi-zone industrielle à l’époque. Et un célèbre artiste nigérian du nom de Prince Nico MBarga arrive à la SIID et demande à voir la directrice Mme Oro. cette dernière me prie de sortir du bureau pour qu’elle reçoive la star Nico. ça m’a choqué. Et je suis sorti pour réfléchir. Tellement j’étais sur les nerfs. Arrivé chez moi, je me suis dit : ‘’cet artiste chante en anglais et ça marche. Pourquoi moi, je n’écrirais pas une chanson en français qui va avoir aussi autant de succès’’. C’est comme cela que j’ai pris mon stylo et j’ai composé ‘’Trahison’’, une manière de me révolter.

• L’enregistrement de ‘’Trahison’’ n’a pas été facile, semble-t-il?
- Un jour, le producteur Papa Disco qui avait déjà vendu mon premier 45 tours ‘’,Tu vends trop cher’’, dans sa discothèque a décidé de m’emmener enregistrer au Ghana. En ce moment, il n’y avait pratiquement pas de studio d’enregistrement à Abidjan. Sa femme a tenté de le dissuader parce que la production discographique était onéreuse. Le jour de notre départ pour le Ghana, j’étais présent avec tous mes musiciens. A cause de sa femme, Papa Disco a voulu annuler le voyage. Mais il est revenu à de meilleurs sentiments et nous sommes partis pour le Ghana en 1977. Nous étions au studio Ambassador records à Kumasi. A cette époque, les ghanéens étaient déjà en avance sur nous. Il y avait un studio de 24 pistes. Malheureusement, le secteur où se trouvait le studio a subi une coupure d’électricité qui a duré un mois. Le producteur a commencé à donner raison à sa femme. Parce qu’il n’avait pas prévu cette situation-là. Il était aussi à court de liquidité.

• C’était la vraie poisse…
- C’est le cas de le dire. Mais il y a un Dieu pour tous. Un dimanche matin, nous sommes venus au studio bien que ce jour-là, les techniciens ne travaillaient pas. Et comme par miracle, l’électricité est revenue. L’ingénieur du son était à l’église. Le producteur est allé le chercher. Nous étions en train de faire la balance du titre ‘’Trahison’’ avant l’enregistrement définitif. L’ingénieur du son, sans notre avis, a enregistré la balance du morceau ‘’Trahison’’. Il n’a pas voulu qu’on le reprenne. Après les autres titres ‘’Vilié mhô’’ et ‘’Djiblito’’. L’album a été automatiquement mis dans les pochettes. Le producteur nous a fait comprendre que l’électricité étant coupée depuis, il ne pouvait pas faire autrement. Nous sommes revenus à Abidjan tous énervés. Le lendemain à la Radio nationale, Martin Fallet Lago et Adolphe Zadi qui avaient une émission de Midi ont joué ‘’Trahison’’. Les mille albums que le producteur a ramenés du Ghana sont partis comme de petits pains. C’est de là qu’est parti le succès du titre ‘’Trahison’’, fin 77 et début 78. Je pense que nous avons dépassé le million d’exemplaires vendus. Et dire que c’est la balance enregistrée du titre ‘’Trahison’’ qui a connu cet énorme succès.

• Avec le succès de l’album, certainement, vous avez gagné beaucoup d’argent ?
- L’argent que j’ai engrangé dans la vente de ‘’Trahison’’ a servi à l’entretien de mon orchestre. J’y ai englouti pratiquement 16 millions sans oublier la gestion quotidienne des musiciens qui étaient avec moi. Ils étaient 15 à ma charge. C’était énorme. J’ai dû finalement mettre fin au groupe en 1988. Les gens pensaient que j’ai gaspillé l’argent qu’on a gagné. Non ! L’orchestre m’a fait plus de mal que de bien. Même le grand Boncana Maïga est parti de la Côte d’Ivoire en faisant pratiquement cadeau de son orchestre.

• Si c’était à refaire?
- J’allais avoir mon matériel et si j’ai un spectacle, je prends des ‘’requins’’. Lorsqu’Alpha Blondy montait son orchestre, Le Solar System, j’ai dit qu’il va se mettre dans les problèmes. Cela a fait long feu. Il a laissé tomber l’orchestre. C’est vous dire…

• Des personnes racontent que vous auriez vendu l’album ‘’Trahison’’ à une somme forfaitaire de 400 000 F CFA à Papa Disco…
- J’ai appris aussi ces contre-vérités. Et puis, comment je peux vendre un album que je n’ai pas produit à son véritable producteur. Vous ne voyez pas que ça ne tient pas comme affirmation.

• Quels sont les gros droits d’auteur que vous
avez perçus dans votre carrière ?
- Au niveau de la SACEM, c’est 888 925 F CFA que j’ai reçus après la sortie de ‘’Trahison’’ le 9 octobre 1978. A un moment donné, j’ai reçu du BURIDA
1 million 700 mille. Les droits ne viennent pas tout le temps. S’il n’y avait pas eu le problème de gestion de l’orchestre, je serai tranquille aujourd’hui.

• Avez-vous des regrets ?
- Oui, j’ai des regrets. Et je n’en veux à personne. C’est une remise en question puisque je me dis que j’aurais pu faire ci au lieu de faire ça. Mais, on ne refait pas sa carrière. Et la vie continue. En attendant, je prépare la sortie de mon prochain album en 2010.

• Que pensez-vous des nouvelles tendances musicales aujourd’hui, le couper-décaler, par exemple ?
- En général, les sonorités sont les mêmes. Parce que ce sont les mêmes arrangeurs qui font les musiques. Donc, toute suite, on reconnaît la touche de celui-ci. S’il arrange deux à trois artistes, automatiquement, on sent sa touche. Avant, l’artiste apportait des idées et son appréciation sur l’enregistrement de l’album. Aujourd’hui, l’arrangeur est seul à apporter des sonorités sur un album. Avec la programmation, il donne tous les sons liés à tous les instruments. L’artiste ne vient que y poser sa voix. A ce niveau, la créativité prend un coup. L’avenir ne me rassure pas quant à trouver de bons musiciens en Côte d’Ivoire. Le couper-décaler, par exemple, c’est une mise en scène, c’est une manière de danser. Ce n’est pas une manière de jouer aux instruments. Il ne faut pas confondre sortir un album, venir faire une mise en scène et dire que je viens m’exprimer en matière de musique. Lorsqu’ils sont sur scène, ils ne font même pas semblant de mimer la chanson. Mais ils dansent plus.

• La solution pour vous ?
- Il faut que le public soit un peu plus exigeant au niveau de l’appréciation des artistes. Et que les organisateurs exigent aussi que ces derniers jouent en live. Parce que voir un artiste jouer en play-back au Palais de la culture, ce n’est pas normal.



Par Eric Cossa & Patrick Bouyé
ecossa@yahoo.fr
bouyepat@yahoo.fr


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