07262017Headline:

5 ans après/ Comment les partisans de Gbagbo survivent au Ghana / De réelles difficultés ,des morts..,

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5 ans après la crise post-électorale/ Comment les partisans de Gbagbo survivent au Ghana

De réelles difficultés au pays de John Dramani Mahama
Accra, capitale du Ghana. Cette métropole de plus de 2 millions d’habitants abrite une forte communauté ivoirienne.

La crise post-électorale de 2010 – 2011 aura entraîné au pays de John Dramani Mahama, de nombreux Ivoiriens, partisans de l’ex-président Laurent Gbagbo, déchu de son fauteuil présidentiel à l’issue d’une rude bataille avec son adversaire Alassane Ouattara, actuellement au pouvoir. Depuis, la plupart de ces partisans de Laurent Gbagbo, parmi lesquels des anciens ministres, des leaders politiques ou d’opinions, des populations fuyant les atrocités de la guerre et les règlements de compte, ainsi que des militaires et ex-combattants des mouvements de résistance, ont élu domicile sur le sol ghanéen, refusant de regagner la mère patrie pour diverses raisons. Certains redoutent d’être harcelés par les adversaires d’hier, au pouvoir, s’ils reviennent au pays. D’autres préfèrent rester loin de la terre natale pour constituer un moyen de pression sur le pouvoir en place en vue de la libération de tous les prisonniers encore détenus, surtout de Laurent Gbagbo et Blé Goudé, leurs mentors comparaissant devant la Cour pénale internationale (Cpi). Fondus quasiment dans la population ghanéenne, il est difficile de distinguer ces exilés dans la circulation à Accra. A moins de se rendre dans les camps de réfugiés qui existent encore dans la capitale ghanéenne, et dans certaines localités sur l’axe conduisant à la frontière ivoirienne. Notamment à Amping, un grand camp abritant encore de nombreux fugitifs de la guerre de 2010 – 2011 en Côte d’Ivoire. S’ils ont en commun le même idéal, au Ghana, les partisans de Laurent Gbagbo en exil vivent diverses fortunes. Chacun se débat comme il peut pour survivre.

Le sort des jeunes leaders de l’ex-galaxie patriotique

C’est le cas de la plupart de ces jeunes leaders de l’ex-galaxie patriotique qui pouvaient se réjouir, à l’époque, des avantages et autres intéressements que leur octroyait le pouvoir. Le changement de régime a sonné la fin de la manne en provenance du Palais d’Abidjan pour ces partisans de l’ex-président ivoirien, dont la situation s’est davantage aggravée avec leur départ en exil. Un schéma que n’auront jamais imaginé tous ces leaders de l’ex-coalition de La majorité présidentielle (Lmp). Ils ne sont plus nombreux, ces exilés qui tiennent financièrement encore sur des terres étrangères au Ghana. Ces jeunes, pour la plupart des quarantenaires, qui soulevaient de grandes foules à Abidjan et autres villes de l’intérieur, n’ont, certes, rien perdu de leur verve, mais ils sont soumis à un régime difficile pour survivre à Accra. A leur arrivée, il y a 5 ans, certains ont pu acquérir des biens immobiliers. D’autres ont élu domicile dans des villas à la périphérie, voire dans des quartiers chics de la capitale ghanéenne. Ils ne pouvaient s’imaginer, certainement, à cette époque, que le séjour allait prendre autant de temps. Mais, des semaines, des mois et des années après, les moyens se sont considérablement étiolés, au point de réduire certains de ces exilés en indigents à l’étranger. Une situation qui les met à la solde de leurs camarades les plus nantis, notamment les membres du carré de l’ancien chef de l’Etat, qui ont eu le temps d’épargner suffisamment, ou d’anciens ministres dont le train de vie n’aura pas considérablement varié. « Ce n’est pas du tout facile ici. Je ne peux pas souhaiter la vie qu’on mène ici même à mon pire ennemi. On dit qu’on n’est mieux que chez soi ; il faut vivre en exil pour le savoir », nous lâche un jeune leader, partageant sa villa avec un déserteur de l’armée, avec qui nous avons eu à échanger.

Une vie dans l’incertitude

Ce jeune leader, dont nous taisons le nom, qui a pu sortir du pays avec son épouse et ses enfants, n’a pas hésité à donner son cas en exemple. Il venait de faire le marché (lui-même) pour sa famille, mais surtout, avec des sous à lui envoyés par un ami vivant en Europe. « Je viens de retirer, ce matin même, l’argent expédié par une agence de transfert d’argent. Aussitôt, je suis allé faire des achats pour la provision de la maison. Nous allons tenir un peu avec ça, en attendant que d’autres bonnes volontés pensent à nous ». Sans commentaire ! Une vie dans l’incertitude, donc sans lendemain, en quelque sorte, aux crochets de camarades, pour ce père de famille qui aura grillé toutes ses ressources et 5 années de sa fraîcheur juvénile loin de ses terres natales. Comme lui, beaucoup d’autres sont réduits à une sorte de mendicité qui ne dit pas son nom. Certains sont confinés dans une posture assimilable à des individus faisant l’âne pour avoir le foin auprès de leurs camarades. Ils se sont accrochés à des gros bonnets jouissant encore d’une opulence malgré l’exil, pour trouver leur pitance. Ces ex-barons, pour qui le retour au pays n’est pour le moment pas à l’ordre du jour, vivent pour la plupart, dans le quartier huppé de East Lagoon. Un peu ‘’la Riviera d’Abidjan’’, où villas de haut standing se disputent avec les grosses cylindrées dans un environnement calme et paisible. C’est dans ce quartier qu’on retrouve la plupart des anciens ministres et présidents d’institutions sous Laurent Gbagbo qui ont fui la guerre après le changement brutal de régime depuis le 11 avril 2011. « Ceux-là, ce sont des exilés à part. Ils sont très mauvais. Ils ne sont pas du tout solidaire. Pour eux, c’est comme si nous, on n’existait pas ici à Accra», récrimine un leader d’un ancien mouvement de résistance durant la rébellion en Côte d’Ivoire, qui broie du noir dans la capitale ghanéenne. A côté de ces différents groupes d’exilés, certains qualifiés en Côte d’Ivoire, des universitaires notamment, ne se sont pas posé de question depuis leur arrivée à Accra. Nombre de ces hauts cadres de l’intelligentsia ivoirienne, qui ont choisi de se réfugier chez le voisin de l’Est, ne chôment pas du tout. Ils ont pu se trouver des occupations. Notamment se faire engager comme enseignants dans des grandes écoles, tant à Accra qu’à Lomé, voire à Cotonou. Ces enseignants arrivent à tenir la route, mais au prix d’efforts intenses. Surtout avec l’accommodation à l’Anglais, la langue officielle de leur pays d’accueil. Partis d’une situation d’aisance pour se retrouver dans une posture de stress permanent, bien de ces exilés ont perdu de leur superbe. On compte parmi eux de nombreux malades, à l’image de feu Mamadou Ben Soumahoro, dont on nous avait signalé le cas lors de notre passage à Accra deux jours avant son décès. En somme, même s’ils tentent de montrer qu’ils restent dignes dans leur situation en exil, le quotidien devient de plus en plus incertain pour la plupart des Ivoiriens qui ont trouvé asile dans des pays de la sous-région, à l’image de ceux d’Accra, que nous avons rencontrés il y a une dizaine de jours.


”Chacun pour soi…”

L’idéal commun qui les a amenés à choisir l’exil devait suffire pour les unir. Mais, ce n’est pas du tout la cohésion entre les exilés ivoiriens vivant au Ghana, du moins ceux que nous avons eu l’occasion de côtoyer à Accra. C’est la dispersion totale entre ces partisans de l’ex-président Laurent Gbagbo. Les rapports entre ces exilés se décrivent aisément dans le concept du ”chacun pour soi, Dieu pour tous”. A Accra, les Ivoiriens, qui ont fui la guerre à la suite de la crise post-électorale de 2010 – 2011, évoluent par clans. Des clans hérités des affinités depuis le pays. Ainsi, les ex-membres du gouvernement ont gardé leur solidarité initiale. Ayant un peu de moyens, ils vivent quasiment dans les mêmes quartiers, se fréquentent et se voient régulièrement. Ayant été les collaborateurs directs de Laurent Gbagbo, ils ont continué de ne pas se lâcher. Avec eux, de vrais caciques du Fpi et de hauts cadres qu’on peut considérer comme des oiseaux du même plumage. Ceux-là, ils n’ont pas de problème de survie. Car, ils se soutiennent pour ne pas laisser transparaître de signe d’affaiblissement. Ils ne partagent pas le même sort que d’autres camarades, en l’occurrence les jeunes des mouvements de résistance coupés de tout approvisionnement financier, et donc livrés à eux-mêmes. Ceux-là, ils n’auront certainement pas imaginé que l’exil allait durer aussi longtemps. Après avoir épuisé leurs réserves de fonds, ils espéraient pouvoir compter sur la solidarité des autres à l’étranger. Mais, c’est la désillusion. Certains vont devoir leur salut à la crise qui secoue le Front populaire ivoirien (Fpi) depuis la sortie de prison de son président, Pascal Affi N’guessan. Les clans rivaux qui se disputent le Fpi en Côte d’Ivoire ont, en effet, leur répondant au Ghana. Au pays de John Dramani Mahama, selon qu’on est pour Affi N’guessan ou pour Abou Drahamane Sangaré, il y a une solidarité tacite qui existe entre ces clans rivaux. Ce canal a permis à des jeunes leaders des ex-mouvements patriotiques de se rapprocher des anciens dirigeants dont ils bénéficient du soutien au prix de petits services rendus. Mais à Accra, il n’y a pas que des partisans de Laurent Gbagbo. Il y a aussi des anciens camarades du défunt Ibrahim Coulibaly, l’ex-chef du commando invisible à Abobo. Eux ne se mélangent à personne. Au contraire, ils se tiennent loin des autres exilés et mènent discrètement leur vie dans la capitale ghanéenne.


Redouter d’autres Ben Soumahoro et autres Gomont Diagou en sursis

Partis en espérant que la situation allait très vite se normaliser en Côte d’Ivoire pour leur permettre de retrouver la mère patrie, ils ne sont revenus de leur asile que dans un cercueil. Eux, ce sont les défunts Paul Antoine Bohoun Bouabré, ancien ministre d’Etat, ministre de l’Economie et des finances, décédé en janvier 2012 à Jérusalem, en Israël, Gnan Raymond, ex-maire de Facobly décédé un mois avant, le 7 décembre 2011, et son homologue de Cocody, Jean Baptiste Diagou Gomont, parti en février 2012. La liste de ces défunts vient de s’allonger, il y a 10 jours, avec l’ex-journaliste émérite et ancien patron de la Radiodiffusion télévision ivoirienne (Rti), Mamadou Ben Soumahoro. C’est que la vie précaire que mènent les exilés dans leur pays d’accueil ne leur fait pas de cadeau. Surtout ceux qui trainent des maladies comme le ministre d’Etat Bohoun Bouabré, et ceux qui ne supportent pas l’angoisse comme l’ancien maire de Cocody. Or, plus le temps passe, plus cette angoisse devient stressante, quand plus aucun espoir ne pointe à l’horizon. A Accra, à notre passage, on nous a signalé encore des cas de maladie. Des noms bien connus qui sont l’ombre d’eux-mêmes sur le sol ghanéen, mais qui craignent le retour, ne sachant comment survivre une fois revenus au pays. Certains, comme des jeunes leaders de la galaxie patriotique que nous avons rencontrés, n’ont jamais occupé un poste au pays. Ainsi, après la vie quelque peu ostentatoire qui a précédé leur départ en exil, ils redoutent de rentrer et d’afficher la mine contraire. Comme dit un artiste ivoirien, “mieux vaut mourir de honte loin de sa mère que vivre dans la honte à côté d’elle”, beaucoup de ces Ivoiriens qui demeurent en exil au Ghana sont concernés par cet adage. Pourtant, chaque jour qui passe, pour eux, est une gageure. Avec la crainte d’être frappés par un mal qui sonnera la fin. Situation pittoresque et pitoyable qui interpelle plus de compatriotes mourant à petit feu chez le voisin. La seule solution pour ces héros d’hier : la réconciliation. Une vraie réconciliation qui permettrait à tous de regagner leur patrie sans risque de se retrouver dans un bagne. Au-delà de cette normalisation, la garantie d’une nouvelle vie. Celle qui leur permettrait de se réinsérer dans le cadre professionnel. Difficile équation pour les gouvernants, qui ne semblent pas trop se presser pour résoudre ces questions, estimant certainement que le temps aura raison de ces adversaires en fuite. Entre-temps, il faut craindre encore d’autres décès, car la vie n’est pas rose pour beaucoup, et le risque d’autres drames n’est pas à écarter.

Félix D.BONY (Envoyé spécial à Accra)

L’inter

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