07212018Headline:

Angola: Abel Chivukuvuku fait des révélations

Le président de la coalition d’opposition Casa-Ce, député pendant onze années sous la bannière de l’Unita, revient sur la première année de présidence de João Lourenço. Il détaille également sa stratégie pour les premières élections locales du pays, qui devraient avoir lieu en 2020.

Fondée en 2012, troisième force politique dans le pays après le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA, au pouvoir) et l’Unita, la Grande convergence pour le salut de l’Angola – Coalition électorale (du portugais « Convergência Ampla de Salvação de Angola – Coligação Eleitoral », Casa-Ce) est une coalition d’indépendants et de petits partis. Avec 9,45 % à l’élection générale d’août 2017, elle a obtenu 16 sièges à l’Assemblée nationale (deux fois plus qu’en 2012).

Abel Chivukuvuku, cofondateur et président de l’organisation, est un ancien cadre de l’Unita, dont il a été député pendant onze années. Si la Casa-Ce connaît quelques dissensions internes, son prochain objectif est de réunir toute l’opposition pour les premières élections locales de l’histoire du pays, qui devraient avoir lieu à partir de 2020.

Jeune Afrique : Élu le 23 août 2017, le président João Lourençoconclura bientôt sa première année à la tête de l’Angola. Quel bilan tirez-vous de son action ?

Abel Chivukuvuku : C’est un peu trop tôt pour le juger. La première phase de son action a été d’affirmer son autorité et de prouver qu’il n’était pas la marionnette de l’ancien président José Eduardo dos Santos. Il l’a fait en limogeant des membres de sa famille et des généraux importants de son dispositif. Cette phase se terminera le 8 septembre avec son élection à la présidence du MPLA.

Il a également cherché à s’émanciper du parti en choisissant des thèmes politiques qui lui sont propres, comme la lutte contre la corruption ou la libéralisation de l’économie. Mais, en définitive, je ne crois pas que le président aura la capacité de lutter vraiment contre la corruption : elle est à tous les niveaux au sein du MPLA, et s’il va au bout, le parti risque d’éclater.

En se séparant de puissantes personnalités, comme il l’a encore fait, fin juin, avec le général Leopoldino Fragoso do Nascimento « Dino », n’a-t-il pas fait montre d’une certaine capacité à « faire le ménage » ?

Pour les généraux, la manœuvre était délicate mais la Constitution était de son côté et il l’a fait par étape. Il les a écarté, mais il n’a pas touché à leurs intérêts financiers, qui sont le fruit de détournements d’argents de l’Angola. Tant que Lourenço ne touche pas aux intérêts des militaires, ça ira.

Sa marge de manœuvre est donc très réduite : s’il s’attaque aux intérêts des barons du parti, il aura des problèmes ; s’il ne le fait pas, la crédibilité de son discours sera remise cause ici, par les Angolais, et à l’extérieur, par les partenaires étrangers.

Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Lutte contre la corruption, ouverture de l’économie, liberté d’expression… Il s’agit clairement des thèmes de prédilection de l’opposition, dont vous faites partie…

Sur le discours, il est sur nos thèmes, mais sur la pratique, il en est loin. Il faut changer mentalement le pays. Les mesures qu’il a prises jusqu’à présent, comme la loi sur le rapatriement des capitaux détournés et placés hors d’Angola [votée le 26 juin, ndlr], s’attaque au passé. Le présent et l’avenir sont absents. La condition sociale des Angolais est pire qu’avant : le coût de la vie est plus élevé, les salaires dans le public sont payés en retard et les augmentations gelées… La lune de miel avec la population est terminée. Et ce sera pire dans trois ans.

Une critique est récurrente : les partis politiques angolais sont trop déconnectés de la population. La société civile se plaint de ne pas trouver de porte-parole auprès de l’opposition…

La société civile est trop divisée et, surtout, dès qu’un de ses représentants souhaite se politiser il est harcelé par le pouvoir. Il y a donc une barrière sérieuse entre les organismes de la société civile et les partis politiques. Mais ce n’est pas que du fait des partis politiques.

La Casa-Ce connaît actuellement des remous. Vous avez notamment été accusé d’avoir détourné 15 millions de dollars, lors de la dernière campagne électorale. Qu’en est-il ?

C’est une invention. Il a d’abord été question de 15 millions de dollars, puis de 15 millions de Kwanzas… Dans le premier cas, la coalition n’a jamais eu une telle somme. C’était donc ridicule. Et dans le second cas, pensez-vous que j’aurai pris un tel risque pour 50 000 euros ? Je n’ai pas de problèmes financiers, j’ai investi depuis longtemps dans l’immobilier… J’ai moi-même financé le lancement de la Casa-Ce avec l’aide d’un entrepreneur de ma famille. J’ai mis l’un de mes terrains en garanti, et la coalition rembourse régulièrement. Cette histoire est l’invention d’un avocat, député de l’Unita, qui a un contentieux avec moi. J’ai donc porté plainte pour diffamation.

Bruno Fonseca pour JA

Les premières élections locales du pays pourraient avoir lieu en 2020, dans une cinquantaine de localités. En 2025, d’autres villes y participeront. Le calendrier prévoit ainsi d’organiser ce scrutin de manière graduelle jusqu’en 2035. Est-ce une bonne option ?

La proposition de loi actuellement débattue n’est pas satisfaisante. Notre position est qu’il faut organiser ce scrutin dans tout le pays dès le départ. Car nous pensons qu’en quinze ans, les écarts risquent de se creuser entre les communes qui bénéficieront d’un pouvoir local, et les autres.

Nous ne sommes pas d’accords, non plus, avec les règles encadrant les candidatures. Selon la proposition de loi, un Luandais pourrait se présenter à Huambo, Uige, Malanje ou dans n’importe quelle autre ville du pays. Nous, nous souhaitons que le candidat vive dans la localité depuis au moins deux ans.

Y aura-t-il des candidats estampillés Casa-Ce ?

Nous avons proposé une coalition incluant toute l’opposition pour faire barrage au MPLA. La règle serait celle-ci : le candidat sera issu du parti qui a obtenu le meilleur score dans la localité concernée lors des élections générales d’août 2017. Et le conseil municipal réunirait des membres de tous les partis d’opposition. Les chances face au MPLA seraient ainsi plus grandes. Cela fait un an que nous discutons avec tout le monde. L’Unita n’est pas contre, mais rien n’a encore été formalisé. Il ne s’agira pas d’une nouvelle coalition, mais de faire front commun uniquement à cette occasion.

jeune afrique

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