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Après l’affront du Parlement béninois, le président Patrice Talon n’exclut plus de se représenter/ce qu’il dit

Le 4 avril, l’Assemblée avait refusé d’examiner son projet de révision de la Constitution instaurant notamment un mandat présidentiel unique.

« Pas d’amertume » mais « une certaine tristesse ». Dans la soirée du samedi 8 avril, le président béninois, Patrice Talon, a accordé un entretien télévisé à la chaîne nationale, l’ORTB, après que son projet de révision constitutionnelle a été refusé par le Parlement, le 4 avril. Il a regretté que le texte, qui prévoyait entre autres le financement public des partis politiques et la mise en place d’un mandat présidentiel unique – une mesure historique en Afrique – « n’ait pu être analysé et débattu »

Le chef de l’Etat a aussi déploré que le rejet du projet ne tienne pas à des réticences rationnelles mais à un blocage politique nourri par une vaste campagne de désinformation. « Ce n’est pas l’opinion publique qui a guidé les députés dans leur choix. C’est politique », a-t-il déclaré. A plusieurs reprises, Patrice Talon est revenu sur les mauvaises interprétations du projet au sein de l’opinion publique et s’est attelé à justifier chacune des mesures qu’il défendait.

Alors qu’il en avait fait son principal thème de campagne, l’ancien homme d’affaires s’est résolu à abandonner son projet de révision constitutionnelle. « La révision est désormais derrière moi, c’est fini », a affirmé Patrice Talon, sans préciser s’il renonçait, à titre personnel, au mandat unique. « Le mandat unique est un idéal. Je l’ai espéré pour mon pays. Cela aurait pu être réglé maintenant, par la révision de la Constitution, ce n’est pas le cas. La règle générale du renouvellement du mandat reste donc valable pour moi et j’aviserai en 2021 en fonction de mon ressenti. »

« Une affaire personnelle »

Au cours d’une interview accordée à RFI ce lundi, le président s’est montré plus explicite dans ses accusations, pointant la responsabilité des anciens présidents Boni Yayi et Nicéphore Soglo dans l’échec de son projet. Par ailleurs, celui qui n’exclut plus, désormais, de briguer un second mandat voit dans cette option une certaine revanche sur ses adversaires : « Ça m’amuserait, bien que je sois triste. Ce qui est sûr, aujourd’hui, c’est que 2021, c’est loin. Mais ça devient pour moi une affaire personnelle. »

Au cours de cet entretien, les conflits d’intérêts auxquels l’expose son passé d’opérateur économique ont aussi été aussi abordés. Depuis son avènement au pouvoir, Patrice Talon est régulièrement accusé de favoriser ses anciennes sociétés, et plusieurs organisations de la société civile n’ont cessé de dénoncer l’implication des entreprises des proches du président dans les principaux secteurs de l’économie nationale.

Patrice Talon a laissé entendre que les inquiétudes des Béninois sont légitimes, a assuré ne plus être associé aux affaires et s’est défendu d’user de sa position pour favoriser les entreprises de ses proches et celles qu’il contrôlait. « Il nous revient de prouver que l’intérêt général est plus important que nos intérêts privés », a-t-il dit. Quant à l’omniprésence dans l’appareil d’Etat de l’homme d’affaires Olivier Boko, bras droit du président sans fonction officielle, Patrice Talon a déclaré : « Olivier Boko est un ami, une personne extraordinaire qui m’aide beaucoup. Ce n’est pas un courtisan. »

Olivier de Souza (contributeur Le Monde Afrique, Cotonou)
lemonde.fr

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