09282022Headline:

Au Burkina Faso, les habitants d’une ville sous blocus djihadiste menacés de famine.

Selon Médecins sans frontières, « il y a un manque criant de nourriture » à Sebba, dont l’approvisionnement a été coupé à la suite du sabotage d’un pont.

Soumis à un « blocus » de groupes djihadistes depuis un mois, les habitants de Sebba, chef-lieu de la province du Yagha, dans le nord du Burkina Faso, ont lancé un cri d’alarme, se disant menacés de famine, ce qu’a confirmé une ONG.

« L’axe qui relie cette ville à Dori [le chef-lieu de la région du Sahel] est coupé et la population se retrouve aujourd’hui de plus en plus est isolée », a déclaré Ulrich Crépin Namfeibona, chargé de mission de Médecins sans frontières (MSF) au Burkina Faso. Selon lui, « il y a un manque criant de nourriture, les gens se nourrissent avec des feuilles, tous les jours »« Si rien n’est fait pour donner de quoi se nourrir à cette population, dans les jours à venir nous pourrions assister à une catastrophe, une crise nutritionnelle qui va beaucoup plus frapper les enfants », a-t-il ajouté.

Quelque 30 000 personnes, dont de nombreux déplacés, vivent à Sebba. Interrogé par l’AFP, Abdoulaye Ly, un habitant, a estimé que « la situation alimentaire est critique » : « Les alertes ont été lancées, mais jusqu’à présent on ne voit pas le bout du tunnel. Légitimement, la population se sent abandonnée. » Des commerçants s’étaient organisés pour approvisionner la localité, mais un convoi de quatorze camions est resté bloqué à Dori à la suite du sabotage d’un pont, le 25 juin, a expliqué Abdoulaye Ly. Des habitants avaient tenté de réhabiliter le pont, mais un nouveau sabotage, le 26 juillet, l’a complètement détruit, coupant la ville du reste du pays.

« C’est toute la province qui est isolée »

« Si cet axe [reliant Dori à Sebba] n’est pas réhabilité, c’est toute la province, dont Sebba est la porte d’entrée, qui est isolée, avec des localités somme Solhan et Mansila qui souffrent également le martyre », a relevé Mohamed Dicko, un autre habitant de Sebba. L’Association des ressortissants du Yagha a appelé à « une action rapide pour éviter une catastrophe humanitaire ». Selon elle, « il faut permettre rapidement un accès à la ville de Sebba pour l’approvisionnement en carburant, en nourriture et en autres produits de première nécessité ».

Les attaques attribuées aux djihadistes sont fréquentes dans la province du Yagha, dont les habitants de plusieurs localités se sont réfugiés à Sebba. Le Burkina Faso, où des militaires ont pris le pouvoir en janvier en promettant de faire de la lutte antidjihadiste leur priorité, est confronté à la violence de mouvements armés affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique, qui y ont fait depuis 2015 des milliers de morts et quelque 2 millions de déplacés. Plus de 40 % du territoire burkinabé est hors du contrôle de l’Etat, selon des chiffres officiels, et les attaques se sont multipliées depuis le début de l’année.

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