10052022Headline:

Au Soudan, le conflit tribal dans l’Etat du Nil-Bleu a fait plus d’une centaine de morts en moins d’une semaine.

Sudan’s Hausa people protest in Khartoum’s southern suburb of Mayo on July 19, 2022, demanding justice for comrades killed in a deadly land dispute with a rival ethnic group in the country’s south. (Photo by AFP)

Après une semaine d’affrontements, le calme est revenu dans cet Etat frontalier de l’Ethiopie, mais les violences interethniques ont gagné d’autres Etats soudanais.

Le bilan du conflit tribal dans le sud du Soudan qui avait éclaté mi-juillet a été revu à la hausse mercredi 20 juillet. Les heurts interethniques ont fait 105 morts et 291 blessés la semaine dernière, selon le ministre de la santé de l’Etat du Nil-Bleu, Jamal Nasser. Pour Mohammed Noureddine, chef tribal des Haoussa du Nil-Bleu, « on ne peut déterminer le nombre exact de victimes, certains cadavres sont encore ensevelis sous les décombres de leurs maisons », a-t-il déclaré par téléphone lors d’une conférence de presse organisée par sa communauté à Khartoum.

Après presque une semaine d’affrontements à l’arme à feu, le calme semble revenu samedi dans cet Etat frontalier de l’Ethiopie. Cependant, « les habitants du Nil-Bleu sont encore harcelés », a déclaré Abdoulaziz al-Nour, chef tribal des Haoussa de Khartoum, lors de cette même conférence. Pourtant M. Nasser, joint par téléphone par l’Agence France-Presse (AFP) à Ed-Damazin, chef-lieu de l’Etat du Nil-Bleu, plaide que « tout est calme désormais, mais, a-t-il ajouté, il reste la question des déplacés »« Nous exigeons le retour des déplacés chez eux », a martelé Hafez Omar, chef tribal de l’ensemble des Haoussa du Soudan. Il a également pointé la responsabilité des autorités du Nil-Bleu. « Des armes du gouvernement ont été utilisées », a-t-il déploré mercredi.

C’est pour l’accès à des terres que la violence a éclaté le 11 juillet entre les Haoussa – l’une des plus grandes ethnies d’Afrique, présente du Sénégal au Soudan – et le clan des Bartis, dans l’Etat du Nil-Bleu, frontalier de l’Ethiopie. Mais les violences ont gagné plusieurs autres Etats, les Haoussa, l’une des ethnies impliquées dans le conflit, se mobilisant à travers le pays pour réclamer « justice pour les martyrs ». La violence a notamment gagné l’Etat de Kassala, plus au nord, où lundi des milliers de Haoussa ont incendié des bâtiments publics. Mardi, ils étaient des milliers à manifester à Khartoum, dans le Nord-Kordofan, dans le Centre, ou à Kassala, Gedaref et Port-Soudan sur l’Est côtier, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Selon l’ONU, plus de 17 000 personnes de l’Etat du Nil-Bleu ont fui leur maison par peur des balles perdues, principalement des femmes et des enfants, dont plusieurs milliers survivent désormais dans trois écoles d’Al-Damazine. Situé dans le sud du Soudan, l’un des pays les plus pauvres au monde, l’Etat du Nil-Bleu est lui aussi déshérité. L’ONU assure y avoir apporté une aide humanitaire à plus du tiers des habitants au premier trimestre 2022, soit 563 000 personnes.

L’Etat du Nil-Bleu, est en proie à une rébellion depuis 1983. La guérilla sudiste a longtemps été une épine dans le pied de la dictature d’Omar Al-Bachir, écarté par l’armée sous la pression de la rue en 2019. Pour les experts, le vide sécuritaire créé par le putsch mené en octobre par l’ancien commandant de l’armée de terre, le général Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane, a favorisé une résurgence des violences tribales dans un pays où chaque année des centaines de civils meurent dans des affrontements entre éleveurs et agriculteurs pour l’accès à l’eau ou aux terres, dans un pays où de très nombreuses armes circulent après des décennies de guerre civile.

Les affrontements tribaux ont fait des centaines de morts au Soudan ces derniers mois, particulièrement au Darfour, dans l’ouest du pays, frontalier du Tchad.

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