10202017Headline:

Bénin : les 100 jours de Patrice Talon à la tête de l’État en cinq points

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Patrice Talon a été investi le 6 avril. Qu’a fait le président béninois de ses 100 premiers jours à la tête de l’État ?

1. Le solde de l’ère Yayi

Dès son premier conseil des ministres, mi-avril, Patrice Talon fait le ménage. Près de 20 décrets signés entre le 11 février et le 5 avril 2016 sont abrogés par le nouveau chef de l’État. Tous avaient été signés par son prédécesseur Thomas Boni Yayi à la toute fin de son mandat. Il s’agit notamment du décret relatif aux primes accordées aux directeurs de cabinet des ministères, secrétaires généraux et adjoints, des décrets d’application portant sur le statut spécial des personnels des forces de sécurité publique et assimilées, du décret portant sur le règlement des habillements et des attributs du personnel des douanes, et du décret portant sur les statuts particuliers des corps et personnels de l’administration des douanes et droits indirects.

Lors de ce premier conseil des ministres, le gouvernement a annoncé également l’annulation « de la procédure d’engagement dans la fonction publique, des agents recrutés à l’occasion des concours organisés depuis le 1er janvier 2015 dans tous les corps de l’État », ces concours ayant été jugés frauduleux. Cette décision a provoqué la colère des concernés, notamment dans le nord du pays, et pourrait entraîner une bataille juridique entre ces derniers et l’État.

2. La transformation de la fonction présidentielle

Hostile au folklore qui entoure la fonction présidentielle, Patrice Talon semble vouloir la modeler à son image. Sa sécurité est très discrète, il circule dans des cortèges réduits, à bord de deux de ses voitures personnelles – un 4×4 Range Rover et une Bentley – et travaille le plus souvent chez lui. Discret, minimaliste, il communique peu et le revendique. Une attitude qui tranche avec elle de son prédécesseur.

3. Les réformes politiques et la question du mandat unique

C’était l’une des principales promesses de campagne du candidat Patrice Talon et qui pourrait être la principale mesure de son quinquennat. La Commission nationale technique chargée des réformes politiques et institutionnelles, dirigée par le garde des Sceaux, Joseph Djogbénou, a remis son rapport au président de la République fin juin. Le rapport d’une soixantaine de pages fait plusieurs propositions relatives à la réforme de la Cour constitutionnelle – un mandat unique de 9 ans pour ses membres – et à la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC).

La commission nationale suggère que le président de la Cour suprême ne soit plus choisi par le président de la République, mais élu par ses pairs, et milite pour la création d’une Cour des comptes. Enfin, la commission propose de mieux encadrer le financement des partis politiques et formule plusieurs mesures visant à la modernisation et à la stabilisation du code électoral, avec, entre autres, de nouvelles prérogatives attribuées à la Commission nationale électorale autonome.

C’est le chef de l’État qui tranchera la question épineuse du mandat unique.

4. La réorganisation de l’administration

Libéral convaincu, Patrice Talon a une vison bien précise de l’administration. C’est « un service qui doit permettre à chacun de s’épanouir », avait-il expliqué à Jeune Afrique, mi-juin. Le président a affiché sa volonté de la réformer dans ce sens. Outre la réduction du train de vie de l’État et la suspension et combinée à un audit des derniers concours de recrutement, le gouvernement a ainsi décidé de supprimer les per diem et des frais de mission dans les administrations et les services d’État. Dans la fonction publique, la base des fonctionnaires a été nettoyée principalement pour lutter contre les doublons accumulés au fil des années.

Une autre mesure, la désignation des communes chefs-lieux des 12 départements conformément à une loi datant de 1999 mais jamais appliquée, a été largement commentée au Bénin.

5. La reprise en main de la filière coton

Levée des réquisitions sur six usines de la Sodeco (dont il était l’actionnaire majoritaire) et remboursement des 12 milliards de F CFA (environ 18,3 millions d’euros) d’indemnités dues par la société d’État Sonapra, suppression des subventions de l’État à la filière coton et retour de l’accord cadre qui déléguait la gestion de la filière au secteur privé, via l’Association interprofessionnelle du coton (AIC) : en quelques semaine seulement, le président a repris en main la filière qu’il dominait avant sa brouille avec Thomas Boni Yayi. Un empressement que Patrice Talon assume complètement mais qui, à Cotonou, a créé la suspicion sur les possibles conflits d’intérêts entre les anciennes activités du chef de l’État et celles qui sont les siennes aujourd’hui.

Vincent Duhem

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