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Benin /Présidentielle 2016 : Les vraies raisons du choix de l’opposant Adrien Houngbédji

Adrien Houngbédji

La décision du PRD de s’allier aux FCBE et à la RB a soulevé un tollé chez de nombreux observateurs de l’actualité politique au Bénin. Au-delà de ces clameurs, il nous faut revenir à une analyse froide de cette décision.
Le PRD n’a jamais caché qu’il voulait, presqu’à tout prix, sortir de l’opposition qu’il a plus ou moins pratiquée malgré lui. Ce n’est pas de la malveillance que de dire « malgré lui ». Cette position lui a toujours été imposée par ses propres succès d’éternel second dans certaines consultations électorales. La RB n’est pas mieux logée.

Mais, comment définir au Bénin la nature réelle des formations politiques et les objectifs que leurs adhérents poursuivent, puisque le PRD, ou la RB, est avant tout un Parti politique ?

Les hommes se regroupent, dans le domaine politique, comme dans tous les autres domaines, pour défendre leurs intérêts individuels communs qu’ils partagent avec d’autres. Dans le cas spécifique des partis politiques, vous entendrez « pour conquérir et exercer le pouvoir d’Etat ». En réalité, ils sont combien à croire vraiment à cette affirmation ? L’expérience a montré qu’il n’y en a pas. Apparemment, certains donnent l’impression qu’ils poursuivent des idéaux nobles. Ils sont même sincères pour un bon nombre d’entre eux. C’est en effet ce qu’ils croient fermement. Mais la réalité profonde est tout autre.

On devrait regarder de près leurs actions et réactions dans le détail, pour décrypter la signification réelle de leur engagement.

Nos partis politiques accueillent surtout, dans notre pays, des citoyens fonctionnaires, ou de la classe moyenne, désireux de promotions personnelles, ou des opérateurs économiques de dimensions bien modestes. Ils espèrent chacun :

nomination et avancement dans la carrière, accession à des fonctions plus élevés et autres avantages matériels dans leurs fonctions, liés à leurs relations politiques, pour les agents de la fonction publique
obtention de marchés pour ceux du secteur privé, ou à leurs propres comptes
dons divers à l’occasion de manifestations privées ou de rassemblements publics, au besoin en trichant avec les règles officielles ;
considération procurée par ses relations d’en haut,
etc.
Chacun de ceux que l’on appelle ‘’pontes’’ du PRD, comme de tous les autres partis, ne se console que quand il a pu accéder à un poste ministériel ou autre de l’appareil d’Etat, récolté un marché auprès de l’administration publique, ou simplement s’il peut exhiber un titre honorifique du régime. Lorsque ces vœux ne sont pas exhaussés, il peut patienter un moment, mais pas éternellement. Si en plus, malgré les sacrifices financiers qu’il a consentis pour le parti et que ses affaires en souffrent, le militant devient incontrôlable et critique en toute occasion.

Démarcheurs politiques

Nous avons aussi créé une catégorie de démarcheurs politiques qui adhèrent à plusieurs partis à la fois ou créent des mouvements exclusivement destinés à l’agitation politique payante. L’accès au sommet n’en est que plus facilité, et les probabilités de récompenses rapides que plus grandes.

Il n’y a pas de honte à le reconnaitre, si l’on est sincère avec soi même et avec ceux à qui ont rendu « des services » dans le cadre politique. Les oppositions entre les membres lors de la distribution des retombées sont légendaires. Les démissions des partis sont presque toujours motivées par ce genre de frustration, parce que chacun se classe meilleur que l’autre, et par conséquent plus méritant. Il faut ensuite faire patienter ceux qui n’ont rien tiré de leur engagement ; d’où la nécessité de procéder à des promotions internes et donc à des remplacements. Ici encore, c’est un perpétuel drame, une question de choix difficile pour le premier responsable. De ce coté, le PRD s’en est plutôt assez bien sorti.

En somme, les intérêts guident les hommes et il n’en sera jamais autrement. Les libertés que l’on peut avoir avec sa conscience varient d’une personne à l’autre ; elles permettent parfois de faire des différenciations dans le degré du militantisme et le niveau de sacrifice que chacun est disposé à consentir. Alors, on distingue les opportunistes, les sans principe, les aptes à la trahison, les fidèles, les dogmatiques, les bornés…. La relative cohésion de l’organisation politique est liée à la capacité du dirigeant à gérer toutes les ambitions, démesurées ou pas, tous les intérêts contradictoires.

C’est pour être assurés de pouvoir bénéficier des avantages espérés que, au fil des années, les « militants » rejoignent ou créent des partis politiques dans leurs régions afin de se rapprocher des fils de leurs terroirs respectifs. D’où le succès durable des partis de régions et la prolifération des formations politiques au Bénin. D’où aussi qu’aucun parti ne pourra conquérir et exercer le pouvoir. Par malice, les rédacteurs de notre Constitution ont favorisé cette tendance à la prolifération et à l’affaiblissement programmé des partis politiques. Ils ont donc permis ainsi que les conditions minimales exigées pour être candidat à une élection législative soient plus contraignantes que celles pour les postulants à la magistrature suprême. C’est donc aux coalitions que la préférence a été donnée, tout en proclamant hypocritement avoir travaillé pour la cohésion du pays. Sans doute que, dans leur subconscient, ils ne voient le Bénin que comme une coalition de peuples et de nationalités qui vont s’affronter pour le contrôle du pouvoir central. Ou à se coaliser. Il n’y a pas, à mon avis, de honte à le dire et à l’expliquer pour avoir une facilité d’invention des solutions. Aucune œillère ne saurait être imposée à la réflexion, si l’on veut lui permettre de créer ou d’adapter : il s’agira surtout d’une question d’entente sur les règles de vie en commun.

Je pense que le Président du PRD, avant Boni Yayi, et au bout de son passage dans le désert de l’opposition, en a tiré les leçons et les appliquent pour conduire sa barque. Ces deux personnalités ont eu le génie de prendre la classe moyenne par le bon bout, celui qui engendre la ‘’fidélité’’ nécessaire à l’exercice du pouvoir d’Etat. Ils ont pris la classe politique pour ce qu’elle est en réalité. Il n’est pas étonnant qu’ils éprouvent des difficultés à domestiquer les fortunés dont les revenus ne sont pas forcément liés aux subsides de l’Etat, même si au passage ils peuvent en bénéficier.

A la limite, il n’y a que ceux qui ne sont pas soumis aux marchés de l’Etat qui peuvent s’opposer, prendre leurs libertés, et encore, avec mesure et sens de retenu pour ne pas tout compromettre et fermer la voie aux compromis.

Telle est mon analyse et telle est ma réflexion que je n’ai pas voulues moralisatrices

tribune

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