10312020Headline:

Blaise compaoré dans un grand tourment

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Inutile de ressasser l’absence d’intérêt national dans les raisons avancées par les pros référendum, et les textes communautaires qui n’autorisent nullement une modification constitutionnelle dans les conditions qui prévalent au Burkina. Tel un cabri mort, le locataire en fin de bail de Kosyam semble vouloir jouer son va-tout sans le moindre discernement. La sagesse lui suggère cependant dans une telle situation de limiter les dégâts en adoptant un comportement pouvant lui permettre de bénéficier de circonstances atténuantes ou de faveurs de la part d’alliés.

 

En tenant vaille que vaille à tripatouiller le texte fondamental nonobstant la mise en garde de certains partenaires internationaux, Blaise Compaoré risque de creuser irrémédiablement le gouffre qui le happera un jour ou l’autre. Car, il est évident que ce dont il a le plus peur, c’est la justice internationale qui, lentement mais sûrement, finit toujours par disposer de ses justiciables. Le successeur de Thomas Sankara a en effet pris les précautions nécessaires sur le plan national en s’autoamnistiant par anticipation. L’équation qu’il a du mal à résoudre consiste à désigner parmi ses plus fidèles, du moins en apparence, un dauphin qui, quelles que soient les circonstances, n’aura pas le courage de le livrer à une juridiction comme la Cour pénale internationale (CPI). Pour cela, il lui fallait quelqu’un dont le nom est cité dans les affaires pour lesquelles il pourrait être amené un jour à comparaître devant la CPI, que ce soit en tant qu’accusé ou en tant que témoin.

C’est ainsi qu’après l’échec de la résolution de ce problème par une tentative improductive de mettre sur orbite politique François Compaoré, la rumeur a couru sur la possibilité pour le président Compaoré de jeter son dévolu sur le général Gilbert Diendéré. Cette dernière option a apparemment fait long feu, sans que l’on sache trop pourquoi, comme d’habitude, si l’on se réfère au choix fait par le pouvoir de Ouagadougou de recourir au référendum. Ce choix n’est pourtant pas forcément le meilleur, loin s’en faut.

En effet, quel que soit ce que le président burkinabè adoptera comme stratégie, si les Occidentaux qu’il nargue aujourd’hui veulent l’envoyer devant la CPI, ils le feront. Il gagnerait donc à rechercher leur sympathie pour bénéficier en temps opportun de leur couverture. Entre deux maux, il faut toujours choisir le moindre, dit-on. Que le locataire du Palais de Kosyam en fin de bail cède le pouvoir en 2015 ou non, si les grandes puissances ont un quelconque intérêt à le faire juger à la Haye, elles ressusciteront des dossiers comme ceux de Thomas Sankara et du Liberia pour le coincer. En décidant de foncer tête baissée pour défier ceux grâce à qui il est arrivé au pouvoir, il prend le risque de se retrouver un jour dans la même situation que Laurent Gbagbo, qui est en train de payer le prix de son entêtement, en prison. Les manifestations ont commencé dans la capitale burkinabè le même jour où la nouvelle de l’introduction d’un projet de loi à l’A.N. a été annoncée. L’on ne sait pas jusqu’où les autres manifestations d’ampleur plus grande programmées par les opposants et les leaders de la société civile nous mènerons. Même s’il se prend pour un cabri mort au point de ne plus avoir peur du sort qui pourra lui être réservé, Blaise doit arrêter de se conduire de façon têtue pour éviter le chaos dans son pays. Pourquoi n’annoncera-t-il pas en même temps, si tant est qu’il modifie l’article 37 pour consolider la démocratie au Pays des Hommes intègres, que même en cas de réussite de ce projet, il ne sera pas candidat à la présidentielle de 2015?

Peut-être se ferait-il alors prendre au sérieux puisque, dans le projet de loi, le nombre de mandats est limité à 3 au lieu de 2, et l’article 37 sera verrouillé. Le président du Faso est visiblement convaincu que la meilleure garantie pour lui de ne pas être inquiété par quelque juridiction que ce soit, c’est de rester et de mourir au pouvoir. Puisque l’Union africaine a décidé de ne livrer à la justice internationale aucune tête couronnée africaine en exercice, Blaise entend marcher dans les pas de son homologue soudanais Omar El Béchir qui a réussi jusque-là à échapper à l’exécution du mandat d’arrêt émis contre lui par la CPI. Et le calcul est simple à faire. A 63 ans, si le futur nouvel article 37 n’est pas rétroactif, il pourra s’offrir 15 ans de règne de plus, ce qui lui permettra, s’il a longue vie, de se donner le temps de préparer la relève dont il rêve ou, à défaut, de compter sur la grande faucheuse pour le mettre à l’abri de toute poursuite après-règne.

Les Echos du Faso

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