05232017Headline:

Burkina : Ce qu’il faut savoir sur l’exhumation des restes présumés de Sankara et pourquoi maintenant ?

Sankara-Compaoré

L’hymne national du Burkina Faso a été entonné mardi par la foule au passage du corbillard qui transportait les caisses contenant les restes présumés de Thomas Sankara, l’ex-président. Sa mort remonte au 15 octobre 1987, jour du coup d’Etat qui a porté son « meilleur ami », Blaise Compaoré, au pouvoir. Les corps de douze des compagnons du « Père de la révolution » sont aussi en cours d’exhumation dans ce cimetière de Dagnoën, un quartier de la capitale Ouagadougou.

Des « ossements » exhumés de la tombe supposée de Sankara

Après 27 ans d’un long combat pour les familles, les autopsies et l’enquête relancée en mars par le comité de transition vont peut-être permettre de lever un mystère judiciaire auquel l’avenir politique du pays est intimement lié. Décryptage.

Qui était Thomas Sankara ?

Pourfendeur du colonialisme et figure du panafricanisme, ce militaire qui prônait l’éthique en politique et voulait affaiblir le pouvoir féodal traditionnel des tribus est arrivé au pouvoir en Haute-Volta en 1983, à la faveur d’un coup d’Etat. Il a lutté contre la corruption et favorisé l’alphabétisation. Pas avare de symboles, il a aussi troqué les luxueuses voitures du palais présidentiel contre des Renault 5 et voyageait en classe touriste. C’est lui qui a rebaptisé la Haute-Volta héritée de l’ère coloniale en Burkina Faso. Il est mort à 37 ans, victime à son tour d’un énième coup d’Etat.

 

Le cimetière de Dagnoën sous bonne garde peandant les exhumations. – Theo Renaut/AP/SIPA

 

Comment est-il (officiellement) mort ?

« Le 15 octobre 1987, Mariam a déjeuné avec son mari puis elle est partie au travail, raconte Ferdinand Djammen Nzepa, l’avocat toulousain de la veuve de Thomas Sankara. L’après-midi, des coups de feu ont été entendus au Palais présidentiel. Elle a appris qu’il était mort mais depuis ce jour personne n’a jamais vu son corps ». Un certificat est ensuite délivré par un médecin militaire. Il mentionne « une mort naturelle ».

Le long combat judiciaire commence pour la famille persuadée qu’il a été exécuté.

Pourquoi une exhumation maintenant ?

Au pouvoir, Blaise Compaoré n’a cessé de bloquer, parfois pour des motifs futiles, les multiples procédures engagées par la famille pour faire jaillir la vérité. Mais le 30 octobre 2014, un soulèvement populaire l’a forcé à se retirer. Le comité qui assure la transition en attendant l’élection présidentielle prévue en octobre est bien mieux disposé sur le dossier Sankara.

D’autant que la ferveur populaire envers l’ex-président est montée d’un cran. Son effigie côtoie celle du « Che » sur les tee-shirts. L’enquête a été rouverte en mars et un juge d’instruction a été nommé. Il a nommé le collège d’experts – dont un légiste bordelais – chargé des exhumations et des autopsies. Il a aussi longuement entendu Mariam Sankara le 14 mai. « Le président du comité de transition nous a reçus à Ouagadougou, il nous a assuré que plus personne ne se mettra en travers de la procédure judiciaire », assure aussi Ferdinand Djammen Nzepa.

Et si ce n’était pas son corps ?

C’est le pouvoir de Blaise Compaoré qui a toujours assuré que Thomas Sankara était enterré au cimetière de Dagnoën, notamment en 2006 quand le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU lui a demandé des explications. Mais rien ne le prouve, dans l’attente des comparaisons ADN en cours qui devraient prendre entre un et deux mois. « S’il n’a pas été enterré là, Blaise Compaoré devra s’expliquer, assène l’avocat de la veuve. Nous ne sommes pas devant la Cour d’assises de l’Aveyron mais dans une affaire où un chef d’Etat a été assassiné par son meilleur ami ».

 

 

Et si c’est bien lui…

S’il s’agit du corps du « Père de la révolution », l’autopsie devrait éclairer les conditions de son décès. Le fameux médecin militaire qui a conclu à une mort naturelle devra s’expliquer. Et les circonstances de la mort du héros national devraient alors peser sur le scrutin présidentiel d’octobre. Une élection pour laquelle, après le passage de Mariam en mai à Ougadougou, la galaxie des multiples partis sankaristes a décidé de désigner un candidat unique : Bénéwendé Sankara. Il n’a pas de lien de parenté avec l’ex-président mais il est l’avocat de la famille depuis le début de l’affaire.

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