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Burkina Faso: Qui est le lieutenant-colonel Zida ? voici le passé de l’homme fort de la transition

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Soutenu par l’armée, l’homme fort de la transition suscite la défiance de l’opposition et de la société civile qui ne connaissent presque rien de son passé. Retour sur le parcours d’un officier qui a su habilement réagir à la chute du pouvoir.

Il ne lui a fallu que quelques heures pour passer de l’ombre à la lumière. Jusqu’alors numéro deux de la garde personnelle du président burkinabè déchu Blaise Compaoré, le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, 49 ans, a été désigné, samedi 1er novembre, par l’armée à la tête de la transition au Burkina Faso.

Comment cet inconnu du grand public est-il parvenu à griller la politesse au chef d’état-major général Nabéré Honoré Traoré et au général à la retraite Kouamé Lougué, les deux hauts-gradés pressentis un temps pour le poste ?

Commandant en second du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), une unité d’élite de l’armée qui assurait la sécurité de Blaise Compaoré, Isaac Zida a su rapidement marquer les esprits au moment où le pouvoir chutait. Devant les milliers de manifestants réunis place de la Nation, à Ouagadougou, il est apparu aux côtés de représentants de la société civile. “Le peuple du Burkina Faso est désormais acteur et témoin de son histoire, a-t-il lancé vendredi 31 octobre à la foule qui venait d’apprendre la démission de Blaise Compaoré. Les décisions ne seront pas prises dans les bureaux pour votre avenir. Vous aurez à chaque fois l’occasion de dire si vous marchez avec nous ou si vous n’êtes pas d’accord.”

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Le discours fait d’autant plus d’effet auprès des manifestants que, quelques minutes plus tôt, le controversé général Nabéré Honoré Traoré s’est proclamé chef de l’État sans consulter la société civile. Conspué par la rue burkinabè en raison de sa trop grande proximité avec Blaise Compaoré, ce dernier concèdera finalement la place au lieutenant-colonel Zida, dont les faits d’armes restent toutefois peu connus de ses concitoyens.

Un officier apprécié de ses hommes

Solide gaillard à la fine moustache et aux lunettes sans montures, Isaac Zida a, selon l’un de ses frères d’armes interrogé par l’AFP, été formé au Centre d’entraînement commando de Pô, dans le sud du Burkina Faso. Marié, père de trois enfants, il a œuvré, toujours selon l’AFP, comme casque bleu en République démocratique du Congo (RDC), puis comme officier de liaison dans le cadre de la médiation Compaoré durant la crise ivoirienne (2002-2011). Né le 16 novembre 1965 à Yako, dans la province du Passore (nord), Isaac Zida a suivi des études de langue en anglais à l’université de Ouagadougou jusqu’en 1989, avant d’intégrer l’académie militaire de Pô en 1993, rapporte l’envoyé spécial de RFI, Frédéric Garat.

Sa formation militaire le conduit à l’étranger : Maroc, Taïwan, Canada, Cameroun. Intégré ensuite au sein du RSP, il gravit rapidement les échelons de ce corps d’élite : commandant de compagnie, commandant de groupement puis chef de corps adjoint avant de finir numéro deux du Régiment.

À en croire plusieurs sources, Isaac Zida est apprécié de ses hommes. Comme le rapporte l’AFP, lorsqu’en 2011 a éclaté une mutinerie qui faillit emporter le régime de Compaoré, il fut l’un des rares au sein de la garde présidentielle à être épargné par les mutins.

Reste quelques fréquentations qui le placent un peu trop près du régime déchu. On dit l’homme proche du général Gilbert Diendéré, le chef d’état-major particulier de l’ex-chef de l’État, dont on est sans nouvelle. “Il fait partie des mêmes réseaux que Diendéré. Certains se méfient de lui”, indique à l’AFP une source sécuritaire, selon laquelle les deux hommes sont originaires de la même région.

“La place des militaires est dans les casernes”

Apprécié de ses pairs, Isaac Zida ne fait pas forcément l’unanimité auprès de la classe politique. Alors qu’il semblait être soutenu par une partie des manifestants, ceux-ci exigent désormais que la transition soit confiée à un civil.

Avec un officier propulsé du jour au lendemain de l’ombre des casernes à la lumière du pouvoir, l’incertitude demeure dans le pays. “Il sera vraiment intéressant de voir comment Zida va se comporter avec l’opposition, affirme Maja Bovcon, du cabinet britannique de consutling Maplecroft. “Au vu des rapides développements de ces derniers jours, il est difficile de dire quelles alliances vont se nouer, observe-t-elle sur le blog (en anglais) de la journaliste de France 24, Leela Jacinto. Cela peut changer très rapidement. Voyez, Traoré semblait en bonne posture puis c’est Zida qui est soudainement apparu comme l’homme fort de la transition.”

Deux jours après la chute de son président, le Burkina Faso a déjà assisté à la proclamation de deux dirigeants de transition. Doit-il s’attendra à une troisième annonce ?

france24

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