10232020Headline:

Burkina: Manifestation contre le pouvoir confiscation du pouvoir par l’armée

bf

OUAGADOUGOU (Reuters) – Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés dimanche matin à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, pour dénoncer la confiscation par l’armée de la transition politique deux jours après la démission du président Blaise Compaoré.
A l’appel de l’opposition, les manifestants ont convergé sur la place de la Nation, épicentre du mouvement de contestation qui a emporté en quelques jours seulement Compaoré après vingt-sept années passées à la tête du pays.
L’opposition, qui rejette la décision de l’armée de conduire la transition avant la tenue de nouvelles élections, dénonce un coup d’Etat militaire.
Dans un communiqué diffusé samedi soir, l’opposition politique et les organisations de la société civile “ont réaffirmé que la victoire issue de l’insurrection populaire appartient au peuple. Et, par conséquent, la gestion de la transition lui revient légitimement et ne saurait être, en aucun cas, confisquée par l’armée”.
L’état-major de l’armée a désigné samedi le lieutenant-colonel Isaac Zida, membre de la garde présidentielle, pour mener à bien la transition. La forme et le calendrier de cette transition seront précisées lors de consultations avec l’ensemble des acteurs de la société civile, a ajouté l’armée.
“Zida = Judas”, pouvait-on lire dimanche sur une pancarte brandie par un manifestant. “Zida, dégage”, proclamait une autre.
“Ils viennent de Kossyam pour nous réduire à l’esclavage”, a dénoncé dimanche Eric Sanou, un des manifestants faisant allusion au nom du palais présidentiel. “C’est un coup d’Etat. Zida est sorti de nulle part”, ajoute-t-il.
Un autre manifestant, Boubacar Sow, dit être venu sur la place de la Nation “pour empêcher l’armée de nous voler notre victoire”.
CONDAMNATIONS DE L’UNION AFRICAINE ET DES USA
L’Union africaine dans un communiqué diffusé samedi a condamné l’arrivée de l’armée au pouvoir et réclamé une transition civile. La présidente de la Commission de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, a souligné “le devoir et l’obligation des forces armées et de sécurité de se mettre à la disposition des autorités civiles qui seront chargées de conduire la transition et d’agir dans un esprit républicain”.
Mohammed Ibn Chambas, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest (UNOWA), s’est également prononcé pour la restitution du pouvoir à la société civile.
“Nous espérons une transition conduite par des civils conformément à la Constitution”, a-t-il déclaré, évoquant de possibles sanctions dans le cas contraire.
La constitution burkinabée prévoit qu’en cas de vacance à la tête de l’Etat, l’intérim soit confié au président de l’Assemblée nationale et une nouvelle élection organisée dans les 90 jours. Mais la chambre a été dissoute par l’armée au soir des violentes manifestations de jeudi dans le cadre de l’état d’urgence brièvement décrété par Compaoré.
Les Etats-Unis ont également condamné “la tentative de l’armée du Burkina d’imposer sa volonté au peuple du Burkina Faso” et exigé “de l’armée qu’elle transfère immédiatement le pouvoir aux autorités civiles”, selon une déclaration de la porte-parole du département d’Etat, Jen Psaki.
Washington pourrait geler sa coopération militaire avec le Burkina s’il considère que l’armée a bien procédé à un coup d’Etat.
Les bouleversements survenus en quelques jours à peine dans l’ex-colonie française sont également suivis de très près par la France. Le Burkina Faso est l’une des bases de l’opération Barkhane mise en place par Paris pour contrer les groupes islamistes au Mali et dans le reste de la bande sahélienne. Des forces spéciales y sont stationnées.
Vendredi, Paris avait salué la démission de Compaoré “qui permet de trouver une issue à la crise” et appelé à la “tenue rapide d’élections démocratiques”.
par Joe Penney et Nadoun Coulibaly
(avec Mathieu Bonkougou; Henri-Pierre André pour le service français)

Comments

comments

What Next?

Recent Articles