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Burkina /Un ancien député CDP de Blaise Compaoré, révèle: «Pour un rien, François Compaoré pouvait attenter à ta vie»

L’échec de la tournée de sensibilisation pro-référendum qui avait été entreprise par la section Houet du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) dans son fief, à Karangasso Sambla avait renforcé les suspicions sur sa démission future. Aujourd’hui, militant à visage découvert du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), Pierre Traoré, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est fier de dire à qui veut l’entendre qu’il est désormais affilié au parti des RSS (Rock, Salif et Simon) depuis janvier 2014. Déchu de sa mandature de député à l’instar de cent vingt-six autres élus, il a évoqué avec Lefaso.net le regard qu’il porte sur la transition en cours dans notre pays, la suite de sa carrière politique, le calvaire des anciens députés du CDP et bien d’autres questions. Lisez plutôt !

Lefaso.net : Quelles sont les raisons de votre départ du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l’ex parti majoritaire ?

Pierre Traoré : D’abord, il faut prendre les choses de façon globale. Les motifs qui ont poussé les camarades Rock Marc Christian Kaboré, Salif Diallo, Simon Compaoré…, à démissionner sont les mêmes qui m’ont motivé à partir du CDP. On avait les mêmes idéaux et on devrait quitter le CDP ensemble. Pour des raisons stratégiques, ils ont demandé à ceux qui étaient sous mandat de se retenir pour mener le combat à l’intérieur du CDP. Mes camarades ont eu le temps d’expliquer de long en large le motif de leur départ. Permettez-moi donc de ne pas revenir dessus.

Lefaso.net : A la veille du 30 octobre 2014, le faussé était grand entre les partis d’opposition et la majorité qui campait encore sur sa volonté de modifier l’article 37 de la Constitution . Pourquoi n’avoir pas démissionné (il a reçu la notification de sa démission ce 1er décembre 2014) en ce moment pour regagner le MPP et tous les Burkinabè qui se battaient contre la modification de l’article ?

Pierre Traoré : Vous savez ceux qui étaient à l’extérieur de l’hémicycle ne peuvent pas tout comprendre. Sinon, nous étions douze députés qui y travaillions pour le compte du MPP. Il y a eu des moments où ces douze députés avaient plus de problèmes que ceux de l’opposition et des camarades démissionnaires qui étaient en dehors de l’hémicycle. Vous savez, la machine du CDP était infernale. On avait à faire à des gens très féroces. La moindre contradiction pouvait engendrer une réponse énergétique. Pour un rien, les François (frère cadet du Président Compaoré) pouvaient attenter à ta vie. Malgré tout, les gens ont exprimé une résistance et c’est ce qui a conduit la direction du CDP à héberger les députés à l’hôtel pendant trois jours. C’est au cours d’une réunion que la décision de mettre tout le monde ensemble a été prise. On nous a hébergés à l’hôtel mais en réalité nous étions en résidence surveillée. Chaque député avait des éléments de sécurité derrière lui. Pour partir à la maison, dans une boutique, les députés étaient accompagnés par des éléments de sécurité. Malgré tout, le travail se faisait à l’hôtel.

Au sein du CDP, de l’UPR et même au niveau de l’ADF-RDA, des camarades à l’image du député Salif Belem avaient laissé entendre qu’ils n’allaient pas voter le « oui ». Malheureusement, on n’a pas été assez discret et des communications ont été interceptées. En réponse à nos agissements, des responsables de la majorité ont obligé tous les députés à signer des procurations vierges. Là, en cas d’absence, quelqu’un d’autre pouvait voter à la place des « fugueurs ». En effet, dès le moment où le pouvoir a su qu’un certain nombre de députés avaient planifié de s’évader la veille du vote, il est passé à la vitesse supérieure dans la pression et dans l’oppression. C’est ainsi que l’étau s’est resserré sur les élus nationaux et les députés de l’opposition ont commencé à douter de notre capacité à sortir des griffes du CDP. Sinon, on avait décidé de jouer notre part du boulot abattu par le peuple burkinabè mais les choses sont allées très vite dans la journée du 30 octobre 2014.

Lefaso.net : Tout de même, il ressort qu’il y avait des motivations pécuniaires pour le ralliement des députés qui devraient voter le « oui ». Combien avez-vous perçu ?

Pierre Traoré : Effectivement, un certain nombre de députés ont perçu de l’argent. Au sein de la majorité, ceux qui étaient ouvertement favorables au projet du vote ont eu leur butin. Au moins, cinq millions (5.000.000) de F CFA par député. Par contre, des députés du CDP qui étaient soupçonnés d’être de connivences avec l’opposition devraient percevoir leur argent après le vote. Personnellement, je n’ai rien reçu puisque j’étais dans le collimateur du CDP.

Lefaso.net : Des députés hébergés et sous surveillance comme des voleurs. Cela ne devrait pas être facile à vivre. Comment avez-vous vécu cette situation ?

Pierre Traoré : Ce n’était pas du tout facile. Tous ceux qui ont vécu la situation en live ne peuvent pas tout vous dire. Parce que de l’intérieur, on bavé plus que ceux qui étaient à l’extérieur. Il y avait de vraies menaces et la contradiction se payait au CDP. Il était plus facile de combattre le CDP de l’extérieur qu’à l’intérieur. Finalement, la solution est venue du peuple parce que seule une opposition populaire était en mesure de freiner la machine de l’ex majorité.

Lefaso.net : Quel regard portez-vous sur la transition ?

Pierre Traoré : La transition actuelle est la bienvenue. En ce qui me concerne, je suis parmi ceux qui se sont opposés ouvertement aux agissements de la section provinciale du CDP dans le Houet. J’ai toujours opposé un refus catégorique aux tournées de sensibilisation sur l’article 37. J’ai même boycotté les tournées de Salia Sanou dans mes fiefs électoraux. Depuis plus de dix ans, je me suis toujours opposé à l’actuel secrétaire général du CDP par rapport à certaines situations. La transition est venue sauver tout le monde. Ça va permettre à tout un chacun de réviser sa position pour que la nation reparte sur de nouvelle base. Nous, les emprisonnés du CDP sont libres maintenant d’aller là où on veut.

Lefaso.net : Pour le Premier ministre Yacouba Isaac Zida, le Burkina Faso doit pouvoir avancer avec tous ses fils et ses filles. Pensez-vous que ceux qui ont soutenu la majorité jusqu’à sa chute dans sa volonté de modifier l’article 37 peuvent jouer un rôle dans la transition burkinabè ?

Pierre Traoré : Vous savez, tous ceux qui étaient au CDP n’étaient pas pour la modification de l’article 37. Je pense qu’on doit situer les responsabilités et écarter effectivement ceux qui se sont illustrés de façons très négatives. Pour ce qui est de l’hémicycle, les députés se connaissent et ceux de l’opposition peuvent aider le peuple à blanchir les députés de la majorité qui s’opposaient au projet de modification de l’article 37

Lefaso.net : En restant au CDP jusqu’à la chute du régime de Blaise Compaoré, ne craigniez-vous pas d’être « vomi » par votre base ?

Pierre Traoré : Je pense qu’il n’y a pas de problème à ce niveau. Ma démission du CDP était connue depuis un certain temps. La rumeur a fait un gros travail et pendant longtemps, j’ai préparé ma base. Dans les faits, ce n’est pas Pierre Traoré en tant qu’individu qui part du CDP, mais tout un ensemble. Je pars avec un minimum de cinq maires de départements dans le MPP. Aujourd’hui, Karangasso Sambla, Fô, Péni Satiri sont prêts à me soutenir. Sur le plan politique, je ne crains rien. J’ai travaillé avec honnêteté et j’ai toujours mis ma base au courant de mes agissements. Je suis confiant.

Ousséni BANCE

Source: Lefaso.net

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