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Burkina /Compaoré et ses hommes soufflent le chaud et le froid

blaise comp.

Délesté de ”son” pouvoir par le rue burkinabé, Blaise Compaoré qui vit en Côte d’Ivoire depuis sa chute en octobre 2014, avait aussi pris le Maroc où il était ” en durée déterminée” comme une destination secondaire. Pendant ces deux derniers mois, l’ancien dictateur burkinabé occupait une suite du Sofitel Jardin des Roses gardée secrète jusqu’à la semaine dernière, accompagné d’une délégation réduite, selon Maghreb Confidentiel.

L’ancien homme fort du palais de Kosyam a quitté le Maroc mardi 29 septembre 2015 pour rejoindre la Côte d’Ivoire, annonçait la radio français Rfi. Officiellement, il est dit que Baise Compaoré veut prêter ses bons offices entre militaires du Régiment de la sécurité présidentielle (Rsp) et les autorités du Conseil national de la transition. Ce qu’il n’a pu faire pour lui-même et qui a eu pour conséquence sa chute en trois jours de manifestation. L’homme qui navigue désormais entre Abidjan et Rabat voudrait donc tenter de ”s’impliquer” dans la crise depuis le coup d’Etat ”le plus idiot” de son ex-chef d’état major Gilbert Dienderé, le 17 septembre.

De bonnes sources, l’idée viendrait de son ancien homologue togolais Faure Essossima Gnassingbé qui lui-même se propose de servir d’intermédiaire pour chercher à s’appuyer sur le « Beau Blaise » dans le but de peser sur les négociations et essayer de « faire revenir le général auteur du putsch à la raison », indique un sachant. Seulement voilà. L’ancien protégé du Mogho Naaba hospitalisé à l’hôpital militaire de Rabat, le 15 juillet dernier, coïncidence,  la veille de sa mise en accusation pour « haute trahison » et «  attentat à la Constitution » par le parlement intérimaire de son pays, ne pourra plus exécuter sa mission de bons offices si telle était vraiment son intention. Il est rentré précipitamment en Côte d’Ivoire où les autorités l’ont logé à Cocody les Deux-Plateaux dans une résidence ”digne de son rang”. De là les nouvelles qui lui parviennent de son Burkina natal ne sont pas reluisantes. Non, pas du tout !

En effet, ses copains broient du noir au pays d’où ils ne pourront plus ressortir, l’aéroport étant fermé et leurs passeports confisqués. Djibril Bassolé son ancien ministre des affaires étrangères a été arrêté à son domicile par des éléments de la gendarmerie, le mardi 29 septembre 2015. Le jour où Blaise Compaoré décidait de suspendre sa rééducation pour ”rupture du fémur après une chute”. Quatorze personnalités dont l’ancien ministre des affaires étrangères ont vu leurs avoirs gelés, le samedi 26 septembre par la justice. Laquelle justice a prolongé sa main pour bloquer aussi ceux de quatre partis, dont le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), de Blaise Compaoré.

Parmi les personnalités visées figurent notamment le général Gilbert Diendéré, son épouse Fatou Diallo Diendéré, ex-députée du CDP, et Sidi Pare, ministre délégué à la Sécurité, destitué de ses fonctions vendredi 25 septembre. Least but not last. Le régiment de sécurité présidentielle (Rsp) qui se croyait intouchable a été désarmé de force après un assaut des forces armées nationales du Faso sur le camp Naaba-Koom II où les putschistes s’étaient cloîtrés sous la supervision de leur chef le damné général Gilbert Diendéré.

Ce dernier bombait la poitrine en se faisant passer pour le ”président” du Conseil national de la démocratie l’éphémère concept qu’il a dirigé. Désormais Diendéré se dit prêt à se « mettre à la disposition de la justice » de son pays. Ca ne pouvait en être autrement quand « Un assaut a été donné. Il n’y a pas eu d’affrontement. Ils (l’ex-RSP) ont quitté la caserne », selon le chef d’état-major des armées, le général Pingrenoma Zagré.
Mais aux dernières informations données par le général putschiste qui avait appelé dans le même temps sur une radio burkinabè ses hommes à « déposer les armes pour éviter un bain de sang », l’assaut aurait fait des morts. L’ancien chef d’état major de Blaise Compaoré qui s’était réfugié « dans un endroit sûr » a toutefois trouvé des mots pour faire l’état des lieux. « Ils ont sorti l’artillerie (…) Ils ont tiré sur le camp. Malheureusement il y avait des familles, la clinique (dans le camp). Il doit y avoir beaucoup de morts et de blessés », déclarait Gilbert Diendéré tard dans la soirée de mardi. Toutefois aucun bilan n’était encore établi dans la journée du mercredi 30 septembre 2015.

On est passé de simples échauffourées entre frères d’armes à un véritable assaut de libération qui scelle la victoire définitive de Michel Kafando, de son Premier ministre Isaac Yacouba Zida, du gouvernement et du peuple burkinabé sur les ”forces rétrogrades” conduites par Gilbert Diendéré. Le sort est donc scellé pour les putschistes, d’ailleurs, depuis mercredi 30 septembre, une source en Côte d’Ivoire localisait des ”parents de Gilbert Diendéré” réfugiés dans un hôtel de la ville balnéaire de Grand-Bassam.

Si pour certains analystes, il y aurait encore un brin d’espoir, pour d’autres en revanche, le camp Compaoré a définitivement perdu le bras de fer engagé avec les nouvelles autorités. Ces derniers analystes établissent leur conviction sur la base des dernières décisions des Marocains. Le royaume chérifien a clairement signifié tout son soutien au président de la Transition burkinabé Michel Kafando. Après qu’il ait laissé ses collaborateurs rassuré Blaise Compaoré qu’il est ”amené à revenir”, le roi du Maroc a rapidement adressé un “message de félicitations” à Michel Kafando, au surlendemain de sa prestation de serment. « Votre désignation (…) répond à la volonté du peuple du Burkina Faso d’aller de l’avant sur la voie de la consolidation de la démocratie », a déclaré Mohammed VI, selon l’agence officielle MAP. Avant de promettre le “soutien constant du Maroc” et réaffirmé sa “ferme détermination à œuvrer, de concert avec M. Kafando, pour conférer une dynamique renouvelée aux relations de coopération fructueuse et de solidarité agissante”. Vu d’Abidjan, ça parait surréaliste.

De quoi faire réfléchir un Blaise Compaoré qui a désormais pour seul socle, le pouvoir ivoirien. Accueilli en première intention dans la capitale politique, Yamoussoukro dans le ”Giscardium” villa située dans la cité des hôtes et qui tient son nom de l’ancien président français Valérie Giscard d’Estaing. C’est plutôt la capitale économique, Abidjan, qui ferait l’affaire des hôtes de Blaise Compaoré, le régime ivoirien de plus en plus critiqué. La superbe villa mise à sa disposition dans le chic quartier des Deux-Plateau ne désemplissait d’ailleurs pas. Des anciens rebelles ivoiriens, aux pontes du régime d’Abidjan en passant par ses principaux collaborateurs et des membres du Rsp, Blaise Compaoré avait fait de sa résidence de Cocody, une haute place où il concoctait toutes les stratégies de reconquête du pouvoir perdu au Burkina Faso. Mais c’est désormais du passé.

Par Simplice Allard

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