05252017Headline:

Cité dans les « Panama Papers », le président du Sénat Nigérian refuse de démissionner

senat nigerian

(Agence Ecofin) – La pression monte sur Bukola Saraki, le président du Sénat nigérian, qu’une partie de ses collègues sénateurs souhaitent voir démissionner, depuis des révélations du scandale des Panama Papers, faisant état de ce que sa femme, Toyin Saraki, détenait au nom de son mari, des avoirs offshores. Dans les réseaux sociaux et dans les quartiers de Lagos une partie de la population se préparait à effectuer des marches de protestation ce lundi 11 avril 2016.

Si détenir un compte offshore n’est pas en soit un problème, l’affaire tombe au plus mal pour M. Saraki, car elle survient alors qu’il fait face au Tribunal du Code de Conduite pour des accusations de déclarations incomplètes de fortune, du moment où il était gouverneur d’un des Etats du pays. Michael Witkas, l’enquêteur en chef de la Commission des Crimes Financiers et Économiques, sur le dossier Saraki, intervenait jeudi 7 avril devant les juges comme témoins à charge. Selon lui, le président du Sénat aurait détourné et blanchi via des comptes bancaires en Grande Bretagne et aux États-Unis, près de 1,5 milliard de livres sterling.

Mais Saraki a indiqué qu’il ne démissionnerait pas car,même s’il a une affaire encore pendante devant les instances judiciaires, le droit pénal nigérian est régit par la règle de la présomption d’innocence. Il réfute aussi l’idée selon laquelle les révélations des Panama Papers sont une preuve d’un acte fautif de sa part. Mais au sein de l’opinion, on note que les biens et les avoirs cités dans le cadre de ce scandale international n’avaient pas été mentionnés par l’actuel président du Sénat, au moment où il est devenu le gouverneur et après, lorsqu’il a été élu président du Sénat.

Le gouvernement fédéral du Nigéria a ouvert une enquête sur toutes les personnalités du pays citées dans le cadre de ce scandale. On retrouve, outre Bukola Saraki, David Mark, son prédécesseur au poste de président du Sénat, Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique, un cousin de ce dernier, et un ancien général à la retraite. Tous ont déjà réfuté avoir commis des actes répréhensibles. C’est la première grosse réaction en Afrique subsaharienne depuis la publication de cette information par le Consortium International des Journalistes d’Investigation.

Des personnalités ou leurs proches ont été citées dans plusieurs pays de la région. On retrouve ainsi des cas en Angola, au Rwanda, en République Démocratique du Congo, en Afrique du sud, au Sénégal. En Afrique du nord, ce sont des personnalités égyptiennes qui sont indexées dans l’affaire. Mais certains analystes, notamment de la plateforme d’intelligence stratégique Strafor, estime que les Panama Papers, qui ont fait perdre son job au premier ministre Islandais, ne risquent pas de susciter plus d’émotions que cela, dans une Afrique où la corruption et le détournement sont devenus presqu’un mode toléré de circulation de la richesse.

Le Panel de Haut Niveau de l’Union Africaine en charge de lutter contre les flux financiers illicites et qui est présidé par l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki, a invité les gouvernements africains concernés à prendre des mesures non seulement dans le cadre de cette affaire, mais aussi dans le sens de limiter le recours à des paradis fiscaux. Si l’Afrique est souvent le lieu où on retrouve les champions de la corruption dans les classements mondiaux, un classement de Tax & Justice Network a démontré que les pays occidentaux étaient les plus grands fournisseurs de services pour la dissimulation des avoirs financiers illicitement acquis dans le monde.

L’évolution de l’affaire est donc à suivre au Nigéria. Mais elle a déjà pris les allures d’une bataille politique. Le président du Sénat est soutenu par une partie de sa famille politique qui estime que demander à un Président de Sénat de démissionner serait porter un coup dur à l’image de l’institution.

Bukalo Saraki, pour sa part, a indiqué faire « l’objet d’un complot » de la part de ses ennemies « bien connus », et qui ont payé des gens afin de stimuler une protestation sociale.

Idriss Linge, à Lagos

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