12142017Headline:

Corruption, broutage et travaillement/gavage sans retenue et sans limite qui s’opère au plus haut sommet des Etats/d’Abidjan à…

Il arrive cependant parfois qu’au détour d’une conversation, dans la touffeur de la nuit, une petite voix s’élève, presque craintive, pour raconter le gavage sans retenue et sans limite qui s’opère au plus haut sommet des Etats.

Corruption, broutage et travaillement 

La corruption, c’est quoi ? Définition: la corruption est la perversion ou le détournement d’un processus ou d’une interaction avec une ou plusieurs personnes dans le dessein, pour le corrupteur, d’obtenir des avantages ou des prérogatives particulières ou, pour le corrompu, d’obtenir une rétribution en échange de sa complaisance.

Chacun de nous a son propre avis sur la corruption. Dans les maquis d’Abidjan, Kinshasa ou Lusaka, on relève volontiers que la corruption est universelle, que s’il y a un corrompu, il y a forcément un corrupteur, et qu’en matière de corruption, l’Occident n’a de leçon à donner à personne. Soit.

Il arrive cependant parfois qu’au détour d’une conversation, dans la touffeur de la nuit, une petite voix s’élève, presque craintive, pour raconter le gavage sans retenue et sans limite qui s’opère au plus haut sommet des Etats. Pour ensuite contaminer  toute la pyramide du pouvoir, des partis, des administrations, jusqu’au bas de l’échelle, où chacun, à son niveau, « fait pour lui ».

Un flux continu d’argent détourné, une pluie de milliards, de millions, détournés de leur affectation initiale, qui clochardise des sociétés entières, prive les gens de leur droit aux soins de santé, à l’éducation, à un environnement salubre. Tout cela pour financer des séjours dans des palaces, assouvir des envies de shopping de luxe partout dans le monde. Tout ça pour ça ?

Peut-on faire « bonne chose » avec de l’argent puisé dans les caisses publiques, alors qu’on sait parfaitement que cela pénalise, voire condamne à la misère ou à la mort, ses propres compatriotes ? Où est le sens du devoir, la défense du bien commun ? Pas de pitié pour son propre pays ? Au sein de certaines sociétés, la corruption est tellement généralisée, qu’on finirait presque par passer pour un traître ou un idiot si on refusait de « manger » dans l’abreuvoir, et de glisser dans son attaché-case les liasses de billets entourées d’élastiques, gonflant des enveloppes papier kraft et couleur kaki.

Je pensais à tout cela en visionnant dernièrement l’excellent film « Vivre riche », de l’auteur-réalisateur ivoirien Joël Akafou, qui met en scène les jeunes « brouteurs » d’Abidjan. Leur ingéniosité, leur sens de la répartie, la psychologie dont ils font preuve, leur permet d’arnaquer via internet des hommes et des femmes esseulés, en Europe ; et d’encaisser ainsi une « dette coloniale » qu’ils vont ensuite brûler dans les boîtes et les maquis.

Sur des airs de coupé-décalé, cette jeunesse mutante, déboussolée par les années de guerre civile, s’est créé de nouveaux codes. Dans le film, les scènes de « travaillement », où un brouteur jette sur le dance-floor des liasses de billet de 10 000 Fcfa ou 5 000 Fcfa, sont spectaculaires.

Difficile de ne pas faire un lien avec les en-hauts d’en-haut qui sortent leurs liasses lors des fêtes qu’ils organisent et celles qu’ils honorent de leur présence, où les artistes qui se produisent sont arrosés de billets de banque, destinés à récompenser leurs prestations. Cet argent a-t-il été honnêtement gagné ? Est-ce l’argent de la corruption, qui, au final, présente aussi peu de valeur que celui gagné par les brouteurs, et qui « travaille » dans des boîtes où l’on s’étourdit et danse sur un volcan jusqu’au bout de la nuit ?

Est-il pertinent de faire un lien entre la corruption et le broutage ? Je me permets de lancer le débat, partant du principe que les deux pratiques sont également répréhensibles, mais toutes deux largement pratiquées, au vu et au su de tous. Sur l’échelle de la respectabilité sociale, qui est le plus admiré ? Le corrompu qui détourne de l’argent public de manière industrielle, au volant de sa voiture super luxe ? Ou le jeune brouteur, plus artisanal, qui débrouille dans son cybercafé, et invite tous ses potes pour des soirées délirantes lorsqu’il a réussi à « blaguer » des Européens naïfs ?

Dans les deux cas, les liasses de francs Cfa ne sont guère le fruit d’un travail, d’un job. Mais relèvent bien plutôt d’un vol avéré, teinté d’une connotation mystique, marque du savoir-faire des féticheurs des uns et des autres.

Catherine Morand

fratmat.info

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