07212018Headline:

Deux mois ferme pour le cyberactiviste burkinabé: “Un recul de la liberté d’expression”

Sur les trois chefs d’accusation pour lesquels l’activiste Naïm Touré était poursuivi, un seul a finalement été retenu contre lui le 3 juillet, par le tribunal de Ouagadougou. La condamnation à deux mois ferme est jugée « décevante » par ses avocats, qui n’excluent pas de faire appel.

Deux mois de prison ferme. Naïm Touré, cyberactiviste burkinabè suivi par plus de 34 000 personnes sur Facebook, était jugé pour « incitation de trouble à l’ordre public », « participation à une entreprise de démoralisation des forces armées de nature à nuire à la défense nationale » et « offre non agréée de complot contre la sûreté de l’État ». Il a été reconnu, mardi 3 juillet, par le tribunal de Ouagadougou, « coupable de provocation non suivie d’effets » pour le premier chef d’accusation.

Lors de l’audience du 27 juin, durant laquelle le Parquet avait requis une peine de douze mois de prison ferme, les avocats du prévenu avaient plaidé sa relaxe, soutenant que son dossier est vide et l’infraction non constituée.

« Ce verdict est décevant et scandaleux »
Si le tribunal a finalement tenu compte de leurs remarques, ne retenant pas les deux derniers chefs d’accusation, les avocats de la défense n’ont pas caché leur mécontentement face à cette condamnation. « Ce verdict est décevant et scandaleux pour nous dans la mesure où le tribunal a manifestement voulu satisfaire le Parquet en condamnant notre client a minima, estime Me Ambroise Farama, contacté par Jeune Afrique. Nous dénonçons un recul de la liberté d’expression au Burkina Faso et allons aviser avec notre client. Nous n’excluons pas de faire appel de cette décision car au regard des débats, le tribunal n’avait aucun moyen de prononcer une telle condamnation ».

Interpellé par la gendarmerie burkinabè le 14 juin, Naïm Touré avait été placé en garde à vue pendant cinq jours, inculpé, puis déféré à la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco), le 19 juin.

À l’origine de cet épisode judiciaire, une publication Facebook dans laquelle le cyberactiviste de 35 ans exprimait son indignation suite à la prise en charge des soldats burkinabè blessés durant des opérations de l’Unité d’intervention de la gendarmerie burkinabè. L’activiste évoquait nommément le cas du maréchal des logis Yassia Sawadogo, décédé le samedi 19 août 2017, à la suite de ses blessures liées à l’attaque du restaurant Aziz Istanbul, le 13 août. Mais également celui d’Henri Traoré, blessé lors de l’opération de neutralisation de terroristes à Rayongo, le 22 mai dernier, et dont l’évacuation, pourtant recommandée par son médecin, n’a été effective qu’après les critiques de l’opinion publique. Dans sa publication, Naïm Touré distinguait particulièrement les « politicards » et « le politicien de la majorité actuelle MPP [Mouvement du peuple pour le progrès, ndlr] ».

Plusieurs acteurs de la société civile burkinabè – le Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP), le Réseau national de lutte anti-corruption (Ren-Lac) et les « Africtivistes » (présents au Burkina Faso les 22 et 23 juin dans le cadre de leur 2e sommet) – ont exprimé leur soutien au cyberactiviste.

Trois affaires en trois ans
C’est la troisième fois en trois ans que Naïm Touré fait face à la justice burkinabè. En 2016, il avait été placé en garde à vue, puis relaxé, après des révélations sur des problèmes de santé de l’adjudant-chef Moussa Nébié, dit « Rambo », enfermé à la Maco suite au putsch de 2015.

En 2017, il avait écopé d’une condamnation pour « injures publiques » face au conseiller spécial de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Salif Diallo.

jeune afrique

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