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Diaspora : Angelle Kwemo, ex-“Madame Afrique” du Congrès américain, crée son entreprise

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Diaspora : Angelle Kwemo, ex-“Madame Afrique” du Congrès américain
“J’ai plus appris sur l’Afrique durant mes années à Washington qu’à Douala”, dit celle qui s’est donnée corps et âme pour rapprocher les États-Unis de l’Afrique.

Femme d’affaires, stratège, activiste de la cause des jeunes et des femmes, mais surtout défenseur de la participation des Africains dans les plateformes de décisions internationales, Angelle Kwemo multiple les casquettes. À 48 ans, après avoir été la « Madame Afrique » de Capitol Hill pendant plus de sept ans, elle décide de mettre un terme à sa carrière dans le public et crée son entreprise : A StrategiK Group. Elle ne change pas pour autant et continue de poser des ponts entre l’Afrique et les États-Unis. De fait, elle conseille les entreprises américaines qui souhaiteraient s’installer sur le continent, ainsi que les décideurs africains intéressés par les États-Unis.

Les premiers pas d’un parcours d’exception
Angelle Kwemo commence sa carrière de façon plutôt classique, en allant étudier puis travailler en France. En 1996, elle rentre au pays et officie successivement pour les succursales camerounaises de deux groupes français spécialisés dans la logistique, Bolloré et Géodis. Mais cela ne lui suffit pas. En 2001, elle décide de reprendre ses études et s’envole pour les États-Unis. Onze ans plus tard, la voilà naturalisée américaine, une consécration méritée à la suite d’une carrière passée à rapprocher le continent africain de la première puissance mondiale.

Une Camerounaise au Congrès
« Quand je suis arrivée aux USA, les gens connaissaient mal l’Afrique. Ils ne la regardaient pas comme je la regardais, moi qui suis africaine. C’est normal, les politiques répondent à l’opinion publique, et, à l’époque, l’Américain moyen ne voyait pas encore l’intérêt que pouvait représenter le continent », explique celle qui a participé à changer cette perception. « J’ai donc dû faire un travail de fourmi. J’ai participé à tellement de réunions de mobilisation, à l’organisation de tellement de hearing au sein du Congrès ; j’ai poussé, répété l’intérêt de placer le continent dans l’agenda de la politique commerciale US… » se souvient-elle. Un travail pédagogique de longue haleine qui a fini par porter ses fruits. Conseillère législative du puissant Congressman Bobby Rush, à la tête du comité sur l’énergie et le commerce, elle a œuvré sans relâche à l’amélioration des relations économiques entre les USA et l’Afrique, et notamment sur la politique d’export américaine en direction du continent. Mais son vrai rôle s’est joué dans les coulisses.

Angelle Kwemo, une pasionaria du rapprochement entre l’Afrique et les États-Unis.
Un travail public, mais aussi en coulisses
Cheville ouvrière de la loi sur le commerce US-Afrique, Angelle a multiplié les actions de sensibilisation au sein de l’organe législatif américain. Elle a coordonné l’« African Partnership for Economic Growth Caucus », un groupe parlementaire défendant le décollage économique africain, et créé le « Congressional African Staff Association » au sein de laquelle elle a sensibilisé ses collègues aux opportunités de l’Afrique. Une méthode qui a réussi puisque l’investissement en Afrique est devenu une pièce centrale de la politique américaine. « Depuis deux ans, je perçois un changement. Je peux dire avec fierté que j’ai participé à faire évoluer la vision des Américains sur l’Afrique », dit-elle, non sans fierté. « J’ai plus appris sur l’Afrique au Congrès, qu’en étant au Cameroun. À Washington, j’ai compris que l’Afrique était complexe et diversifiée. J’ai maintenant un regard beaucoup plus panafricain qu’avant. »

Afrocapitalisme sans frontières
Désormais, elle consacre son temps entre Washington, Douala et Lagos à développer son entreprise, même si elle n’oublie pas de continuer sa mission de sensibilisation à travers son organisation « Believe in Africa » qui vient d’ouvrir un bureau à Paris. Le Nigeria est son cœur de cible business parce que, comme elle aime à le décrire, ce pays a un secteur privé très vibrant et entre les mains des locaux. « Je suis une ardente partisane du secteur privé. Les échanges commerciaux ne sont désormais plus dirigés par les gouvernements mais par les entreprises. Les secteurs privés ont un énorme rôle à jouer dans le développement économique du continent ! »

Un atout de taille : sa double culture africaine et américaine
« Je peux vivre un mois sur le terrain africain, je suis chez moi, ce que ne pourrait pas faire quelqu’un qui ne connaît pas la culture locale. Inversement, je connais également les forces et les faiblesses des entrepreneurs africains par rapport aux normes américaines puisque je suis bien au fait des standards américains », détaille celle qui affiche ses deux appartenances avec fierté. Sa double culture lui permet d’être une observatrice aguerrie de la relation commerciale de deux rives de l’Atlantique. « Les gens n’avaient pas vu le potentiel du secteur privé africain. Il a fallu que deux géants comme l’Afrique du Sud et le Nigeria émergent pour qu’enfin l’on se rende compte du potentiel du continent et que l’on veuille bien y participer. » L’ancienne habituée des couloirs du Congrès regrette cependant que tout soit politisé dans le district de Columbia. « L’Afrique est utilisée à des fins de politique politicienne. Tout ce que fait Barack Obama, même son déplacement récent en Afrique de l’Est, a été critiqué. Alors que sur l’Afrique en général les deux partis [Républicains et Démocrates] sont d’accord, que l’on parle de paludisme ou de sida, ou de l’intérêt économique de l’Afrique. » De l’autre côté, elle regrette également de voir le climat des affaires des pays d’Afrique francophone ne pas prendre son envol faute de ne pas être assez libéralisé.

Un success-story, oui, des leçons aussi
De ses expériences extraordinaires, Angelle Kwemo a tiré un livre, à paraître fin 2015. De quoi parlera-t-il ? « De mes plus gros challenges et handicaps, du fait que je sois une femme de couleur, du fait que, sur le continent, on ne fasse pas encore confiance aux femmes comme on le fait aux hommes. Malgré mon parcours, j’ai parfois l’impression que l’on serait plus assuré si la même présentation était faite par un homme blanc », déclare-t-elle avec une pointe de tristesse dans la voix. Ce livre sera un peu sa façon à elle de partager son expérience avec des jeunes qui voient grand. Elle y parlera de la double discrimination de la femme noire, « plus violente en Afrique qu’aux États-Unis ». En somme, du parcours et de la success-story d’une Camerounaise devenue leader africaine-américaine avec comme dessein principal de rapprocher les États-Unis de l’Afrique.

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