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Failles dans le corps militaire /Stop aux « Coups d’Etat » en Afrique

APRnews- Le vent des indépendances qui a soufflé sur l’Afrique a connu bien de pages sombres. Déjà en 1963, sous « le soleil des indépendances », le continent noir enregistra son 1er coup d’état militaire au Togo. Les années qui suivirent ne furent pas également moins tumultueux pour plusieurs régimes.

Plus de 50 coups d’état militaires secouèrent l’Afrique. Si, à en croire certains analystes, le renversement de quelques régimes fut salutaire, il est opportun de reconnaitre que les coups d’états ont généralement opéré un rétropédalage dans le processus de développement de notre continent.

Les raisons des coups d’état ne sont pas forcément à rechercher dans le mécontentement des populations ou dans la gestion opaque des gouvernants. Il convient d’interroger le rapport que les militaires ont avec leur fonction.

Failles dans le corps militaire

A bien des égards, le corps militaire a manqué à son devoir de loyauté et de fidélité à la nation. En effet, le citoyen qui embrasse la fonction militaire est appelé à défendre l’Etat au prix de sa vie et à protéger la population.

C’est un sacerdoce qu’il ne saurait aucunement trahir. Les armées occidentales, pour avoir intégré cette donne dans leur mode de fonctionnement, inspirent respect et confiance, elles sont devenues les partenaires de la population. Pour preuve, bien de nos chefs militaires sont formés dans les écoles militaires européennes notamment à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr en France.

L’idée n’est pas seulement de donner la formation aux militaires, mais surtout de leur inculquer des valeurs. Il s’agit par exemple, de faire en sorte que les populations aient une image positive de l’armée, que les relations entre les chefs militaires et leurs subalternes ne soient pas rompues etc.

En Afrique en général et singulièrement en Côte d’Ivoire, l’armée n’est pas toujours perçue comme la première partenaire de la population. Dans son rapport mondial 2017, Human Rights Watch ouvre une lucarne sur les évènements de 2016 en Côte d’Ivoire.

Selon cette organisation : « Les forces de sécurité ont continué à être impliquées dans des actes d’extorsions, des systèmes d’impôt parallèles et d’autres agissements criminels pour tirer profil de l’exploitation illégale du cacao, du diamant et d’autres ressources naturelles (…) Les actes d’extorsion commis par les forces de sécurité positionnés sur les postes de contrôle illégaux restent prégnant sur les routes secondaires dans les zones rurales… »

Cet extrait porte la lumière sur le fossé existant entre l’armée et les populations.

L’armée n’est donc plus celle qui protège mais plutôt une force qui hante les citoyens, préoccupée par le gain facile. Ayant ainsi rabaissée ses valeurs, elle est portée à prendre des raccourcis pour s’emparer du pouvoir.

Précisons en outre que les chefs militaires sont souvent loin des réalités de leurs éléments. Certains vivent loin des casernes, dans des lambris dorés. Les soldats, appelés à défendre la nation, sont livrés à une vie « défraîchie ».

Pour exprimer leur mécontentement face à cette situation, les militaires ivoiriens ont protesté les 05, 06 et 07 janvier 2017 dans les casernes. Ce soulèvement est la preuve de la rupture. Pourtant, un chef militaire est aussi un excellent manager à l’image de Napoléon Bonaparte.

L’histoire de cet homme indique que ses soldats étaient tous prêts à le suivre partout et à mourir pour lui. La raison de l’engagement de ses troupes se trouve dans l’extraordinaire capacité de management de Bonaparte.

Il savait comment mener ses hommes avec brio. Cette capacité à porter les troupes fait défaut d’où les déviations constatées au sein de l’armée : mutineries, rackets, voies de fait, tueries sommaires etc.

L’impérative paix

Au sortir de la crise post-électorale, la Côte d’Ivoire a fait un bond économique. En 2016, selon le FMI, « la croissance économique a atteint environ 8% du PIB et ce, malgré les effets climatiques sur la production agricole ».

Dans la même veine, les données du Centre de Promotion des investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI), précisent que 12 166 entreprises créées sur l’année 2016. Lentement, la paix s’installe quoiqu’il reste encore de gros efforts à faire en direction de l’opposition. En un mot, la Côte d’Ivoire est sur la bonne voie. Faut-il troubler cet élan par des actions militaires ?

Comme on le sait, la Côte d’Ivoire demeure avant tout le miroir de la sous-région. La santé économique d’un grand nombre de pays de l’espace UEMOA est tributaire de celle de la Côte d’Ivoire. Autrement dit, un coup d’Etat aura d’énormes conséquences. Au nombre des conséquences, notons que la fermeture de certaines entreprises et le départ des investisseurs augmenteront inévitablement le nombre de chômeurs.

La paupérisation gagnera en grade. De plus, il n’est pas exclu que l’on s’installe dans un cycle d’instabilité et de violence qui feront de la Côte d’Ivoire un pays peu fiable. En outre, un renversement du régime entrainera inévitablement le gel des programmes de développement. Ce sont plusieurs projets qui resteront en rade dans l’attente de la stabilisation socio-politique. Au total, un coup d’état serait plus dommageable pour les populations que salutaire.

Alors, comment éviter que des militaires cèdent aux velléités de changements inconstitutionnels de régimes ?

En occident un militaire est un héros qui fait rêver toute la société. Les citoyens sont toujours heureux de faire un « selfie » avec des éléments de l’armée. Nous devons faire en sorte que cette image parfaite de l’armée soit une réalité en Afrique. Pour cela, il est nécessaire de corser les conditions de recrutement à l’armée.

Par exemple, instaurer un test de dépistage obligatoire qui permettra de savoir si le candidat consomme la drogue. Que l’ensemble des tests soient effectués par un laboratoire agrée. L’exigence d’un tel protocole tire sa légitimité du fait que des candidats aux concours administratifs « achètent » des certificats d’aptitude pour constituer leurs dossiers.

Par ailleurs, il convient d’améliorer les conditions de vie et de travail des forces armées. Il est clair que des conditions mauvaises constituent des freins dans la bonne exécution des missions des militaires.

En outre, ils doivent se comporter dignement, se vêtir correctement afin que la population soit fière d’eux. L’armée n’a pas à indisposer, bien au contraire, elle doit rassurer.

Aussi, il importe de dépolitiser la grande muette. Sa vocation n’est pas de se mettre au service d’un régime ou d’un clan politique. Elle reste une force au service de l’Etat.

Pour éviter que des arguments politiques servent aux militaires, il convient d’ouvrir le jeu démocratique à l’ensemble de la classe politique, de créer un climat propice à l’alternance.

A ces conditions, il est certain que les coups d’Etat ne seront que de vieux souvenirs. La construction d’une Afrique prospère fondée sur une croissance inclusive et un développement durable, exige que de gros efforts, et chacun, à son niveau, devrait y contribuer.

Serge Kamagaté

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