05232022Headline:

Hong Kong : l’ancien chef de la sécurité John Lee prend la tête de l’exécutif

Hong Kong n’a jamais été une démocratie, ce qui a alimenté pendant des années la frustration de la population et des protestations parfois massives et violentes.

Le chef de l’exécutif hongkongais est désigné par un “Comité électoral” de 1 461 personnes – soit 0,02 % de la population – composé de représentants de l’élite politique et économique acquis à Pékin.

Les manifestations ont été largement interdites à Hong Kong, les autorités ayant recours à une interdiction des rassemblements publics de plus de quatre personnes en raison du Covid-19, ainsi qu’à une nouvelle loi sur la sécurité nationale.

Selon les médias locaux, environ 6 000 à 7 000 policiers ont été mobilisés pour éviter tout incident pendant le processus de désignation.

La Ligue des sociaux-démocrates – l’un des derniers groupes prodémocratie – a organisé une manifestation de trois personnes avant l’ouverture des bureaux de vote, scandant “le pouvoir au peuple, le suffrage universel maintenant”.

“Nous savons que cette action n’aura aucun effet, mais nous ne voulons pas que Hong Kong soit complètement silencieuse”, a déclaré la manifestante Vanessa Chan, sous le regard de dizaines de policiers.

Sous Xi Jinping, Pékin a imposé en 2020 à l’ancienne colonie britannique une loi draconienne sur la sécurité nationale qui a étouffé toute dissidence, ainsi qu’une réforme du système politique pour faire en sorte que Hong Kong soit dirigé exclusivement par des “patriotes” loyaux envers le régime chinois.

Selon les analystes, c’est le fervent soutien de John Lee à cette campagne de répression qui lui a valu d’obtenir la confiance du régime chinois, traditionnellement méfiant à l’égard des élites politiques de Hong Kong. “Il est l’homme qui a réussi le test”, a affirmé Lai Tung-kwok, le prédécesseur de John Lee à la tête de la sécurité de Hong Kong.

Mais cela vaut aussi à John Lee de figurer sur une liste de personnalités chinoises et honkongaises sanctionnées par les États-Unis.

Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a réagi en dénonçant une désignation qui “viole les principes démocratiques et le pluralisme politique”.

“Le processus de sélection” de cet ancien policier responsable de la sécurité de la ville “est une nouvelle étape dans le démantèlement du principe ‘un pays, deux systèmes’. Les autorités chinoises et de Hong Kong doivent respecter leurs engagements nationaux et internationaux”, a-t-il déclaré sur son compte Twitter.

John Lee héritera d’une ville en difficulté. Le mouvement prodémocratie a été écrasé par la loi sur la sécurité nationale, mais une grande partie de la population éprouve toujours un sourd ressentiment à l’égard de Pékin et de la colère contre les inégalités profondément ancrées dans la société hongkongaise.

Et Hong Kong, troisième place financière mondiale, continue de vivre pratiquement coupée du monde en raison de ses restrictions drastiques contre le Covid-19.

Sous le slogan “Entamer ensemble un nouveau chapitre pour Hong Kong”, l’ancien chef de la sécurité a promis une gouvernance “orientée vers les résultats”. Mais son programme de 44 pages, publié la semaine dernière, comporte peu de mesures concrètes.

John Lee a assuré qu’il révélera plus de détails après sa prise de fonctions le 1er juillet, jour du 25e anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine par le Royaume-Uni.

Faisant la queue à l’extérieur d’un restaurant dimanche, Alex Tam, un résident de 25 ans, a déclaré que lui et ses amis ne prêtaient guère attention à la procédure.

“C’est juste un geste vide”, a-t-il déclaré à l’AFP. “S’il n’a pas écouté les manifestants, je ne vois pas comment il écouterait les jeunes maintenant, surtout ceux qui critiquent le gouvernement.”

L’homme d’affaires à la retraite Yeung Wing-shun s’est montré plus positif, disant espérer que John Lee dirigera Hong Kong d’une “main ferme”.

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