02292020Headline:

« La Côte d’Ivoire est un pays stratégique et un modèle qui peut nous inspirer » Moussa MARA (Ancien Premier Ministre Malien)

Dans cet entretien, l’un des plus jeunes Premiers Ministres qu’a connus le Mali, Moussa Mara, président de Yelema, se prononce sur la gestion de la crise du Nord Mali et les relations avec la Côte d’Ivoire

Bonjour Monsieur le Premier Ministre, Moussa MARA, le Mali s’apprête à se réunifier avec le retour progressif des Forces Armées réformées du Mali à Kidal, votre sentiment ?

C’est un sentiment de satisfaction. Cette situation a un peu trop duré. Cela étant dit, la présence de l’Etat ne peut se résumer à l’armée, il faut rapidement faire suivre les autres services régaliens (justice, administration…) et sociaux (éducation, eau, santé, énergie…)

Qu’est-ce qui n’a pas marché pour que le Mali sombre ainsi, livré au terrorisme ?

abord la gouvernance et notre capacité à bien comprendre les tenants et aboutissants de la crise. La crise complexe dans laquelle nous sommes est d’abord et avant tout une crise de l’État, des rapports entre l’administration et les citoyens, de leadership et de gouvernance ; la sécurité est une conséquence de la conjonction favorable de ces différents facteurs et ne peut être prise à part.

Nos gouvernants ont encore du mal à établir ce diagnostic et donc à adopter des solutions innovantes pour rassembler les maliens et aider le pays à sortir des difficultés.

Existe-t-il un péril Peuhl dans votre pays ?

Non comme il n’existe pas de péril bambara. Le Mali est l’un des pays de coexistence pacifique entre les ethnies, les religions. Nous sommes un des pays où l’on se marie sans distinction d’ethnie et où on nomme sans se poser la question de l’appartenance ethnique ou religieuse de la personne concernée. Il y a eu des déchirures à ce tissu harmonieux mais rien d’irréversible. Il faut travailler à recoudre et à recréer des liens mais après une bonne distribution de la justice afin de casser la dynamique de vengeance destructrice.

Vous avez été Premier Ministre d’Ibrahim Boubacar Keïta et êtes aujourd’hui à la tête d’un parti politique. Pourquoi ce désenchantement ?

J’étais déjà à la tête d’un parti politique au moment où le Président me nommait Ministre et Premier ministre. Ce n’est pas le signe d’un désenchantement mais l’illustration de notre volonté à faire la politique autrement et à apporter le vrai changement dans notre pays. Notre parti est une organisation de jeunes qui entend profondément rénover les rapports entre les maliens, entre eux et leurs élites et entre eux et leur pays ; rédiger un nouveau contrat social où le responsable est véritablement au service de ses mandants.

Estimez-vous que la gestion de la crise du Nord soit efficiente de la part du Gouvernement ?

Non on pourrait faire nettement mieux. D’abord la mise en œuvre de l’accord de paix est trop lente et la responsabilité du Gouvernement est réelle en la matière. Ensuite la reconfiguration de nos forces armées est plus lente et nos soldats subissent encore des pertes importantes. Enfin la crise s’étend à d’autres zones du pays. Le Gouvernement doit donc se ressaisir.

A voir le chaos qui s’est installé dans votre pays après le coup d’Etat contre ATT, et au Burkina Faso, après la chasse à Blaise Compaoré, estimez-vous que ces Officiers de l’Armée étaient des digues contre le terrorisme ?

Les moments ne sont pas les mêmes, je suis presque sûr que si ces régimes étaient encore là que nos deux pays seraient à peu près dans les mêmes situations car le fond de l’Etat dans nos pays n’a pas fondamentalement changé. La donne terroriste a progressé du fait de la crise libyenne, de l’absence d’Etat au nord du Mali, mais aussi et surtout des dysfonctionnements de nos Etats dont certains remontent aux indépendances.

Un vent de contestation de la présence militaire française souffle chez vos compatriotes. Comment expliquez-vous cet état de fait ?

Plusieurs situations n’ont pas été comprises par les populations sahéliennes et maliennes ; la question de Kidal, les attaques de nos militaires alors que les militaires français sont dans les mêmes zones, l’extension du terrorisme alors que la mission première des français est la lutte contre ce phénomène… La frustration rend les esprits ouverts aux théories du complot et à se détourner de certains sujets plus difficiles à comprendre et à traiter comme nos propres responsabilités dans ce qui nous arrive. Le plus important est d’avancer et d’essayer de résoudre les difficultés de compréhension.

Que pensez-vous du rôle de l’Algérie dans la crise malienne ?

L’Algérie est un puissant voisin impliqué sur toutes les négociations et tous les accords conclus. Il faut discuter avec lui pour voir pourquoi les accords ne marchent pas et ce qu’il faut changer pour mettre en place des relations plus constructive, plus durables et plus profitable au Mali.

Est-il vérifié que le Mali a des ressources pétrolières qui inclineraient quelques voisins à pousser à des initiatives déstabilisatrices ?

Cela est possible mais, pour l’instant, les fabuleuses richesses mentionnées sont plus des réalités dans la tête de certains que des évidences prouvées.

Que devient Moussa MARA ?

Je suis expert-comptable, consultant international et travaillant pour des entreprises, des Etats et des organisations internationales au Mali, en Afrique de l’Ouest, en Afrique, en Europe et de plus en plus en Asie maintenant. Je continue à donner des cours dans certaines universités, animer des conférences, participer à des colloques internationaux et rédiger des articles, livres….

Je suis donc pleinement satisfait de cette vie même si mes activités politiques se poursuivent, mais je reste persuadé que la politique doit être pratiquée par des personnes ayant une autre vie et pouvant vivre d’autre chose que des responsabilités publiques, c’est cela qui nous aidera à améliorer les choses dans nos pays. Je vais participer aux prochaines élections législatives pour apporter ma contribution à la sortie de crise du pays en tant que membre du parlement. Après nous verrons bien.

Avec du recul, estimez-vous avoir commis une erreur en vous présentant à la présidentielle ?

Non surtout pas. Je me suis présenté à l’élection de 2013 et après je suis devenu Ministre et Premier ministre, à la demande du chef de l’Etat et bien que n’étant pas dans le même parti que lui.

En 2018, j’ai soutenu un candidat, le Dr Cheick Modibo DIARRAH et nous sommes devenus 4e à cette élection sur 24 candidats, et second à Bamako là où nous avons nos fiefs ; on se prépare pour les prochaines élections.

Quel est aujourd’hui, le bilan d’implantation de votre parti ?

Seulement neuf ans après sa création, notre parti, YELEMA, le changement, dispose de plus de 400 élus locaux dans le pays et de 15 Maires dont certains à Bamako et Mopti, des villes importantes.

Le parti est le 6e dans le pays en termes d’élus locaux, c’est bien mais nous pouvons mieux faire en perspective des prochaines élections législatives au cours desquelles nous visons la 5e ou la 4e place. Le parti est de mieux en mieux compris par les maliens dont les jeunes, cela est de bon augure pour la suite.

En Côte d’Ivoire, vous avez une très forte diaspora. A quand une visite en terre ivoirienne ?

Je viens très régulièrement en Côte d’Ivoire, je suis même le leader politique malien qui vient le plus souvent visiter la diaspora malienne en Côte d’Ivoire, ce qui fait de notre parti l’un des trois premiers dans ce pays. Je dois venir d’ici la fin du mois de janvier ou début février 2020 inch’Allah ! La Côte d’Ivoire est un pays stratégique et un modèle qui peut nous inspirer au-delà de la question de la diaspora.

Quelle analyse faîtes-vous de l’économie malienne et quelles sont vos solutions ?

C’est une économie qui est basée sur l’agriculture et les produits agricoles. Nous devons nous baser sur ce secteur pour améliorer la situation du pays et des maliens. Il nous faut transformer structurellement l’économie malienne pour que le secteur de l’agriculture crée plus de valeurs à répartir entre les agriculteurs pour sortir l’essentiel d’entre eux de la grande pauvreté. Cela est la piste qu’il convient de suivre. Les autres secteurs sont porteurs et peuvent aider mais l’agriculture doit être le moteur et le cœur de nos changements économiques.

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