06162019Headline:

La question du Fcfa: la spéciale réaction de Ndongo Samba Sylla

La question du Fcfa est plus que jamais d’actualité sur le continent africain et outre atlantique. Les peuples africains veulent sortir de cette monnaie, tandis que leurs dirigeants freinent des quatre fers. Pourquoi ? Qui sont ces dirigeants africains brisés à cause du Fcfa? Comment comprendre le mutisme des organisations de la société civile en Afrique sur le sujet ? Que risquent les pays africains qui continuent à fonctionner avec cette monnaie coloniale ? Dans cet entretien qu’il accorde à La Voix Du Koat, Ndongo Samba Sylla fait une analyse globale de la question. Économiste du développement, ce Sénégalais résidant à Dakar est coauteur avec la journaliste française Fanny Pigeaud du livre « L’arme invisible de la Françafrique. Une histoire du franc CFA », Paris, La Découverte, 2018.

Devrait-on encore garder en Afrique, le Fcfa qui est un héritage de la Françafrique ?

En fait, le franc CFA est un legs colonial devenu le symbole de la continuité de l’impérialisme français en Afrique, réalité que l’on désigne communément par « Françafrique ». Bien entendu, les peuples africains doivent en finir avec ce que dans notre livre avec Fanny Pigeaud nous appelons le « système CFA ».

La question du Fcfa ravive les passions et les débats en Afrique et surtout outre Atlantique. On a vu l’incident diplomatique entre l’Italie et la France. Mais comment comprendre le silence ou le mutisme des dirigeants africains sur la question du Fcfa ?

De par le passé certains chefs d’Etat dissidents comme Sekou Touré, Sylvanus Olympio ou encore Laurent Gbagbo ont payé cher leur volonté de sortir de la zone franc. Mais l’argument des représailles ne suffit pas à expliquer le silence coupable des dirigeants africains qui, dans les faits, bénéficient du système CFA. Ils savent notamment que leur maintien au pouvoir est conditionné par la poursuite de bonnes relations avec la France. La France leur garantit, du mieux de ses capacités, leur longévité au pouvoir et une certaine impunité judiciaire en contrepartie de leur loyauté vis-à-vis des intérêts économiques, diplomatiques, etc. de l’Hexagone.

Les forces de l’opposition, la société civile et autres Ong en Afrique ne se prononcent pas sur le sujet. On a l’impression que la question n’est pas pertinente…

La question de la souveraineté monétaire est cardinale. Sans souveraineté monétaire (indépendance politique vis-à-vis de toute tutelle étrangère et aptitude à mener une politique monétaire autonome sur la base de la mobilisation des ressources internes), il n’y a pas de souveraineté tout court, comme l’avais compris Kwame Nkrumah. Il faut dire néanmoins que ce que l’on appelle « société civile » en Afrique n’est pas toujours sur des agendas autonomes. Elle a tendance à se mobiliser pour des causes, la plupart du temps qui sont légitimes et qui méritent d’être soutenues, mais qui correspondent d’abord et avant tout aux préoccupations du moment de leurs bailleurs. En tant qu’acteur du mouvement social, vous pouvez trouver sans doute beaucoup de bailleurs prêts à financer des programmes relatifs à la « bonne gouvernance » ou aux « droits humains » mais rarement des bailleurs qui sincèrement et de manière critique œuvrent aux côtés des Africains à l’émancipation économique, monétaire, militaire, etc. du continent.

Les pays africains sont-ils prêts pour sortir du Fcfa ?

Il me semble que les peuples africains, même s’ils ne connaissent pas le détail du débat autour du franc CFA, sont conscients de l’urgence à abandonner une monnaie née pendant la période coloniale et toujours fabriquée dans l’ex pays colonisateur qui est supposé à tort la « garantir » et qui prend toutes les grandes décisions à son sujet. Un sondage d’Afrobaromètre publié en février 2019 montre que deux tiers des Togolais sont d’avis que le franc CFA bénéficie plus à la France qu’au Togo et qu’il est temps d’y mettre fin. J’ai tendance à croire que cette vue est représentative de l’Etat de l’opinion dans la plupart des pays africains de la zone franc. Le blocage se situe au niveau de la France et des dirigeants africains pour les raisons évoquées plus haut. D’ailleurs, il est intéressant de souligner que l’un des obstacles à l’avènement d’une monnaie unique au sein de l’espace CEDEAO est le « manque de volonté » des dirigeants des huit…

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