01232017Headline:

L’Angola, miracle économique qui tourne au cauchemar

angola

Deuxième producteur d’or noir en Afrique, le pays subit de plein fouet l’impact de l’effondrement du prix du baril, et demande de l’aide au FMI.

La photo laissait apparaître un paysage économique enviable. Appauvris par la crise, sans perspectives dans leur pays, les Portugais avaient même fait de leur ancienne colonie leur «nouvelle Amérique». Elle, c’est l’Angola. Et puis patatras. Frappé de plein fouet par l’effondrement des cours du pétrole, Luanda s’est résigné mercredi à demander de l’aide au Fonds monétaire international (FMI). A 39 dollars le baril, les caisses de l’Etat sont vides. Les pétrodollars ne viennent plus remplir les coffres de la Banque centrale. La diminution des liquidités en devises et le ralentissement économique pèsent de plus en plus sur le système bancaire, très dépendant du secteur pétrolier. Les faillites, notamment dans ce dernier, se multiplient. Certes, le taux de croissance sera (encore) positif cette année (2%). Mais rien (ou presque) comparé au 20,2% de 2006, au 24,4% de 2007 et au 17% de 2008.

Plan d’économie sur trois ans
Les discussions avec le FMI commenceront la semaine prochaine. Selon Min Zhu, un des directeurs généraux adjoints du FMI, le plan d’aide, qui sera conditionné à des mesures d’économie, pourrait s’étaler sur trois ans. «Le déclin brutal des prix du pétrole depuis la mi-2014 représente un défi majeur pour les exportateurs de pétrole, notamment ceux dont les économies doivent encore être diversifiées», a-t-il déclaré. A l’instar de nombreux économistes, ceux du FMI ne manqueront pas de s’attarder sur ce miracle économique qui tourne au cauchemar.

Tout commence en avril 2002, lorsqu’un cessez-le-feu est conclu entre les forces armées angolaises et les rebelles de l’Union pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita). Personne ne parie alors sur ce pays saigné par des décennies de conflits. C’était sans compter sur le magot des matières premières. Le sous-sol de l’Angola regorge de gaz, de diamants, de fer, de phosphate, de cuivre, de manganèse ou encore d’uranium. Mais c’est le pétrole qui va tirer le pays vers le haut et permettre d’afficher un taux de croissance économique moyen de 12% entre 2002 et 2013.

2,5 millions de barils par jour
Les réserves sont gigantesques, les explorations se multiplient. Avec une production quotidienne de 2,5 millions de barils, l’Angola devient le second producteur de pétrole d’Afrique, juste derrière le Nigeria. A elles seules, les recettes de l’or noir assurent près de 75% des rentrées fiscales du pays, plus de 90% des devises étrangères et presque autant en exportation. Mais le régime du président José Eduardo dos Santos, au pouvoir sans discontinuer depuis 1979, est tombé, comme la plupart des pays producteurs de pétrole, dans le piège de la malédiction des matières premières.

La manne pétrolière n’a jamais été utilisée pour tenter de diversifier l’économie et éviter un choc pétrolier le jour où la courbe des cours du pétrole cesse de monter. La plupart des observateurs estimaient que la vulnérabilité du pays au retournement des cours pétroliers était donc totale. Et pour cause : les cours du pétrole n’ont cessé d’augmenter, passant d’une vingtaine de dollars le baril en 2002 à près de 140 dollars en 2008, sans que le pays opère la moindre diversification économique pour sortir de la dépendance aux matières premières.

 

Vue aérienne de Luanda, en 2014. (Photo Saul Loeb. Reuters)

Corruption, déficit et dette
Le pays, l’un des plus corrompus au monde, n’a pas su, non plus, profiter de cette manne pour réduire les inégalités sociales. Malgré les forts taux de croissance de l’économie, la moitié de la population de l’Angola vit encore avec moins de 2 dollars par jour. Près de 70% des habitants de la cité coloniale de Luanda vivent dans des bidonvilles. Et les conditions de vie de la moitié des 24 millions d’habitants que compte le pays, ne devraient pas s’améliorer dans les prochaines années. Et pour cause : le déficit budgétaire dépasse les 6% du PIB. Pour tenter de boucler les fins de mois et assurer un minimum de services publics, l’Angola n’a d’autres choix que de s’endetter auprès des marchés financiers internationaux. Mais voilà : ces derniers ne se bousculent plus au portillon. Jugeant la situation politico-financière explosive, ils exigent des taux d’intérêt toujours plus élevés. Résultat : le service de la dette est désormais le premier poste des dépenses de l’Etat.

La situation est d’autant plus tendue qu’une pénurie s’installe. Médicaments et denrées alimentaires se font rares, le tout sur fond de hausse des prix et de dépréciation du kwanza (la devise locale) face au billet vert. Passé l’étape du FMI et son aide, Luanda, membre de l’Opep, devrait rejoindre prochainement le camp des pays producteurs de pétrole qui ne cessent de militer en faveur d’une réduction de la production. Histoire de faire remonter les cours. Encore faudrait-il que l’Arabie Saoudite accepte de s’aligner sur cette stratégie…

liberation.fr

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