01212017Headline:

Le Courrier Confidentiel revèle :”Coup d’Etat raté au Burkina :7 caisses de grenades et une valise d’argent venues de la Côte d’Ivoire”

RSP burkina

Et voici l’hélicoptère MI 17 qui décolle de Ouagadougou en direction de la frontière ivoirienne. Ce matin du 19 septembre, alors que les putschistes, dirigés par le Général Diendéré, tentent, à coup de mitraillettes et d’armes lourdes, de consolider leur assise, les cinq soldats à borts, dont un membre du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), atterrissent à Niangologo, à quelques encablures de la Côte d’Ivoire. L’objectif de la mission est très flou. Aucun ordre d’opération n’a été signé par les supérieurs hiérarchiques. Parmi les soldats de cette mission, un seul, le capitaine Gaston Ouédraogo, chef du service administratif et financiers du RSP, semble être bien au parfum de ce qui se trame. Les quatre autres, tous de l’armée de l’Aire, ont été embarqué dans l’aventure par certains de leurs patrons. On leur a simplement dit, au départ, qu’il s’agit d’une mission au profit de la Présidence du Faso. Lorsque l’hélicoptère, immatriculé BF9001, se pose au lieu indiqué, le décor se précise. Notre enquête.
Certains hauts responsables de l’armée de l’Air devraient, eux-mêmes, conduire la mission. Très tôt le matin, ils étaient en tenue militaire, prêts pour le décollage. « Nous avons cru, dans un premier temps, qu’ils s’agissaient d’évacuer les membres de la famille du Général Diendéré, de les placer en lieu sûr », confie l’un d’entre eux. Les « paramètres » de l’opération n’avaient pas été clairement définis. Ils se sont donc tourné les pouces, attendant le feu vert de la « Présidence du Faso ». Le départ, initialement prévu à 6h du matin, a été reporté à 9h. Mais, c’est finalement peu après 10h que l’hélicoptère a décollé de la Base aérienne 511 de Ouagadougou. Le chef de la division des opérations de l’armée de l’Air, le Colonel Souleymane Ouédraogo, et certains galonnés, ayant appris qu’il s’agissait de récupérer du « matériel de maintien d’ordre » à Niangologo, localité située près du territoire ivoirien, se sont dédiés. Ils ont cependant donné ordre à d’autres soldats d’effectuer la mission. Ces derniers se sont ainsi envolés de Ouagadougou sans vraiment maîtriser tous les paramètres de cette opération jugée « urgente », selon nos sources, par le Général Diendéré.
A bord de l’hélicoptère, quatre militaires de l’armée de l’Air, un pilote, un co-pilote, un mécanicien-navigateur. Le seul élément du RSP dans l’appareil est le Capitaine Gaston Ouédraogo. Le pilote et le mécanicien ont été prévoyants. Les contours de la mission étaient assez ambigus. Ils ont donc pris certaines dispositions avant le décollage. Dans leur tête, a germé une grande idée. L’hélicoptère avait la possibilité d’être doté d’un deuxième réservoir. Et c’est ce qu’ils ont fait. « Nous ne savons pas quelle aurait pu être la tournure des évènements sur le terrain ; nous avons ainsi pris comme à nos habitudes, certaines précautions pour éviter de tomber dans un quelconque engrenage », confie l’un des soldats. Près de deux heures après, l’hélico atterrit à l’aéroport de Bobo-Dioulasso. Il se ravitaille en carburant. Petite pose. Et le voilà qui redécolle. Direction Niangologo. Mais un coup de fil en provenance du RSP modifie les paramètres de la mission. L’atterrissage, initialement prévu à Niangologo, est aussitôt annulé. « Aucune justification ne nous a été donné », confie l’un des membres de l’équipage. Ordre est donné au pilote de franchir la frontière et de se poser sur le sol ivoirien, dans la ville de Ouangolodougou. La tension monte d’un cran. Les occupants de l’hélicoptère ne savent pas exactement ce qui se concocte. A l’exception peut-être de l’envoyé du RSP.
Le pilote met dans la balance son éthique et son professionnalisme. Et voici qui décide ! Pas question d’atterrir sur le territoire ivoirien sans autorisation officielle des autorités de la Côte d’Ivoire. Une brouille s’installe entre les membres du RSP à partir de Ouagadougou et le commandant de bord qui estime qu’un atterrissage sans la moindre garantie sur le territoire ivoirien expose l’hélicoptère et ses occupants à des risques de haute gravité. Sa décision est ferme. Le voici donc qui effectue une descente à Niangologo, sur le territoire burkinabé. « L’hélicoptère a atterri sur un petit terrain de football quelque peu balisé, loin des regards indiscrets », confie l’un des soldats. Selon nos sources « la zone était entièrement sécurisée par les gendarmes burkinabé ». La suite ? La voici. Des moments d’attente. Mais pas très longtemps. Deux véhicules V8 de couleur bleue, en provenance de la Côte d’Ivoire, se signalent. L’un d’eux avance lentement vers l’hélicoptère. L’autre stationne sur un chantier jouxtant la voie principale conduisant à la frontière. Juste à côté de ce véhicule, un gendarme, armé, juché sur une grosse moto. D’autres sont postés aux alentours du lieu où le matériel sera remis tout à l’heure. Le premier véhicule s’arrête à côté de l’hélicoptère. Deux personnes sortent de ce V8. « Il s’agit d’un militaire et d’un commissaire de police ivoiriens en tenue civile », précise l’un des soldats burkinabé. Dans le coffre du véhicule se trouve sept caisses. Leur contenu ? La partie burkinabé ne le sait pas pour le moment. Peut-être à l’exception de l’élément de RSP. Mais, ça ne saurait tarder.
L’une des caisses a un bout endommagé. Les soldats, au moment de l’embarquement y jettent un coup d’œil et se rende compte qu’il s’agit de grenades lacrymogènes. En bons militaires, ils ont déjà remarqué des détaille importants. « Il s’agit de grenades lacrymogènes modèles SP71 ». Mais, il n’y a pas que les caisses. Sur le siège-avant passagers, se trouve une grosse valise de couleur noire, avec roulettes. « Le commissaire de police chuchote à l’oreille du pilote avant de lui remettre la valise », témoigne une source militaire qui a suivi de près tout le processus. La valise est ensuite embarquée dans l’hélicoptère. Difficile de savoir exactement son contenu. Mais certains membres de l’équipage estiment qu’il y avait « fort probable dans cette valise, de l’argent ». Combien de francs environ ? Pas de réponse pour le moment à cette question.
Mais surprise ! Au moment où l’opération se déroule, un véhicule de l’ONUCI qui venait, semble- t-il de la Léraba et qui se dirigeait vers la Côte d’Ivoire, fait une halte pas très loin de là. A bord du véhicule, quatre personnes. Ils ont dû trouver la scène suspecte et ont décidé d’y voir clair. Mais « les ivoiriens ont demandé les gendarmes burkinabé qui sécurisaient la zone de les éloigner ». Ce qui a été fait. Mais le véhicule, au lieu de continuer son chemin, s’est arrêté plus loin. Les gendarmes motorisés se sont approchés avant qu’il ne démarre en trombe. Et voilà. L’acte 1 de la mission est terminé.
L’hélicoptère redécolle pour Ouagadougou. « Nous avons appris par la suite que, le commandant de la Base aérienne de Bobo a été informé de ce qui se passait ; il aurait à son tour, informé le commandant de région militaire, Gilles Bationo, qui, lui a ordonné l’atterrissage de l’avion à l’aéroport de Bobo pour des vérifications. Mais c’était trop tard nous étions déjà très loin », confie l’un des passagers. Et voici l’hélicoptère qui survole enfin Ouagadougou. Il était prévu qu’il atterrisse sur le tarmac de l’aéroport de Ouagadougou. Mais les ordres qui seraient venus du RSP ont changé sa trajectoire. Selon des sources concordantes. « Il a finalement atterri dans la zone du régiment de sécurité présidentielle ». A la descente, « le chef du service administratif et financier du RSP a personnellement récupéré la valise, d’autres militaires du Régiment se sont occupés des caisses ». L’hélicoptère décolle à nouveau. Il se pose, cette fois avec les quatre passagers restants, à la Base aérienne 511. Mission terminée !
Mais voilà les problèmes qui commencent. Le vol Ouaga-Niangoloko-Ouaga a été effectué sans aucun ordre d’opération. En totale violation de la réglementation en vigueur. Début octobre 2015, lorsque la gendarmerie commence les premières enquêtes, les membres de l’équipage sont sommés de s’expliquer. Le pilote a dû voir ses patrons afin d’obtenir un ordre d’opération, ce papier qui l’autorise à effectuer la mission. Il frappe à la porte du chef d’Etat-major de l’armée de l’air, le colonel Kounsaouama Palenfo. Ce dernier ordonne, par délégation, le chef de la Division opérations, le colonel Souleymane Ouédraogo, de signer, à titre de régularisation, le document demandé. Le 5 octobre, le « sésame » est, enfin, entre les mains du pilote. Il y jette un coup d’œil. Et que voit-il ?
« Ordre d’opération N°1392/MDNA/EMGA/EMAA/DO ». Voici en substance, le contenu : « Ordre est donné au commandement de la base aérienne 511 d’effectuer une mission au profit de : Présidence du Faso.

– Trajet : Ouaga-Niangoloko-Ouaga ;
– Appareil MI17,
– Date : 19 septembre 2015 ;
– Retour : 19 septembre 2015 ;
– Heure de départ : TBN ».
Il transmet le document aux enquêteurs. Mais il y a un gros problème autour de cette affaire. Pourquoi le commandement de l’armée de l’air, notamment le service des opérations, a-t-elle ordonné la mission sans avoir pris le temps d’en cerner les contours ? Est-ce une caution à la tentative de coup d’Etat qui battait son plein ? Questions à multiples inconnues. Dans le cercle des personnes envoyées pour l’opération, une autre question revient en force : Qui se cache derrière la valise et les caisses que l’hélicoptère est allé chercher à Niangoloko ? Le matériel est venu de la Côte d’Ivoire. Ça, c’est connu. Mais qui est le cerveau de cet envoi ? Pas de précision exacte pour le moment. Mais il y a des pistes.
Source: Courrier Confidentiel N°99 (Via salfo.blog4ever)

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