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Les 10 choses à savoir absolument sur Grace Mugabe 52 ans,ce qu’elle fait à son mari de 93 ans

L’OBS – Longtemps considérée comme une femme frivole, l’épouse du président Robert Mugabe a révélé un appétit insatiable pour le pouvoir. Au point de faire vaciller son mari ?

La situation restait confuse jeudi au Zimbabwe, au lendemain d’un coup de force inédit de l’armée, qui a placé le président Robert Mugabe, 93 ans, en résidence surveillée. Elle l’avait pourtant soutenu sans faillir pendant ses 37 ans de règne et, en dépit des apparences, ne semble pas avoir l’intention de renverser le gouvernement.

“Nous ne faisons que viser les criminels qui entourent” le plus vieux dirigeant en exercice de la planète, a affirmé leur porte-parole, le général Sibusiyo Moyo, dans son allocution à la télévision nationale, dans la nuit de mardi à mercredi. Parmi ces “criminels”, non cités : la Première dame, Grace Mugabe, et ses soutiens, une frange du parti au pouvoir, la Zanu-PF, regroupée sous le nom de G40, en référence à leur âge.

Depuis des mois, la deuxième épouse du “camarade Bob” ne faisait plus mystère de sa volonté de succéder à son époux. Ce sont sans doute ces ambitions qui ont précipité ce “vrai-faux” coup d’Etat. Alors qu’elle se rêvait présidente, la voilà retenue avec son mari dans leur résidence de Harare, la capitale. Un crépuscule pour un personnage haut en couleurs de la présidence zimbabwéenne. Dix choses à savoir sur Grace Mugabe.

1 – Soif de pouvoir

Grace Mugabe, 52 ans, mère de trois enfants, ne cachait plus son ambition de succéder à son époux de 93 ans, plus vieux chef d’Etat en exercice au monde, à la tête du Zimbabwe depuis 37 ans. Début novembre, dans un stade, lors d’un grand rassemblement de ses soutiens, elle proclamait :

“Je dis à monsieur Mugabe, vous devriez… me laisser prendre votre place. […] N’ayez pas peur. Si vous voulez me donner votre poste, donnez-le moi librement.”

Son désir de pouvoir émerge en 2014, lorsqu’elle est nommée à la tête de la puissante et influente Ligue des femmes de la Zanu-PF, et organise autour d’elle une faction, la Génération 40, composée de soutiens de son âge. Tout en clamant sa loyauté envers son mari, elle se fait alors de plus en plus visible, quitte à parfois voler la vedette au président zimbabwéen.

Certains la soupçonnent alors de nourrir un appétit pour la présidence. Peu de temps avant que la crise actuelle n’éclate, la Ligue des femmes de la Zanu-PF faisait d’ailleurs campagne pour amender la Constitution du parti, afin qu’une femme soit nommée vice-présidente dès le mois de décembre.

Très diminué physiquement et mentalement, Robert Mugabe avait pourtant assuré qu’il se présenterait à la prochaine élection, prévue pour août 2018. Tout le monde avait compris qu’il ne laisserait pas sa place de son vivant. Grace Mugabe a-t-elle essayé de lui forcer la main ? Robert Mugabe l’a-t-il laissé faire ? Un spécialiste souffle à l’AFP :

“Mugabe est presque sénile. Il dort beaucoup et ce qu’il dit n’est que ce que Grace lui souffle.”

2 – Coupeuse de têtes

Pour arriver à ses fins, Grace Mugabe a éliminé plusieurs rivaux. Le dernier en date : le vice-président, Emmerson Mnangagwa, 75 ans, militant historique du combat pour l’indépendance, bras droit du président, proche des militaires et présenté jusque-là comme le dauphin de Robert Mugabe.

Cette éviction a poussé l’armée à réagir. Lundi, son chef d’état-major, le général Constantino Chiwenga, a très clairement prévenu que ses troupes pourraient “intervenir” si la “purge” ne cessait pas au sein du parti présidentiel.

En 2014, la vice-présidente Joyce Mujuru avait subi le même sort et avait été évincée, après une campagne de Grace Mugabe qui lui reprochait de vouloir renverser le président.

3 – “Gucci Grace”

Avant d’être dévorée par l’ambition du pouvoir, Grace Mugabe était surtout connue pour ses goûts de luxe et ses dépenses somptuaires dans les chics boutiques des grandes capitales du monde. Un appétit qui lui a valu plusieurs surnoms dont “Gucci Grace” ou encore “First Shopper”. Elle s’en était un jour justifiée ainsi :

“J’ai les pieds étroits, je ne peux porter que des Ferragamo.”

Cet aspect de sa personnalité l’a rendue particulièrement impopulaire, dans un pays rongé par la corruption, et où la majeure partie de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté. Elle en a d’ailleurs tiré un autre surnom : “DisGrace” (la honte).

4 – Secrétaire

Née en Afrique du Sud de parents zimbabwéens, Grace Mugabe a d’abord épousé le pilote Stanley Goreraza. Après son divorce, elle a été recrutée comme secrétaire à la présidence du Zimbabwe, où elle a rencontré Robert Mugabe et est devenue sa maîtresse.

Après le décès de la première femme de Robert Mugabe, Sally Hayfron, militante très appréciée de la population, le couple a vécu dans le secret quelques années, au cours desquelles il a eu deux enfants. En 1996, Robert et Grace se sont mariés en grande pompe, invitant plus de 12.000 personnes.

5 – “Feu d’artifice épicé”

Ses accès de colère retiennent régulièrement l’attention médiatique. En août 2017, elle est accusée d’agression par une mannequin sud-africaine, Gabriella Engels. Grace Mugabe aurait débarqué en furie dans sa chambre d’hôtel à Johannesburg, et l’aurait frappée avec une rallonge électrique. En cause : la jeune femme aurait eu le malheur de fréquenter les fils du couple présidentiel. Gabriella Engels a raconté sur les réseaux sociaux cette scène, photos de son front blessé à l’appui.

 

L’agression a failli tourner à l’incident diplomatique, après le dépôt de plainte de la mannequin. Grace Mugabe n’en était pas à son premier dérapage : elle s’en était déjà prise, avec les mains – et ses grosses bagues- à un photographe britannique qui voulait la prendre en photo dans un palace de Hong Kong, à des journalistes à Singapour, ou encore au personnel d’un aéroport de Malaisie.

Son mari avait un jour admis que sa femme était un “feu d’artifice bien épicé”.

6 – Doctorat bidon

En 2014, elle surprend en obtenant un doctorant en sociologie. Elle a reçu son diplôme des mains mêmes de son mari, en tant que chancelier de l’université de Harare. Selon la radio RFI, qui citait la presse locale à l’époque, sa thèse portait sur les bouleversements sociaux et leur impact sur la structure familiale. La radio jugeait alors : “La nouvelle de cet exploit a d’autant plus surpris que Grace Mugabe n’avait pas témoigné jusqu’ici de dispositions académiques particulières. […] Plus surprenant encore, elle aurait obtenu son doctorat en temps record.”

Certains observateurs doutent de la réalité de ce travail et estiment que ce doctorat bidon s’inscrivait dans un plan visant à préparer les esprits à la candidature de la Première dame à la succession de son mari.

7 – Diamants sales

Selon une note de la diplomatie américaine datée de 2008, publiée par Wikileaks en 2010, Grace Mugabe aurait gagné des millions de dollars grâce à la vente illégale de diamants. Ce document, publié par le “Standard”, écrit qu'”un petit groupe de responsables politiques ont tiré des profits énormes des champs de Chiadzwa”. Parmi eux, le gouverneur de la Banque centrale Gideon Gono, Mme Mugabe, la sœur du président Sabina, la vice-présidente Joyce Mujuru ou encore le chef des armées Constantine Chiwenga “ont tous été impliqués dans le commerce des diamants”, ajoutait le télégramme.

D’après les sources de l’ambassade, ces responsables ont embauché des petits prospecteurs pour qu’ils extraient les gemmes à leur compte et ont revendu “ces diamants non certifiés” à des acheteurs étrangers, qui les ont exfiltrés du pays en dehors de tout réseau officiel, explique “Jeune Afrique”.

8 – Bague 

Une autre histoire de diamants poursuit Grace Mugabe. Cette fois, c’est elle la “victime”. En 2015, pour marquer l’anniversaire de son mariage, l’épouse du président zimbabwéen a commandé une bague de 100 carats. Mais en lieu et place de ce bijou évalué à 1,35 million de dollars, elle a reçu une bague d’une valeur de 30.000 dollars.

Furieuse, Grace Mugabe a déclenché une bataille juridique, réclamant à l’homme d’affaires qui lui a vendu la bague la somme déboursée. Après s’être engagé à la rembourser en plusieurs fois, il s’est plaint d’avoir reçu des menaces de la part d’agents des services de renseignements zimbabwéens et d’un fils de la Première dame.

9 – “Graceland”

Grace Mugabe s’est assurée une paisible retraite : elle possède plusieurs villas et appartements dans le monde entier, des entreprises, des fermes et des terres reçues dans le cadre de la réforme agraire après l’expropriation des fermiers blancs.

Elle est aussi accusée d’avoir vidé les caisses de l’Etat, notamment d’avoir fait construire, sur fonds publics, “Graceland”, une immense propriété à Harare. Face au tollé suscité, la villa a été revendue à Mouammar Kadhafi, indique “Jeune Afrique”, qui cite la presse locale.

10 – Pari perdu

Son appétit de pouvoir a suscité de plus en plus de résistances au sein même du régime. “Elle s’est fait beaucoup d’ennemis. […] Il suffit de regarder l’ampleur des purges au sein de la Zanu-PF”, déclarait récemment à l’AFP le commentateur politique Earnest Mudzengi. Sa décision de s’en prendre à Emmerson Mnangagwa a signé la fin de ses prétentions. Le “Crocodile”, ainsi qu’il est baptisé, dispose de nombreux soutiens dans les milieux sécuritaires. “C’est une erreur tactique dans la bataille pour le pouvoir”, juge Knox Chitiyo, du centre de réflexion Chatham House.

“A la veille du congrès (le mois prochain) de la Zanu-PF, elle a dû se sentir sous pression et se dire ‘c’est lui ou moi'”, poursuit-il.

“Elle a presque réussi, à quelques semaines. Il a fallu que l’armée intervienne pour l’en empêcher.”

Grace Mugabe est retenue depuis mercredi avec son mari dans leur résidence de Harare. Leur sort n’est plus entre leurs mains.

L’OBS –

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