09202017Headline:

Les millions de l’Église du Mali planqués en Suisse

Le correspondant de Le Monde Afrique à Bamako a cherché à rencontrer les trois prélats pour entendre leur version des faits, eux dont les noms figurent clairement sur ces comptes, toujours actifs auprès de la HSBC à Genève. Mais ceux-ci éludent les questions, bottent en touche, ou refusent de répondre.

Les millions de l’Église du Mali planqués en Suisse

La ville de Genève en Suisse a ceci de particulier qu’elle abrite d’un côté les organisations internationales telles que l’OMS, le CICR, le BIT, le HCR ; qu’on y trouve aussi les sièges de multinationales nationales à la réputation sulfureuse quant à leur respect des droits humains et de l’environnement ; et qu’enfin, les enseignes des grandes banques suisses et internationales telles que HSBC Private Bank, UBS, Crédit suisse, Paribas, etc. qui égaient son centre-ville évoquent l’une après l’autre des scandales retentissants, dont le dernier a généré une onde de choc sur l’ensemble du continent africain et dans le reste du monde.

Jugez plutôt : le quotidien français Le Monde a en effet dévoilé cette semaine que la Conférence épiscopale du Mali (CEM) avait ouvert en 2002 sept comptes bancaires auprès de la banque HSBC Private Bank à Genève, filiale suisse de l’établissement bancaire britannique.

Ces comptes étaient crédités d’un montant global de 12 millions d’euros (soit 7 milliards de francs CFA) en 2007, date du dernier relevé bancaire en possession du Monde. Cette information est en quelque sorte un « reliquat » de celles diffusées début 2015 par plusieurs dizaines de médias internationaux, coordonnés par le Consortium de journalistes d’investigation (CJI).

De tels scandales concernent le plus souvent des responsables politiques ou économiques. Mais qu’il s’agisse cette fois de hauts dignitaires de l’Église catholique, dans un pays, le Mali, en proie à d’innombrables difficultés, où les chrétiens ne représentent que 2,4% des habitants, choque énormément.

Cette affaire implique les trois plus hauts dirigeants de la Conférence Épiscopale du Mali (CEM) durant cette période, dont, au premier chef, Monseigneur Jean Zerbo, 73 ans, archevêque de Bamako, nommé cardinal le 21 mai dernier par le pape François. Deux autres protagonistes de cette scandaleuse affaire, Jean-Gabriel Diarra, 71 ans, et Cyprien Dakouo, occupent également de hauts rangs au sein de la hiérarchie de l’Église catholique.

Le correspondant de Le Monde Afrique à Bamako a cherché à rencontrer les trois prélats pour entendre leur version des faits, eux dont les noms figurent clairement sur ces comptes, toujours actifs auprès de la HSBC à Genève. Mais ceux-ci éludent les questions, bottent en touche, ou refusent de répondre.

Ainsi, l’argent des paroissiens de l’Église catholique du Mali aurait-il été exfiltré sur les bords du Léman ? Cela signifie-t-il que, comme de nombreux responsables politiques et économiques sur le continent, certains responsables religieux n’éprouveraient eux aussi aucune compassion pour leurs compatriotes, leurs frères et sœurs, confrontés à des problèmes matériels sans fin ? C’est vraiment à ne plus savoir à quel saint se vouer.

Reste que ce nouveau rebondissement, issu de la vaste enquête « SwissLeaks », projette à nouveau une lumière crue sur le secteur bancaire helvétique, qui semble échouer à rendre la place financière suisse plus présentable. « La Suisse se trouve souvent au cœur de grandes affaires criminelles internationales », peut-on ainsi lire dans le rapport d’activité 2016 de l’Entraide pénale internationale publié le 31 mai 2017 par l’Office fédéral (ministère) de justice suisse. Lequel relève que le nombre d’affaires complexes de corruption et de crime organisé traités en 2016 est en augmentation.

Nouvelle affaire également très embarrassante pour le Vatican et le Pape François, qui tient à porter une attention particulière aux pays extra-européens. C’est ainsi que la cérémonie d’officialisation au titre de cardinal de Monseigneur Jean Zerbo, archevêque de Bamako, ainsi que de l’évêque de San Jean-Gabriel Diarra et de Cyprien Dakouo, devrait avoir lieu ce 28 juin à Rome, lors d’un consistoire extraordinaire, voué à la création des premiers cardinaux de l’histoire du Mali, du Laos, du Salvador. Le scandale des millions de l’Église du Mali planqués en Suisse est donc d’autant plus retentissant.

Catherine Morand

.fratmat.info

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