05212022Headline:

Libye: l’ONU enquête sur l’existence de fosses communes de migrants

Les enquêteurs des Nations unies ont lancé des investigations visant à confirmer l’existence de fosses communes de migrants évoquée par des exilés auprès de l’organisation internationale. Dans un rapport publié lundi, l’ONU dresse un bilan désastreux de l’état des droits humains en Libye et dénonce les tortures et violences systématiques dont sont victimes les exilés.

Ce sont des témoignages que les experts de la mission d’enquête lancée par l’ONU en Libye ont pris très sérieux. Plusieurs exilés interrogés par les enquêteurs ont affirmé que des fosses communes avaient été creusées dans le désert libyen, près de la ville de Bani Walid, pour y enterrer en nombre des migrants. “L’un d’eux a indiqué avoir, lui-même, enterré trois personnes dans l’une de ces fosses”, précise le rapport des enquêteurs, publié lundi 28 mars.

Il n’est, pour le moment, pas possible d’établir combien de corps contiendraient ces fosses communes. Un expert judiciaire a été spécialement nommé pour enquêter sur l’existence de ces charniers, a indiqué Chaloka Beyani, l’un des trois membres de la mission de l’ONU.

La rédaction d’InfoMigrants a, de son côté, obtenu en janvier 2020 un témoignage qui concorde avec ceux rassemblés par l’organisation internationale. Ibrahim, un Sénégalais présent à Bani Walid, avait alors raconté que des hommes avaient “battu à mort plusieurs personnes sous [ses] yeux”. “Les corps sont ensuite enterrés dans le désert. J’ai moi-même été obligé de le faire, sous la menace d’armes”, détaillait-il.

La ville de Bani Walid, située à environ 150km de Tripoli et de Misrata, est un carrefour migratoire en Libye. Le nom de cette ville revient régulièrement dans les témoignages d’exilés recueillis par les enquêteurs des Nations unies. Notamment, dans les récits des femmes qui affirment avoir été victimes de sévices sexuels.

“Si des migrantes qui ont été enfermées là-bas entendent le mot Bani Walid, elles se mettent à pleurer. Là-bas, [les trafiquants] brûlent les seins et les vagins des femmes”, a déclaré une migrante aux enquêteurs ce mois-ci.

InfoMigrants a déjà, à de nombreuses reprises, rapporté des récits de tortures et violences subies à Bani Walid. En 2017, un Camerounais prénommé Issa expliquait qu’il “fallait prier Dieu pour de pas être vendu dans un ghetto de Bani Walid”.

En mars 2021, plus d’une centaine de migrants avaient pu être libérés de plusieurs centres de détention clandestins de la ville au cours d’opérations menées par les forces armées libyennes. Plusieurs trafiquants avaient également été interpellés. Des preuves filmées de tortures exercées sur les migrants ont également été retrouvées lors de cette opération. Certaines images montraient un homme pendu la tête en bas, les mains et les pieds attachés, en train d’être battu. Sur d’autres, une femme en larmes, menottes aux mains et les pieds maintenus à un tuyau, se faisait frapper violemment à l’aide d’un bâton.

Les enquêteurs des Nations unies s’intéressent aussi aux exactions perpétrées dans la ville de Sabha, autre plaque tournante du trafic de migrants en Libye, à plus de 700km au sud de Tripoli. La ville est tristement connue pour avoir abrité un marché d’esclaves dès 2017.

C’est aussi là qu’Abdullah, un jeune Soudanais de 18 ans, a été brûlé à l’essence par un trafiquant qui ne parvenait pas à obtenir une rançon de la part de la famille du jeune homme. Hospitalisé dans un état extrêmement grave à Sabah, puis à Tripoli, Abdullah a finalement succombé à ses blessures au début du mois de mars.

Les enquêteurs de la mission des Nations unis se sont basés sur 120 témoignages recueillis en Libye pour réaliser le rapport publié lundi. Ils prévoient de poursuivre leurs recherches après le mois de juin, date à laquelle doit être remis leur rapport final.

Depuis la chute du dictateur libyen Mouammar Kadhafi, en 2011, la Libye est devenue une voie privilégiée pour des dizaines de milliers de migrants cherchant à rejoindre l’Europe par la mer Méditerranée. Mais beaucoup s’y retrouvent bloqués, dans des prisons décrites par les exilés comme un “véritable enfer”.

La plupart des migrants qui prennent la mer sont interceptés par des garde-côtes libyens et ramenés en Libye pour y être de nouveau détenus dans des conditions totalement inhumaines. Les ONG de défense des droits humains ne cessent de dénoncer cette situation ainsi que la responsabilité de l’Union européenne dans ce système, via le financement et la formation des garde-côtes libyens.

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