12172018Headline:

Procès du putsch manqué du Burkina: Compaoré en danger, Gilbert Diendéré a croisé le fer avec Me Hervé Kam, avocat des victimes.

La passe d’armes entre le général de brigade Gilbert Diendéré et le porte-parole du Balai citoyen (mouvement très actif pendant l’insurrection et la résistance au putsch, Ndlr), Me Guy Hervé Kam, était prévisible pour ceux qui suivent l’actualité au Burkina Faso ces dernières années. Et c’est arrivé. Hier mercredi 5 décembre 2018, au 2ème round de la confrontation entre le présumé principal cerveau et auteur du coup de force avorté de septembre 2015 et les conseils des parties civiles, le principal accusé du putsch manqué de septembre 2015 et l’un des avocats des victimes, en l’occurrence Me Guy Hervé Kam, se sont empoignés devant le Tribunal militaire du Faso siégeant à la salle des banquets de Ouaga 2000. L’officier inculpé reprochait ‘’la double casquette’’ de l’avocat interrogateur impliqué dans l’éclatement de la crise de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (Rsp) muée en coup d’Etat, quand ce dernier dépeignait « un vrai-faux spécialiste du renseignement, un général pas digne de sa notoriété et de foi ». « Maître Hervé Kam, avec tout le respect que je vous dois, j’ai répondu aux questions de procédure. Quant aux questions de fond, je suis un peu gêné. Il m’est difficile de faire la différence entre Guy Hervé Kam du Balai citoyen et Guy Hervé Kam avocat des parties civiles. Je le dis parce que vous pouvez être considéré comme l’un des responsables de la crise que nous avons connue à cette période-là », a introduit l’accusé. « On se souvient de ce que vous avez fait lors de l’insurrection avec Zida (Premier ministre de la Transition au Faso, Ndlr). On sait ce que vous avez fait avec Zida au camp Guillaume, où vous avez pris 50 millions de F cfa qu’il vous a distribués avec vos amis du Balai citoyen. Nous avons aussi souvenance des 100 millions de F cfa qu’il vous a remis pour tenir vos propos diffamatoires contre le Rsp au cours de la Transition », poursuivait-il, signalant qu’il dispose d’un témoin prêt à déposer à la barre. « Celui qui vous a remis cet argent de la part de Zida est là et peut venir témoigner ici. Un des officiers du Rsp m’a dit un jour aussi que vous l’aviez appelé pour lui dire que vous allez les insulter parce que vous cherchez à manger un peu. C’est justement en cherchant à manger que la situation que nous avons déplorée est arrivée. On a beaucoup de mal à répondre au Guy Hervé Kam présenté ici comme avocat des parties civiles. Il est donc de mon droit de ne plus répondre à aucune de vos questions. Je ne réponds plus à un activiste, responsable aussi de la crise, acheté une fois à 50 millions de Fcfa, et après à 100 millions de Fcfa par Zida », se braquait le chef du régiment dissous après la remise en selle du gouvernement du Premier ministre Yacouba Isaak Zida, très proche au moment des faits, des organisations de la société civile hostiles au putsch, au nombre desquelles le Balai citoyen, dont le porte-parole, Me Kam, n’a pas tardé à répliquer.

Réplique. « Avec votre intervention, mon général, je comprends pourquoi Compaoré (président déchu suite à l’insurrection d’octobre 2014, Ndlr) a fui un vendredi en plein midi avant la prière. Compaoré a dormi sur un renseignement qui n’était pas du renseignement. Il a dormi sur du faux renseignement. Pour preuve, celui qui est dit être le meilleur sécurocrate de toute l’Afrique de l’Ouest se permet, à la barre, de telles affirmations fausses », objectait le visage le plus connu des avocats des victimes du putsch. « Puisqu’on parle de monsieur Guy Hervé Kam et non de l’avocat, je voudrais dire que le 30 octobre (2014, Ndlr), j’étais aux premières loges. J’ai risqué ma vie pour mon pays et j’étais loin de ces chiffres de 50, 100 millions de F cfa. Même si cela était vrai, général, ça ne vous est d’aucune utilité. Ça ne vous aide en rien », estimait l’homme en toge, relevant que l’accusé devrait quitter la posture d’officier général « félon ». « Soyez un général digne. Le Burkina ne peut être fier de voir tomber dans la boue un général 3 étoiles », ‘’allumait’’-il, avant d’être repris par l’accusé. Lui indiquant qu’il n’est que général 2 étoiles. Suscitant alors des rires dans la salle, au désarroi du président du Tribunal. « Silence ! », ordonnait le juge-président Seydou Ouédraogo, avant de signifier au prévenu qu’il est effectivement de son droit de ne plus répondre aux questions de Me Hervé Kam.

2 heures de monologue. Ce qu’il fit d’ailleurs, droit dans ses bottes, faisant le mort devant les incessants ‘’coups’’ du conseil des victimes. Toute chose qui a fait du procès, à cette étape, un monologue au cours duquel l’avocat tentait de conforter la thèse de l’Accusation. A savoir que le mis en cause des faits d’attentat à la sûreté de l’Etat, de meurtre, d’incitation de violation de consignes militaires et d’intelligence avec puissance étrangère est coupable des infractions alléguées. « En cas de silence de l’accusé, les déclarations des procès-verbaux d’audition lui sont opposables », faisait remarquer Me Kam, nullement gêné par l’absence de réponses à ses questions. « Les nombreuses pièces attestent du dessein formé de l’acte à passer et de l’alibi mal choisi qu’était la dissolution du Rsp », résumait-il son monologue de près de 2 heures. Quand il passe le micro à son collègue, Me Ali Neya, ce dernier trouve devant un général toujours braqué, visiblement touché par les propos crus de Me Kam qui traduisent l’inimitié, entre les deux hommes depuis la gouvernance Compaoré. « J’ai déjà répondu à toutes ces questions. Je ne reviendrai pas là-dessus », se rétractait l’accusé, qui n’a lâché aucun mot en guise de réponse jusqu’à la suspension de l’audience, qui reprend le vendredi 07 décembre pour le 3ème et dernier round de la confrontation Diendéré-conseils des victimes.

Mauvaise défense ? Avant, lors de l’entretien qu’il a accordé à la presse, Me Guy Hervé Kam est revenu sur la passe d’armes entre le général Diendéré et lui. « Il veut se soustraire de sa responsabilité. Ce qu’il dit, ce ne sont pas des éléments qui viennent à sa décharge. L’importance des charges commandait qu’il réponde aux questions. Mais c’est son choix de fuir ses responsabilités comme il l’a toujours fait dans l’histoire de ce pays », déclarait Me Kam, qui n’est pas à la première accusation à la barre en lien avec ses relations avec l’ex-premier ministre Zida pendant la Transition. Pour rappel, lors de sa déposition devant le Tribunal, le journaliste-inculpé Adama Ouédraogo Damis (Rédacteur en chef du journal l’Observateur au moment des faits) avait porté les mêmes accusations. « J’estime que c’est une piètre défense pour des accusés de ne pas s’occuper de ce pourquoi ils comparaissent. D’avancer des accusations purement gratuites contre une partie au procès, je dis que c’est une mauvaise défense. Moi, je reste concentré sur le coup d’Etat et les responsabilités individuelles dans le putsch. Tout ce qui touche ma personne n’a absolument aucune importance ici. En tout cas, je prends de la distance entre la personne et la cause. Les accusés prennent la salle comme une tribune pour me discréditer. Mais l’objet qui nous réunit ici, ce n’est pas Me Kam. C’est le coup d’Etat », a déclaré le porte-parole du Balai citoyen et avocat des parties civiles.

TRAORE Tié, Envoyé spécial à Ouaga

 

lequotien.com

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