09292022Headline:

RDC : trois membres de la Monusco et douze manifestants tués à Butembo et Goma.

La présence de la mission de l’ONU, accusée d’inefficacité dans la lutte contre les groupes armés qui sévissent dans l’est du pays, est violemment contestée.

Trois membres de la mission de l’ONU et au moins douze manifestants ont été tués dans deux villes de l’est de la République démocratique du congo (RDC), mardi 26 juillet, au deuxième jour de manifestations contre les Nations unies, accusées d’inefficacité dans la lutte contre les groupes armés.

A Butembo, troisième ville de la province du Nord-Kivu, « trois morts parmi les membres de la Monusco, deux Indiens et un Marocain, et un blessé » ont été recensés ; et « côté manifestants, sept morts et plusieurs blessés », a déclaré à l’AFP le colonel Paul Ngoma, chef de la police urbaine.

Il s’agit d’« un casque bleu » et de « deux membres de la police des Nations unies », a précisé la Monusco dans un communiqué, ajoutant que « des assaillants ont violemment arraché des armes à des éléments de la police nationale congolaise et tiré à bout portant sur nos forces de maintien de la paix ». La mission onusienne « condamne fermement cette attaque, que rien ne justifie », a-t-elle ajouté.

Lors d’une conférence de presse conjointe avec le numéro deux de la Monusco à Kinshasa, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a confirmé le bilan de quinze morts et fait état de 61 blessés dans les récents troubles. « En aucun cas la violence n’est justifiée », a-t-il dit, ajoutant qu’« une enquête conjointe » serait menée.

Une situation « très instable »

Farhan Haq, un porte-parole de l’ONU, a déclaré aux journalistes à New York que la situation sur le terrain était « très instable » et que « des renforts sont en train d’être mobilisés ».

A Butembo, important carrefour commercial où sept personnes ont été tuées, les activités ont été paralysées durant toute la journée. Devant une base de la Monusco, des manifestants ont été dispersés par les forces de sécurité, selon plusieurs témoins. « Parmi ces jeunes gens, on trouve des armes », avait déploré plus tôt le colonel Ngoma.

A Goma, la capitale provinciale, les incidents ont fait « cinq morts » parmi les manifestants, selon M. Muyaya. Un correspondant de l’AFP sur place a constaté la mort d’un manifestant, atteint à la tête par une balle apparemment tirée de l’intérieur de la base logistique de la Monusco vers 11 heures. Une ambulance de l’armée congolaise est ensuite passée prendre le corps.

Tôt le matin, des centaines de manifestants avaient envahi les abords de la base logistique de la Monusco à Goma et attaqué le camp de transit de la mission situé hors du centre-ville. « Nous ne voulons plus de la Monusco »« Bye bye Monusco », scandaient des affiches. Les forces de sécurité congolaises contenaient difficilement la foule aux abords de la base logistique.

A Beni, ville située à 350 km de la capitale du Nord-Kivu, les activités étaient également paralysées par des manifestants anti-Monusco. Dans plusieurs quartiers, les protestataires ont brûlé des pneus. Des stations-service sont restées fermées, ainsi que les boutiques et les marchés. Des militaires étaient déployés sur la route nationale N° 4, qui conduit vers la base locale de Monusco.

Plus de 14 000 casques bleus

En RDC, des manifestations sont régulièrement organisées pour exiger le départ des casques bleus, accusés d’inefficacité dans la lutte contre des dizaines de groupes armés locaux et étrangers qui déstabilisent l’est du pays depuis près de trente ans.

Des centaines des manifestants étaient déjà descendus dans la rue lundi à Goma, à l’appel des organisations de la société civile et de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti du président Félix Tshisekedi. Après avoir pris d’assaut le quartier général de la Monusco et sa base logistique, ils avaient cassé des vitres, des murs et pillé des ordinateurs, des chaises, des tables et des objets de valeur. Le gouvernement congolais avait condamné « toute forme d’attaque contre le personnel et les installations des Nations unies », promettant que « les responsables [seraient] poursuivis et sévèrement sanctionnés ».

Présente en RDC depuis 1999, la Monuc (Mission de l’ONU au Congo), qui est devenue la Monusco (Mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC) en 2010, compte actuellement plus 14 000 soldats de la paix. C’est l’une des plus importantes et des plus coûteuses missions de l’ONU au monde, avec un budget annuel d’un milliard de dollars. « Notre souhait le plus ardent c’est de voir l’est [de la RDC] stabilisé », a assuré Khassim Diagne, chef adjoint de la Monusco, lors de la conférence de presse conjointe.

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