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Tunisie: Essebsi et Marzouki se disputent la victoire à la présidentielle

Alors que les résultats officiels pourraient être annoncés dans la journée, Béji Caïd Essebsi a revendiqué dès dimanche la victoire à l’élection présidentielle tunisienne. Ce que son rival, Moncef Marzouki, conteste. Reportage.

À 18 heures précises, dimanche 21 décembre, les électeurs retardataires sont mis à la porte. Les jeux sont faits. Les votes pour le second tour de l’élection présidentielle en Tunisie sont clos et le protocole millimétré peut commencer dans le collège de la rue de Marseille, dans le centre de la capitale. Les portes sont verrouillées, les observateurs se positionnent, les scellés vérifiés une dernière fois et l’urne vidée sous les flashs des médias avant que ces derniers ne soient congédiés. Le décompte peut commencer.

L’Isie – Instance supérieure indépendante pour les élections – pourrait annoncer dès ce lundi l’identité du président tunisien pour les cinq prochaines années.

Le dépouillement des bulletins de vote a débuté dès dimanche soir. Les résultats sont attendus, au plus tôt, lundi 22 décembre dans la journée.

Mais les partisans des deux camps n’ont pas attendu les résultats officiels, qui doivent être rendus au plus tard le 24 décembre. Le favori de la présidentielle tunisienne, Béji Caïd Essebsi (BCE), a, dès dimanche soir, revendiqué la “victoire”. “Les indicateurs que nous avons (…) révèlent une victoire de Béji Caïd Essebsi”, a déclaré quelques minutes après la fermeture des bureaux de vote Mohsen Marzouk, directeur de la campagne de ce vétéran de la vie politique, sans avancer d’estimations.

Les supporters de BCE en liesse

Il n’en a cependant pas fallu davantage aux partisans de BCE pour célébrer cette “victoire”. Peu après la clôture du vote, des centaines de supporters se sont rassemblés spontanément sur la place du 14-Janvier, à l’autre bout de l’avenue Bourguiba, dans le centre de Tunis.

Concert de klaxons, drapeaux, darbouka… Une foule hétéroclite s’est massée pour crier une victoire dont il n’y avait, dimanche, aucune confirmation. “Vive la Tunisie, Vive Nidda Tounès, Vive Bajbouj (surnom de BCE en Tunisie) !”, crie un homme torse nu en s’allongeant sur le drapeau rouge à croissant blanc. Les autoradios crachent “My name is Bessbi and I’m so sexy”, le slam ironique du rappeur Hatem Karoui, buzz musical de l’année en Tunisie.

Devant le siège du QG de campagne de Beji Caïd Essebsi, au bord du grand lac de Tunis, mêmes scènes de liesse. Des supporters ont entonné “YMCA” et “Alexandrie, Alexandra”, dans un élan de joie bon enfant.

Le camp Marzouki rejette des propos prématurés

Face aux quelque 2 000 personnes rassemblées devant son QG, Beji Caïd Essebsi, de son côté, a remercié, à la télévision nationale, les Tunisiens ayant pris part à ce scrutin historique, quatre ans après la révolution qui a renversé le régime de Zine El Abidine Ben Ali. “Je dédie ma victoire aux martyrs de la Tunisie. Je remercie Marzouki. L’avenir proche et lointain nous oblige à travailler ensemble pour la Tunisie”, a-t-il aussi lancé à l’adresse de son rival.

Mais le camp du chef de l’État sortant a immédiatement rejeté les propos de son adversaire, jugeant prématuré de dire qui était le vainqueur. “Ce qu’a déclaré le responsable de la campagne de Béji Caïd Essebsi sur sa claire victoire est sans fondement”, a estimé le directeur de campagne de Moncef Marzouki, Adnène Mancer, évoquant un écart “très serré”, de “quelques milliers de voix”.

M. Marzouki, qui a affirmé qu’il ne ferait “pas de commentaire pour le moment” a, cependant, fait état d’indicateurs le donnant en tête. “Je refuse de m’avancer (…) malgré toutes les données et informations qui (…) indiquent que nous sommes vainqueurs”, a-t-il dit à ses partisans rassemblés devant son QG de campagne.
“Je vais respecter la loi et je vais respecter les instances indépendantes qui, elles seules, (..) ont le droit de donner les résultats”, a-t-il ajouté faisant référence à l’instance électorale, l’ISIE.
L’abstention de la jeunesse
Si le vainqueur reste à cette heure inconnue, la troisième place revient sans conteste au vote blanc et à l’abstention. Dimanche soir, lors de sa conférence de presse organisée à 20 heures au Palais des Congrès, l’Isie a estimé le taux de participation à 59,04 %. Mais la baisse est déjà à craindre par rapport au premier tour où le taux a atteint 64,6 % en Tunisie et 29,68 % à l’étranger.
Selon nombre d’observateurs, ce taux s’explique par une abstention plus élevée de la jeunesse. “Les jeunes devraient être mobilisés mais on les voit plus dans les cafés que dans les bureaux de vote. Ce sont les 45-50 qui ont tenu les rangs dimanche”, affirme Sumaya, 33 ans, observatrice du scrutin.

De nombreux appels à voter blanc ou à ne pas voter ont circulé dimanche toute la journée sur Twitter. Pour Maha, 33 ans, c’était “choisir entre la peste et le choléra”. Firas est moins poétique : “Tout à l’heure, j’ai pris le bulletin, j’ai dis au premier ‘vas te faire voir’ et au deuxième ‘espèce d’idiot’. Puis, j’ai mis le bulletin dans l’urne” a-t-il posté sur Twitter.

Wala Kasmi, qui avait lancé sur Facebook la page GOV Tunisie permettant aux jeunes de participer au débat public, comprend ce désarroi : “Il y a des jeunes très impliqués dans la sphère publique qui ne votent pas parce qu’ils ne se sentent pas représentés. Ils envisagent le second tour comme un choix entre la dictature et l’ancien régime. D’autres n’arrivent tout simplement pas à concilier politique et quotidien”, explique-t-elle, tout en saluant l’enracinement de la démocratie dans le sol tunisien.

France24

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